Les psys en ligne: arnaque ou aubaine?

Les psychothérapies via internet arrivent en France. Ces pratiques, qui comptent déjà de multiples adeptes dans les pays anglo-saxons, peuvent présenter quelques atouts par rapport aux thérapies classiques. Mais elles impliquent surtout un certain nombre de risques.

In Treatment © Home Box Office (HBO)

- In Treatment © Home Box Office (HBO) -

Consulter son psy n'importe quand, n’importe où, obtenir des réponses rapides à ses demandes, sentir un véritable soutien au quotidien, tels sont les arguments mis en avant par les utilisateurs des thérapies en ligne. De nombreux sites d'« e-thérapie » ont vu le jour ces dernières années en France (exemples: http://votrepsyenligne.com/, http://www.monpsychanalyste.com/http://www.ecoute-psy.com/, http://www.psychologue-en-ligne.net). À travers ces pages, un ou plusieurs thérapeutes (psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute) proposent leurs services. Les moyens de communication utilisés sont l’échange de mails, le chat (via des services de messagerie instantanée), l’échange téléphonique et la visioconférence. Soit tout, sauf le traditionnel contact réel et direct entre le thérapeute et son patient.

Anonymat garanti et flexibilité maximale 

«J’avais besoin d’une personne prête à m’écouter, mais je ne pouvais pas lui montrer mon visage torturé. Le virtuel m’a aidé à pousser la porte que je n’osais franchir», témoigne une patiente dans la lettre de monpsychanalyste.com (une revue bimestrielle consultée par nos soins). L'anonymat est susceptible de motiver ceux qui, jusque-là, hésitaient à sauter le pas par peur du regard des autres. Pour Jean-Pierre Begue, psychanalyste en ligne, la thérapie en ligne n’a pas vocation à se substituer aux pratiques en cabinet, mais constitue une offre complémentaire pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer ou qui sont plus à l’aise dans ce mode d’échange.

«Certains patients trouvent un intérêt particulier à une communication par chat, par exemple des personnes isolées géographiquement, introverties, timides, handicapées ou encore phobiques»  écrit Nathalie Noachovitch, psychothérapeute en ligne sur son site votrepsyenligne.com.

Une autre patiente de Jean Pierre Bègue témoigne sur son site (http://www.monpsychanalyste.com): «Je pense que vous écrire a permis de débloquer la partie en moi qui m’empêchait de parler aux thérapeutes que j’ai rencontrés antérieurement, je ne savais jamais quoi leur dire par peur de dire des choses stupides»

L'écrit ne convient pas à tout le monde, mais représente une véritable ouverture pour ceux qui s'expriment difficilement à l'oral et dans un face à face. L’écran peut ainsi favoriser, paradoxalement, la désinhibition du patient et le rapprochement avec son thérapeute. «La distance permet de se libérer plus facilement d'un secret, comme par exemple pour les victimes d’abus sexuels», évoque Jean Pierre Bègue. 

La plupart des sites proposent une réactivité imparable face aux demandes: là ou pour un entretien classique, il faut parfois patienter plusieurs semaines, on obtient un rendez-vous pour une conversation téléphonique ou un chat dans les 24h, une réponse aux mails dans la journée. Cela veut dire gain de temps, mais aussi gain d'argent, car on évite les déplacements. Les tarifs sont toutefois proches des tarifs en cabinet (environ 40€ pour une «séance»  de 30 minutes par chat, téléphone ou webcam, entre 10 et 35€ pour un échange de mails).

Fin de la frustration

Les thérapeutes travaillant en cabinet expriment des doutes quant à ces nouvelles pratiques. Pour Michel Botbol, psychanalyste et secrétaire général de l'association française de Psychiatrie, «la thérapie en ligne n’a de sens que dans une relation déjà établie par le biais d’une rencontre préalable. Dans le cas d’un déménagement, par exemple, continuer une thérapie à distance vaut mieux que rompre un travail commencé.»

Concernant les sites de thérapie en ligne, plusieurs facteurs interpellent les professionnels de la Psychiatrie. Pour Jean Pierre Zobel, psychologue et membre du syndicat national des praticiens en psychothérapie, «le processus thérapeutique fonctionne traditionnellement sur la frustration: devoir se déplacer, attendre, payer... Or, dans le tout tout de suite, il n'y a plus de frustration et donc plus de processus thérapeutique.»

Surtout, la fluidité et spontanéité d’une relation directe disparaît. Plus de place non plus aux lapsus révélateurs de pensées ou sentiments inconscients qui donnaient une profondeur à la dialectique avec le thérapeute.

«La présence immédiate de l’autre me semble indispensable» assure Michel Botbol. «Ce qui est en cause, c’est de se servir de ses émotions durant l’échange pour essayer de mieux se comprendre».

L’écrit peut au contraire entraver la compréhension. Une part d'implicite subsiste, plus grande qu’à l’oral, ce qui peut être source de malentendus. Des interprétations inexactes, comme l'humour pris au premier degré, risquent d'induire en erreur le client et nuire à la relation thérapeutique, basée avant tout sur la confiance. «Une thérapie réduite à l'échange d’e-mails est malheureusement soumise à beaucoup de malaises, de mauvaises interprétations et malentendus des deux côtés dus aux décalages des réponses», témoigne une patiente de Willi Roes, psychothérapeute en ligne sur son site.

Pour Jean-Pierre Zobel, le transfert (processus par lequel le patient projette sur son analyste des sentiments qu’il a déjà éprouvé dans son enfance, crucial en analyse, ne peut se mettre véritablement en place dans un échange en ligne. «L'échange se limite à la voix ou une vision statique de l'autre, or le langage du corps est une partie non négligeable de la thérapie».

Selon Michel Botbol:

«L’échange par mail s’apparente davantage à une forme de soutien. La thérapie a une visée plus large qu’un simple soulagement que peut représenter l’écrit.»

Une solution de confort pour l’analyste

Botbol et Zobel s’accordent sur une chose, en termes de confort, le thérapeute en ligne y gagne assurément. «Il peut gagner sa vie tout en restant tranquille chez soi. J’espère qu’il y en a qui ont l’honnêteté de dire cela», lance Michel Botbol.

Alors que le confort, pour le patient, est loin d’être assuré – des mésaventures peuvent survenir. Les deux parties ont par exemple la possibilité de dissimuler leur véritable identité. Si un patient mineur peut prétendre être majeur et outrepasser une autorisation parentale pour consulter, surtout, de l'autre côté de l'écran, la garantie sur l’identité du praticien est légère. Le risque est grand de se satisfaire de réponses encourageantes sans faire la démarche de vérifier si l’interlocuteur est réellement un thérapeute formé à cette tâche.

En France, une simple déclaration sur le site internet de l’URSSAF suffit pour démarrer une activité de thérapeute en ligne. Pour cela, pas besoin de présenter de diplôme. Théoriquement n’importe qui peut donc faire cette démarche, d’où la nécessité d’être vigilant. Néanmoins, les psychologues et psychothérapeutes ont l’obligation d’enregistrer leurs diplômes au sein du répertoire ADELI (Automatisation des Listes), géré par les Agences régionales de santé (ARS). Les utilisateurs peuvent donc vérifier auprès de l’ARS de leur région, s’il s’agit vraiment d’un  professionnel diplômé. Pour les psychiatres, il faut s’adresser à l’Ordre national des médecins pour cette démarche.

Dans une thérapie en ligne, la confidentialité des échanges par mail ne peut être garantie. En effet,  le client n'a aucune garantie que ses mails ne soient pas lus par d'autres personnes, les messageries pouvant être facilement piratées, les mails transférés, etc. 

Des recommandations de bonnes pratiques

Afin d’établir un cadre d’intervention des thérapies en ligne, la International Society for Mental Health Online (ISMHO), fondée en 1997, a dressé un certain nombre de recommandations adressées aux thérapeutes. Elle préconise par exemple d'informer en amont les futurs clients sur les bénéfices et risques potentiels d'une thérapie en ligne, les limites de confidentialité, les délais de réponse aux mails et la fréquence des rendez-vous. Le professionnel doit être identifiable par son nom et présenter ses diplômes sur son site.

L'ISMHO déconseille formellement aux thérapeutes de prendre en charge des personnes souffrant de troubles sévères (hallucinations, délire) ou ayant besoin d'un traitement médical, ainsi que des personnes en situation de risque suicidaire. La difficulté étant, bien sûr, qu’à travers un écran, ces risques-là sont bien plus difficiles à évaluer.

Marc Oeynhausen

Article mis à jour le 11 septembre 2012 à 18h30: une première version non-définitive de cet article avait été mise en ligne par erreur. Nous prions les lecteurs qui l'ont lue de nous excuser.

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L'AUTEUR
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Publié le 11/09/2012
Mis à jour le 11/09/2012 à 18h47
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