Economie

Une initiative pour rajeunir l'image de la création d'entreprise

Gilles Bridier, mis à jour le 25.04.2012 à 18 h 51

Le mouvement «100 jours pour changer» a interpellé les candidats à la présidentielle sur la création d’entreprise par des jeunes. Pour lutter contre le chômage des moins de 25 ans dans toutes les couches sociales en créant des écosystèmes pour les encadrer.

Beyond the wall Giuseppe Bognanni via FlickrCC License by

Beyond the wall Giuseppe Bognanni via FlickrCC License by

Une société qui ne sait pas donner leur place aux jeunes n’a plus d’avenir. Or en France, le mal s’enkyste. D’après Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans n’est jamais descendu en dessous de 15% depuis 1982. Et avec la crise, ce taux s’est fortement dégradé: de 17% début 2008 à 25% aujourd’hui.

Le ministère du Travail fait état de près de 450.000 jeunes de moins de 25 ans au chômage début 2012… sans compter ceux qui doivent se contenter de «petits boulots» pour quelques heures de travail par semaine. Chômage et précarité pour plus d’un jeune sur quatre! Et dire qu’en Europe, du côté de l’Espagne ou de la Grèce, il y a pire

Or, une campagne présidentielle ne peut pas être qu’un simple débat d’experts comptables sur fond de déficits budgétaires. Elle est aussi l’occasion pour les candidats à la fonction suprême de livrer leur vision de l’avenir. Des associations en profitent pour ouvrir le débat sur l’emploi des jeunes. Et, mieux, pour braquer le projecteur sur les jeunes créateurs d’entreprise.

Interpeller les candidats sur la création d’entreprise

«Il faut lancer des initiatives, rester optimiste, toucher la jeunesse avec des initiatives concrètes», plaide Diaa Elyaacoubi, co-fondatrice en 2003 du club Esprits d’entreprises et à l’origine du mouvement «100 jours pour changer», en partenariat avec l’association «100.000 entrepreneurs» (lancée, elle, par le Club Horizons). Sur la base de témoignages, la jeune chef d’entreprise veut toucher les jeunes de 18 à 25 ans en parlant le même langage qu’eux sur le thème «demain, le boss c’est toi» en écriture SMS (2main le boss c toi :)).

Elle veut «faire sauter les verrous», et notamment «celui de la peur». Elle souhaite dédramatiser, montrer que l’aventure de l’entrepreneuriat n’est pas le parcours du combattant que l’on croit. Elle espère déclencher des envies, créer une symbolique et fédérer ainsi des jeunes dans le cadre d’un écosystème qui pourra les soutenir dans leur aventure d’entrepreneur.

Comment? Par des campagnes de sensibilisation à un moment où, justement, des candidats à l’élection présidentielle ne peuvent faire l’impasse sur les jeunes. Une façon de les interpeller. Diaa Elyaacoubi a reçu le soutien de la RATP et JCDecaux qui ont mis des espaces à disposition, de même que des médias comme Le Point, Les Echos, M6…

Des campagnes ont déjà été menées dans le cadre de la campagne présidentielle, avec le soutien d’autres sponsors comme BNP Paribas, L’Oréal, Carrefour, Metro, Orangina, Steria, GSI...  A charge pour toutes ces entreprises d’apporter un soutien aux jeunes qui se lanceront. Pas avec de l’argent toutefois, mais des conseils pour monter le projet. Et des réseaux pour se lancer dans de bonnes conditions.

Libérer l’envie de créer

Ce n’est pas la première initiative du genre. Par exemple l’Adie, spécialiste du microcrédit, a créé un nouveau fonds qui devrait permettre chaque année à 1.000 jeunes de moins de 32 ans, dont un tiers venant de quartiers prioritaires, de bénéficier de quasi fonds propres pour créer leur entreprise. Une aide d’un montant maximum de 5.000 euros, sans intérêt, qui viendra en complément du microcrédit.

De son côté, le réseau international d’entrepreneurs sociaux Ashoka, qui a innové en lançant une formule de capital risque philanthropique, organise actuellement en France un concours «Dream it! Do it!» pour permettre à des équipes de jeunes de moins de 22 ans de mener à terme leur projet d’ici à fin juin. Une façon de promouvoir l’esprit d’entreprendre grâce à un événement. Quant à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) qui constate que les entrepreneurs en France sont plutôt plus âgés (un sur cinq a moins de 30 ans) que dans les autres pays européens, elle propose la création d’un statut «d’étudiant entrepreneurs»

Près de 60% de réussite

L’APCE, Agence pour la création d’entreprise, pousse à ce genre d’initiative. Car le désir est là: selon une enquête de l’agence en 2010, la moitié des jeunes Français âgés de 18 ans à 29 ans ont l'intention de créer une entreprise un jour, et 13%, attirés par l’indépendance et le défi, prévoient de passer à l'action dans les prochaines années. Une autre enquête montre que, au bout de trois ans, la pérennité des entreprises créées par les jeunes de moins de 30 ans s’élève à 59%.

Parmi ceux qui franchissent le pas et réussissent, 84% se déclarent satisfaits de leur activité de chef d’entreprise. L’emploi salarié, peu présent au démarrage de l’activité (seulement 12% des entreprises), se développe rapidement: trois ans après la création, 31% des entreprises créent des postes et ces dernières comptent en moyenne 3,1 salariés par entreprise. Au total, en trois ans, le nombre de salariés est  multiplié par 3,5.

Il n’y a pas que l’argent…

Mais le tableau est-il si avenant, à un moment où les banques accordent si difficilement des crédits aux petites entreprises et réclament tellement de garanties pour accepter d’accompagner des projets qu’elles deviennent inaccessibles aux TPE?

La Chambre de commerce et d’industrie de Paris en a fait le constat, à la mi-avril: si 60% des TPE et PME des entreprises ont fait appel au crédit bancaire au cours des six derniers mois, près de la moitié font état de restrictions, principalement les TPE. Elles sont confrontées à des garanties et contreparties supplémentaires, des taux d’intérêt plus élevés, des délais de réponse plus longs voire des refus, comme c’est le cas pour 14% des TPE et 10% des PME qui ont demandé un crédit.

Certes, il y a le capital risque qui intervient au moment de la création de l’entreprise pour financer l’innovation. Mais il reste trop frileux en France, surtout avec la crise. Et les «business angels», ces chefs d’entreprise aux Etats Unis qui ont réussi et continuent d’entreprendre en investissant dans des jeunes pousses, ne se sont pas multipliés dans l’Hexagone. La formule des fonds d’investissement de proximité (FIP), créés en 2003 et qui donnent droit à des allègements fiscaux, n’est pas assez incitative. Or, sans argent, l’entrepreneur est démuni.

Changer d'image

Diaa Elyaacoubi, qui en est à sa troisième création, évacue le sujet: quand un projet existe et une fois que la détermination est solide, il suffit ensuite d’aiguiller le jeune créateur sur la banque des entreprises Oséo, l’APCE, la CGPME partenaire de l’opération (le Medef ne l’est pas), les Chambres de commerce et d’industrie ou l’Adie… qui apporteront leur soutien. Mais auparavant, «il faut créer des écosystèmes pour les dix ans qui viennent afin que la création d’entreprise devienne un sport national». Mettre en place, en quelque sorte, des réseaux grâce aux entreprises qui accompagnent «100 jours pour changer». Et tordre le cou aussi à certains poncifs.

Car c’est vrai, le monde de l’entreprise est perçu en France plus qu’ailleurs comme violent, ce qui n’incite pas à s’y plonger. Il faut changer cette image, ce qui suppose de convertir les politiques et les syndicats trop négatifs dans leur approche. Par ailleurs dans la culture française, il est bien plus valorisant de devenir salarié d’une grande entreprise ou d’une administration en espérant décrocher le statut de cadre, que de fonder sa propre petite entreprise. Il faut réhabiliter la culture d’entreprendre. Des milliers d’emplois peuvent ainsi être créés. Ce qui ne doit pas laisser les candidats indifférents.

Gilles Bridier

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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Journaliste
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