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Pourquoi Slate ne soutiendra pas un candidat

Eric Leser, mis à jour le 19.04.2012 à 3 h 38

C'est la garantie de notre indépendance.

Un isoloir en 2010 à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Un isoloir en 2010 à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Slate.fr n'appellera pas à voter pour un candidat au second tour de l'élection présidentielle. En toute logique. Nous ne le ferons que si nous considérons que la République et la démocratie sont menacées. Un cas de figure peu vraisemblable aujourd'hui.

Nous ne considérons pas que la gauche, la droite ou le centre «c'est bonnet blanc et blanc bonnet», pour reprendre l'expression utilisée en 1969 par le communiste Jacques Duclos. Mais Slate n’a pas pour vocation de choisir un camp contre un autre et de prendre parti, dans tous les sens du terme.

L’ambition première de Slate est d’être un lieu de confrontation des idées. S’engager dans un combat politique est un frein à l’indépendance journalistique et à la qualité des débats.

Par définition, à partir du moment où un média défend des intérêts contre d'autres, il perd une partie de sa liberté. Cela n'interdit nullement aux différents chroniqueurs et journalistes de Slate d'exprimer et de défendre des opinions —ils y sont même encouragés–, de mettre en avant des points de vue et de soutenir en toute liberté un candidat.

Mais cela n'engage qu'eux, pas Slate. Nous ne sommes jamais aussi satisfaits que quand deux points de vue différents s'affrontent via des articles approfondis et argumentés.

Aucun camp politique ni idéologique

La véritable indépendance ne consiste pas à la proclamer en permanence et à la porter en bandoulière. Elle consiste à ne pas dépendre d'intérêts économiques cachés et d'intérêts politiques plus ou moins avoués. Pour répondre à ces deux impératifs, nous sommes d'abord totalement transparents sur la composition de notre capital, le nom et la nature de nos actionnaires (vous pouvez consulter Qui sommes nous?). Les journalistes fondateurs de Slate en sont les actionnaires majoritaires.

Deuxième volet, tout aussi essentiel, de cette indépendance: nous n'appartenons à aucun camp politique et idéologique. Avec, comme nuance de taille, le fait que nous n’oublions pas les leçons de l'histoire et que nous nous méfions comme de la peste des extrêmes.

Cette position a évidemment un certain nombre d'inconvénients. Elle a pour contrepartie de nous rendre difficile à étiqueter et à cataloguer. Tant mieux!

La plupart des médias en France ont une étiquette politique, ce qui est finalement confortable. Le manichéisme offre une grille de lecture facile de l'actualité et des questions de société, et les lecteurs savent à quoi s'attendre. Mais cela ne favorise pas le débat. Surtout, cela ne permet pas d'aller au-delà des clichés et des raisonnements simplistes et de regarder les problèmes en face.

Un média neuf, purement numérique, offre une chance unique de se débarrasser des carcans et des tabous qui restreignent tant la confrontation des idées politiques en France. La volonté de Slate depuis son premier jour est d'effacer les normes et les barrières et de sortir du conformisme et du pavlovisme. Nous sommes ainsi un «magazine au quotidien» qui mêle les générations, les sensibilités, les nationalités, les expertises, les modes d'expression, les sujets très sérieux et parfois anecdotiques.

Notre choix, radical, de ne pas être partisan, a une autre conséquence: il ne satisfait aucun camp et tous nous considèrent avec méfiance. Cela nous a valu, depuis le lancement de Slate.fr il y a un peu plus de trois ans, de nous faire accuser tour à tour d'être «sarkozyste» par des médias de gauche, «hollandais» par des médias de droite, «centriste mou», parfois, «proche des idées du Front national» —quand nous avons publié les premiers un article dénonçant le poids économique et politique du Qatar en France— et ,aujourd'hui, «mélenchonniste», sous prétexte que les lecteurs de Slate qui se sont exprimés via la méthode du Jugement majoritaire place le candidat du Front de gauche en tête.

Tant que les critiques viendront d'horizons aussi variés, cela prouvera bien que nous sommes sur la voie choisie. Ce n'est pas celle de la facilité, mais celle de l'indépendance promise à nos lecteurs, toujours plus nombreux depuis trois ans.

Eric Leser

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Journaliste
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