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Nicolas Sarkozy ou la défaite du pouvoir des mots

Thomas Legrand, mis à jour le 17.04.2012 à 11 h 18

La stratégie de l'occupation médiatique par le déferlement d'annonces a vécu. Mais surtout, en cinq ans, la puissance des mots s'est heurtée aux limites du volontarisme.

Nicolas Sarkozy, le 27 mars 2012 à Saint-Herblain. REUTERS/Stephane Mahe

Nicolas Sarkozy, le 27 mars 2012 à Saint-Herblain. REUTERS/Stephane Mahe

Si les dernières propositions de Nicolas Sarkozy ne suscitent pas autant de débats qu'en 2007, ce n'est pas à mettre sur le compte de l'égalité des temps de parole. Cela vient de loin: la stratégie de l'occupation médiatique par le déferlement d'annonces a vécu.

Mais surtout, en cinq ans, la puissance des mots s'est heurtée aux limites du volontarisme. En 2009, par exemple, Nicolas Sarkozy a dit deux fois:

«Les paradis fiscaux c'est fini.»

Ce n'était pas pour mentir, la France est vraiment à la tête de la croisade contre les paradis fiscaux, mais... à l'évidence, non, les paradis fiscaux, ce n'est pas fini!

De même, la politique de rénovation urbaine, c'est beaucoup d'argent, mais ce n'est pas ce que le candidat de 2007 appelait un «plan Marshall».

Appeler un chat un chat

En 2008, le président lançait une «politique de civilisation» mais aucun ministre n'a ensuite inscrit son action dans cette «politique de civilisation». On n’en a plus entendu parler.

D'autres concepts forts, «la discrimination positive», la «laïcité positive», «la France des propriétaires» ont été abandonnés après avoir été proclamés.

Les mots forts disparaissent ou qualifient des actions qui le sont moins; prenons l'exemple du service minimum dans les transports. Vous pourriez penser que cela a été annoncé et cela a été fait. Mais en fait, pas vraiment.

C'est une loi efficace –à laquelle d'ailleurs François Hollande n'ose pas s'attaquer– mais c'est une loi de prévention des conflits. Cela n'a rien à voir avec un service minimum. Le terme «service minimum» est un terme juridique qui suppose la possibilité de réquisition.

Quand on nomme mal les choses pour les gonfler, cela finit par se voir. Quand au moment de faire la taxe carbone on dit: «C'est aussi important que l'abolition de la peine de mort», on en subit forcement les conséquences lorsque la réforme est d'abandonnée.

De même, Nicolas Sarkozy répète qu'il n'a jamais reculé sur rien! Imaginez ce que pense un taxi parisien en entendant cela. Les taxis ont menacé de faire grève et la reforme des taxis, tant vantée, a été abandonnée.

Petit à petit, le péremptoire s'est cogné à la réalité. Nicolas Sarkozy aurait pu éviter qu'il en soit ainsi.

Un monologue sidérant durant cinq ans

Etant pendant cinq ans dans l'action quotidienne, le président aurait dû se mettre parfois en situation de dialogue. Ses mots se seraient alors naturellement ajusté par les bienfaits de la confrontation.

Les chefs d'exécutifs britanniques ou allemands répondent régulièrement de leurs mots et de leurs actes devant le parlement. Ils ont des porte-parole officiels. Pas le président français. Sa parole n'est jamais contestée de front. Peu de conférences de presse, quasiment pas de vraies interviews.

La communication des présidents français est une forme de monologue sécurisé qui sidère nos confrères européens.

Au moment de retourner en campagne, cette parole est plongée dans le bouillonnement du débat, mais elle y arrive fragilisée d'avoir été mise sous cloche, très critiquée, c'est vrai, mais de l'extérieur uniquement.

 Si Nicolas Sarkozy est battu ce sera en partie à cause de la démonétisation de son verbe. S'il est réélu, ce sera pour la dernière fois et ce serait alors l'occasion d'enfin moderniser la parole présidentielle.

Thomas Legrand


Matinale spéciale : Nicolas Sarkozy réagit à... par franceinter

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