Monde

«Il nous faut des armes», le cri de désespoir de l'Armée syrienne libre

Rania Abouzeid, mis à jour le 17.04.2012 à 14 h 15

Pour obtenir chaque boîte de balles qu’ils font passer de l’autre côté de la frontière pour combattre Bachar al-Assad, les rebelles syriens sont obligés de négocier pendant des heures. Et leur frustration commence à se voir.

Des armes dans la maison de membres de l’Armée syrienne libre, dans le village de Taftanaz, à l’Est de la ville d’Idlib, le 14 avril 2012. Stringer/ Reuters

Des armes dans la maison de membres de l’Armée syrienne libre, dans le village de Taftanaz, à l’Est de la ville d’Idlib, le 14 avril 2012. Stringer/ Reuters

Dans la fraîcheur d’une pièce vide d'Antioche, une ville du sud de la Turquie, «Fouad», un Syrien maigre comme un clou, qui a l’air d’avoir dix ans de plus que ses 25, se penche en avant. «J’ai besoin de munitions», dit-il à Abu Mohammad, un marchand d’armes turc râblé. «Je payerai 5,50.» Il évoque le prix en livres turques, équivalent à 3 dollars par balle.

Abu Mohammad sourit, l’air satisfait. Il place avec attention sa tasse de café sur la petite table qui se trouve devant lui. «Elles sont à 7 l’unité», dit-il. «Si tu en trouves à 5,50, je te les achète.» Fouad remue la tête, aspire une nouvelle bouffée de cigarette, et cède lentement sur le prix, après s’être plaint qu’une balle il y a encore un mois ne coûtait que 3 livres. «Et les armes? On m’a dit qu’il y a un stock de 4000 balles et des tas d’armes, mais qu’elles sont proches d’un village alaouite (dans le sud de la Turquie).»

Difficulté d'acheter clandestinement des armes

Abu Mohammad confirme l’information, mais dit qu’il va être difficile d’acheter clandestinement des armes dans les surplus militaires turcs. Et encore plus difficile de les transporter en dehors du village, qui est habité par des coreligionnaires, sympathisants supposés du président syrien Bachar el-Assad.

«Tu sais, je n’ai rien contre toi», dit Abu Mohammad. «Je suis sunnite aussi, je veux juste t’aider.» Fouad esquisse à son tour un rictus. Le commerçant turc sort son téléphone de sa veste en cuir et appelle un de ses associés, passant de l’arabe au turc. Après quelques minutes, son téléphone retourne dans sa poche. «Je te trouverai ce dont tu as besoin», affirme-t-il à Fouad. «Mais tu sais, c’est beaucoup de travail.»

«Ne t’inquiète pas, tu seras payé pour ta peine», dit Fouad, en se tournant vers un syrien aux cheveux blancs également présent dans la pièce. «Ces Turcs, dit-il dédaigneux, ils parlent beaucoup, n’est-ce pas? Depuis Erdogan (le Premier ministre turc) jusqu’en bas, tous, ils parlent, ils parlent, ils parlent, mais pour le moment, ils ne font que parler. Si Dieu le veut, celui-là est différent.»

Le marché noir s’est asséché

Abu Mohammad ne relève pas la pique. C’est un marché de gros, et peu d’options se présentent aux contrebandiers professionnels comme Fouad. Un civil qui fournit des armes aux bandes informes de rebelles syriens de l’Armée syrienne libre (ASL), qui opèrent de l’autre côté de la frontière, dans la province d’Idlib. «C’est comme si le marché noir s’était asséché, remarque le contrebandier, après la brève rencontre. Au Moyen-Orient! Vous y croyez?»

Un point de vue largement partagé aussi bien par les déserteurs, les marchands d’armes et les réfugiés, le long de la frontière turco-syrienne. Pendant des mois, les opposants d’Assad ont acheté des armes au marché noir dans les pays limitrophes de leur État en ébullition: en Turquie, au Liban, en Irak, en Jordanie, et même en Syrie. Principalement auprès de membres du régime corrompu ou de sympathisants militaires restés parmi les loyalistes. Mais cela devient de plus en plus difficile. L’argent ne semble pas être le principal problème, c’est de trouver des stocks qui l’est.

Aucune décision occidentale

La communauté internationale débat depuis plusieurs mois s’il faut ou non armer l’Armée syrienne libre. Une bande informe de déserteurs et de thuwars (combattants révolutionnaires) civils. Juste avant la réunion le 1er avril des «Amis de la Syrie», un groupe de pays soutenant les forces anti-Assad, les États-Unis et la Turquie se sont entendus pour mettre en place une structure destinée à permettre le transfert de matériel non-létale aux rebelles. Mais cette aide, tout comme la conversation avec le marchand d’armes turc, tient, pour le moment, plus du discours que de l’action.

Les monarchies du Golfe, les ennemies les plus constantes d’Assad, n’ont pas non plus ouvert leurs armureries aux rebelles. Fin février, le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Saud al-Faisal a nourri les espoirs de l’Armée syrienne libre en déclarant qu’armer les opposant d’al-Assad était «une excellente idée». Cependant, plus d’un mois plus tard, les aides saoudiennes ne sont toujours pas parvenues sur le front.

Les débats internationaux reflètent la profonde fragmentation de l’opposition syrienne. Le Conseil national syrien (CNS), le représentant politique des forces anti-Assad, a longtemps offert aux rebelles un soutien timide et tardif, mais il a récemment changé de ton pour ouvertement réclamer des armes. La plupart des unités de l’Armée syrienne libre opèrent avec peu de coordination et de direction de la part du colonel Riad al-Asaad, chef des rebelles, et de ses officiers. Tous enfermés dans un camp de réfugiés inaccessible aux journalistes dans le sud de la Turquie.

Colère contre l’opposition exilée en Turquie

Et pourtant, la colère et le ressentiment de nombreux activistes et de combattants sur le terrain sont dirigés contre les soi-disant chefs de l’opposition, tous en exil. L’importance de cette colère a sans doute été la mieux exprimée dans une courte vidéo dans laquelle un groupe d’hommes en civil se tient devant un olivier, portant des écharpes pour ne pas révéler leurs identités. Cette séquence ne prétend pas montrer des membres de l’Armée syrienne libre, mais aucun des neuf hommes qu’on y voit ne porte une arme. Quant à leur porte-parole, il déclare:

«Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant... Nous, les hommes libres d’Idlib, annonçons la formation de la  brigade de ceux qui veulent des armes. Nous n’avons pas d’armes. Nous demandons au Conseil national et au commandant de l’Armée libre de tenir leurs promesses et d’arrêter de promettre monts et merveilles aux révolutionnaires sur le terrain sans leur envoyer des armes, parce que vos promesses nous tuent.»

Le colonel Ahmad Hijazi, le chef d’État major de l’Armée syrienne libre, dit qu’il peut comprendre ce ressentiment. «Je ne les blâme pas, dit il. Les gens sont en colère et ils dirigent leur frustration contre nous. Mais que pouvons-nous faire? (…) Les gouvernements étrangers doivent soutenir l’Armée libre.»

En l’absence d’une telle aide, les déserteurs de l’armée syrienne ne font qu’attendre. Le camp qui abrite les officiers de l’ASL ressemble à tous ceux que la Turquie a mis en place pour les milliers de civils qui ont fui la Syrie. Des rangées de tentes blanches sont soigneusement alignées le long de gravier blanc. Mais à la différence des autres, le camp des officiers est isolé des villes et villages voisins. Il se situe au cœur d’une plaine agricole fertile à Apaydin, à 19 km d’Antioche.

Manque d'influence du commandement de l'Armée syrienne libre

Des soldats turcs montent la garde à l’entrée du camp, comme ils le font à l’entrée d’autres camps de réfugiés, vérifiant les papiers de quiconque souhaite entrer. Les coupures d’électricité sont communes ici, rendant les communications par internet impossible pendant plusieurs heures. L’Armée syrienne libre a beau prétendre diriger depuis le camp «un centre de commande et de contrôle» de l’effort militaire anti-Assad, il est incertain qu’il soit possible de contrôler quoi que ce soit dans ces conditions. Ses détracteurs, comme la «brigade de ceux qui veulent des armes», disent qu’elle n’a pas proposé grande chose aux hommes qui combattent et meurent en son nom en Syrie.

Comment ses commandants justifient-ils leur manque apparent d’influence sur le terrain? Dans une des nombreuses tentes identiques du camp des officiers, Hijazi remue, mal à l’aise, sur sa chaise de plastique. Il n’aime pas cette question. Son camarade officier le commandant Maher Nuami, qui est assis sur le seul lit de la tente, non plus... «C’est un sujet sensible», dit finalement Hijazi. Ils ne diront pas si l’Armée syrienne libre a envoyé des émissaires en Arabie saoudite, au Qatar ou en Libye, laquelle a récemment promis cent millions de dollars à l’opposition syrienne, mais insistent sur le fait qu’ils n’ont reçu aucune aide sur le terrain de la part de ces États.

L’occident craint l’explosion de la poudrière

Il y a de nombreuses raisons aux réticences arabes et occidentales. La Syrie se tient sur à peu près toutes les lignes de fracture qui traversent le Moyen-Orient. C’est un chaudron multi-religieux, multi-ethniques, à la frontière d’États arabes qui sont des poudrières, ainsi que d’Israël.

Les officiers comprennent les difficultés géopolitiques, et les inquiétudes concernant l’après Assad et font leurs propres -terrifiantes- prédictions. Selon le commandant Nuami, si la communauté internationale ne les arme pas et ne leur fournit pas de soutien logistique, «tout» ce que le monde s’inquiète de voir arriver, arrivera. «Nous savons de quoi ils ont peur, dit-il. Ils s’inquiètent à propos de la frontière avec Israël et craignent un massacre d’alaouites.» «Les gens trouveront des armes, d’une façon ou d’une autre, donc aidez nous», continue-t-il.

«Si vous nous donnez des armes, nous saurons les contrôler. Nous voulons la chute du régime, pas celle de l’État. Si la communauté internationale nous aide, nous les aiderons. Si elle ne le fait pas, notre peuple ne peut rien garantir.»

L’important, trouver des armes

Hijazi dit que l’Armée syrienne libre reçoit des dons, principalement de particuliers, et les distribue aux officiers sur le terrain, mais que cela n’est pas du tout suffisant. «C’est comme si vous aviez soif et que l’on vous donnait le contenu d’un bouchon d’eau.» L’argent va à des hommes comme le capitaine Alaaeddine, commandant de la brigade de Salahedine al-Ayoubi, qui opère dans la ville de Jisr al-Choughour au nord du pays, à la frontière avec la Turquie. Le capitaine, un homme de trente ans, a déserté il y a presque un an en quittant Damas, où il était stationné, pour venir défendre ses amis et sa famille. Le commandement de l’Armée syrienne libre lui a récemment confié, à lui et à trois autres officiers d’autres unités, 22.000 dollars à se partager.

L’argent est allé en partie vers une commande d’armes et de munitions de 90.000 dollars qu’un intermédiaire turc, «Mehmet», essaie d’obtenir pour le capitaine. Alaaeddine ne veut pas révéler la source du reste des fonds. «Nous avons nos réseaux», est tout ce qu’il accepte de dire. Il raconte aussi qu’il ne connait pas l’origine des armes qu’il achète.

«C'est dur de voir nos hommes sans munition»

Lors d’une soirée du milieu du mois de mars, Alaaeddine, son adjoint le sergent Ahmad Mokbat et Mehmet, un contrebandier professionnel, se réunissent dans une maison sûre à Antioche autour d’un dîner, afin de discuter des derniers détails avant que Mehmet ne parte accomplir sa mission. Les deux déserteurs syriens ont traversé la frontière quelques jours plus tôt pour finaliser la transaction. La première de cette ampleur qu’ils aient tenté de mettre en place. «Nous sommes comme face à un puits sans eau, déclare Mokbat, maussade. C’est dur de voir nos hommes sans munition. C’est très dur.»

«Il y a toujours les lance-pierres», plaisanta Mehmet dans une tentative vaine de réduire la tension ambiante. Son téléphone sonne à la fin du dîner, il est temps qu’il parte. Mokbat sort une grosse liasse de billets, la dernière de l’acompte, de sa veste en cuir et un pistolet de l’arrière de son pantalon. Mehmet prend l’argent, mais refuse l’arme. «Pourvu que tu réussisses, si Dieu le veut», dit Alaaeddine tandis que Mehmet ferme la porte derrière lui.

Les loyalistes face à l'opposition

Le besoin de réserves se fait pressant. Ce matin, à cinq heures, des troupes fidèles au régime syrien se sont attaquées aux hommes d’Alaaeddine. A Jannoudiye, sa ville natale, un hameau du nord de la Syrie, à peine à dix kilomètres de la frontière turque. Le capitaine dit qu’il va appeler les chefs d’autres unités de rebelles plus importantes des environs, à Idlib et al-Zawiya, pour «commencer quelque chose» et attirer l’attention des forces de sécurité dans une tentative désespérée de soustraire une partie de la pression qui pèse sur son petit groupe d’hommes mal équipés.

Cela n’a pas ralenti les loyalistes. Alaaeddine passe la majorité de la soirée au téléphone, recevant des nouvelles de ses hommes. Les nouvelles ne sont pas bonnes. À neuf heures du soir, les rebelles battent en retraite et sont presque à court de munitions. Il dit que des civils sont utilisés comme boucliers humains par les soldats fidèles à Assad, lesquels les font marcher devant les chars (une information confirmée par Human Rights Watch). Des familles entières, dont certaines parentes du capitaine, ont fui vers les collines, où elles passent une nuit dans le froid. «Jannoudiye est tombée», dit Alaaeddine, en manipulant un chapelet rouge.

«Ne perds pas espoir, mon frère» dit Mokbat, mais lui aussi devient lugubre. Deux appels à Mehmet ne reçoivent aucune réponse. Mokbat s’interroge:

«Je ne comprends pas. Où sont les moudjahidine? Cela me surprend beaucoup. Pourquoi nos frères arabes, chrétiens et musulmans, restent-ils silencieux?»

Selon les officiers de l’Armée syrienne libre, la prétendue présence de combattants étrangers en Syrie, confirmée par le régime Assad, est extrêmement exagérée. Un libyen isolé aurait été volontaire pour combattre avec leur unité récemment, mais serait reparti après quelques jours. Mokbat se souvient:

«Il a dit: "vous êtes fous, c’est du suicide, vous n’avez pas d’armes". Il avait raison. J’aimerais que la révolution revienne en arrière, c’était mieux avant. On tirait en l’air, on ne se préoccupait pas des munitions. Maintenant on doit bien réfléchir avant d’utiliser la moindre balle.»

Retour bredouille

Cinq heures plus tard, Mehmet n’est toujours pas de retour. Il ne reviendra qu’une semaine plus tard, les mains vides. Le problème est de trouver un itinéraire pour transporter les équipements sans être intercepté par la sécurité turque. Même si la Turquie héberge l’Armée syrienne libre, elle «n’autorise pas le transfert illégal d’armes vers la Syrie», comme l’a déclaré un responsable du gouvernement turc qui préfère rester anonyme. «Quiconque pris en train de participer à un tel trafic sera arrêté et les armes confisquées», a-t-il ajouté. Mehmet reste néanmoins optimiste. «C’est dangereux, dit-il aux déserteurs, mais si Dieu le veut, les armes pourront être transportées. Soyez patients.»

«Je suis assis sur un feu ici!, déclare le capitaine. Nous devons être avec nos hommes.»

Certains de ses hommes, comme Mazin, un déserteur de vingt et quelques années à la barbe vaporeuse, ne sont plus à Jannoudiye. Ce dernier a marché dans les collines pendant des heures, aidant à mener des familles en sécurité à la frontière turque. Il se trouve maintenant dans le camp des officiers, où sa mère s’occupe de lui. «Lorsque je l’ai vu, j’ai cru qu’il était blessé», explique sa mère, qui s’inquiète pour son fils cadet, lequel a étendu devant lui ses pieds nus et gonflés. «Il boitait et marchait bizarrement.» Malgré cela, Mazin est déterminé à retourner en Syrie, même sans nouvelles munitions. «Nous poserons des bombes, dit-il. Nous ne pouvons pas juste rester assis là.»

Après les manifestations, le combat armé

C’est exactement ce que nombre de réfugiés, de déserteurs et de révolutionnaires civils syriens accusent les transfuges militaires de haut niveau de faire, de juste rester assis là. En l’absence d’effort militaire organisé, la tâche de se procurer des armes et des financements est retombée sur des officiers subalternes comme Alaaeddine ou sur des syriens ordinaires comme Abdel-Salim, un chauffeur de taxi devenu thuwar qui commande les «Syriens libres». Une bande informe de fermiers, de chauffeurs de taxis et d’autres civils de quelques villages voisins de la frontière turque. Abdel-Salim, un homme de quarante ans, à la barbe poivre et sel et aux pommettes proéminentes, a traversé la frontière vers le sud de la Turquie pour essayer de se procurer de l’équipement pour son groupe: 3.000 balles, pour être précis.

Les «Syriens libres» se rangent sous la bannière de l’Armée syrienne libre, explique-t-il, et sont en communication régulière avec son commandement via quelques déserteurs dans son groupe. «Nous demandons aux déserteurs d’aller au camp des officiers pour leur demander de l’aide, mais nous n’avons rien reçu de l’Armée libre pour le moment. (...) Mais pour être honnête, je ne crois pas que l’Armée libre elle-même ait quoi que ce soit.»

La société syrienne n'est pas une société militarisée

Beaucoup de ses hommes, dont la plupart ont laissé leur famille en sécurité dans les camps de réfugiés turcs, n’ont pas d’arme. La Syrie d’Assad n’est pas une société militarisée, au contraire de l’Irak par exemple, où la possession d’armes est commune. «Ce n’est pas grave, dit Abdel-Salim. Regardez Gaza: ils utilisent des pierres contre des chars, et si nous y sommes contraints, nous ferons la même chose.»

Abdel-Salim se souvient qu’il avait participé à des manifestations pacifiques pendant des mois, et qu’il n’a pris les armes qu’il y a quatre mois, lorsqu’il a «perdu espoir» dans les manifestations. Il a été touché par des balles un mois plus tôt, à l’estomac et à la jambe droite, et a passé dix jours pour récupérer dans un hôpital turc. Il marche en boitant, mais cela ne le dissuade pas de repasser en Syrie pour combattre l’armée d’Assad.

«Je ne voulais pas prendre les armes, explique-t-il, mais je pense que même Israël est plus honorable que le régime syrien

Plus Abdel-Salim parle, plus il se met en colère. «Où est l’argent que l’opposition syrienne a reçu des Libyens?», bouillonne-t-il. «Nous n’avons vu aucun membre du Conseil national (syrien) ici... Que fait Riad al-Asaad en Turquie de toute façon? Chef de l’armée? Il devrait traverser la frontière, entretenir le moral des gens. De quoi a-t-il peur? De mourir?»

Retour en Syrie pour une partie de l’opposition, avec ou sans arme

Après trois jours en Turquie, Abdel-Salim se fatigue d’attendre. Il n’a pas ses balles, mais il ne part pas non plus les mains vides. Il emporte avec lui vingt Kalachnikov, grâce à Fouad, le Syrien qui essayait de négocier une vente de munitions avec le marchand d’armes turc Abu Mohammad. 

Ces nouvelles armes ne viennent pas de Turquie, on les a trouvées en Syrie. «Cela a pris dix jours de se procurer vingt russes», affirme Fouad, évoquant les Kalachnikov. Cette petite réserve ne vient même pas de la même source, et les chargeurs des armes sont tous vides. «J’ai dû aller dans quatre ou cinq villages pour trouver ces vingt russes», explique le contrebandier. En quelques courses dangereuses en Syrie durant ces derniers mois, il dit qu’il s’est procuré «moins de cinquante armes».

Guerre asymétrique

Ce n’est peut-être pas comme ça que pourra être gagnée ce qui est devenue une guerre très asymétrique, mais Fouad et d’autres comme lui disent qu’ils ont peu d’options. Après des semaines d’attente, le capitaine Alaaeddine et son adjoint se préparent à retourner en Syrie, avec ou sans leur commande de 90.000 dollars.

Fouad se prépare aussi à rejoindre sa patrie. Malgré le danger de traverser ce que les organisations de défense des droits de l’homme décrivent comme une frontière fraîchement minée, ainsi que l’importante probabilité de rencontrer des troupes loyalistes. Selon Fouad, il y a aussi des dangers qui menace du côté turc. «Il nous est difficile de faire confiance aux gens ici, de trouver des hommes en qui nous pouvons avoir confiance», dit-il. «La plupart des marchands d’armes dans la région sont des alaouites

Et qu’en est-il du marchand turc sunnite qui promettait de l’aide? «Il n’avait que des belles paroles», dit Fouad. «Des paroles, des paroles, des paroles. Cela ne va nous aider en rien. Il nous faut des armes

Rania Abouzeid

Traduit par Felix de Montety

Rania Abouzeid
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