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Et si on notait les candidats comme «L'Equipe» note les joueurs de foot?

Yannick Cochennec, mis à jour le 16.04.2012 à 14 h 00

Dernières minutes de ce premier tour de l’élection présidentielle. Il est déjà l’heure d’évaluer les candidats à la mode de «L’Equipe» qui distribue des notes aux joueurs de football.

REUTERS - Montage Slate.fr

REUTERS - Montage Slate.fr

«F  aites-nous rêver!» «C’est maintenant!» «Le grand soir». «Irrespirable». «Pour l’histoire». Telles auraient pu être, il y a quelques mois, les unes de l’Equipe, bien connu pour ses envolées lyriques, à la veille de ce match de la présidentielle.

Hélas, c’est un avis général, ledit match n’aurait pas franchement tenu ses promesses. On se contentera donc d’un «Tout ça, pour ça!», d’un «Jusqu’au bout de l’ennui» ou d’un «Le grand sommeil» sur huit colonnes pas franchement excitantes.

Rencontre soporifique, anti-jeu stérile, tacles trop appuyés, tendance à jouer trop à droite ou trop à gauche, axe central défaillant sur une pelouse pas très jolie et pas aussi verte qu’on aurait pu l’imaginer, le spectacle n’a pas franchement passionné les aficionados qui sont restés sur leur faim et ont d’ailleurs en partie boudé les tribunes.

Cette équipe de France d’un autre genre, réduite à dix après l’exclusion de Corinne Lepage par l’arbitre du Conseil constitutionnel, ne restera pas dans les annales.

Voici nos notes pour ce onze politique –avec Jean-Louis Debré en gardien de but (*La note attribuée à chaque joueur correspond à la moyenne des notes décernées par chacun des envoyés spéciaux de Slate, les candidats sont classés selon l'ordre du Conseil constitutionnel).

Eva Joly (2,5)

Trop souvent prise hors-jeu lors d’une rencontre où elle a semblé perdue dans un schéma tactique qui ne lui convenait pas. A eu du mal à s’adapter au terrain très lourd de cette rencontre, ce qui lui a valu cette chute spectaculaire. Il lui a manqué de soutien et d’expérience dans un match où elle a paru trop «verte» et trop tendre. Son remplacement a d’ailleurs été envisagé.

Néanmoins, elle a eu quelques fulgurances et n’a cessé de marquer Sarkozy à la culotte. Un match courageux, mais l’histoire devra chausser des lunettes quand elle se penchera sur cette performance.

Marine Le Pen (4,5)

Obsédée par l’idée de fermer le jeu (et les frontières), elle s’est montrée extrêmement dure dans sa manière de défendre et d’attaquer. Elle a contrôlé son flanc droit avec beaucoup d’énergie, Sarkozy se faufilant dans quelques intervalles qu’elle avait créés. Utilise de plus en plus son pied gauche, même si on sent que c’est un geste qui n’est pas naturel chez elle.

Elle préfèrera toujours les bons vieux pointus lâchés par ce pied droit bien franc, monnaie courante chez elle, et casse-tête pour ses adversaires. A une certaine capacité à imposer son jeu aux autres. Une «boucherie» quand ça marche.

Nicolas Sarkozy (5,5)

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 Université d'été du RPR en 1998. Jean Philippe Arles / Reuters 

Il a tardé à rentrer dans la partie. Mais une fois «dedans», il s’est montré extrêmement agressif, frôlant d’ailleurs le carton jaune à plusieurs reprises. Beaucoup d’engagement comme toujours, du tempérament, mais souvent systématique en abusant des centres trop à droite. Il a énormément décalé Le Pen quitte à la mettre hors-jeu.

Ses trajectoires de ballon ont dérouté certains de ses partenaires qui ne savaient plus où donner de la tête. Brouillon en général. Gagnerait à temporiser, à se recentrer à l’occasion, à jouer moins perso. Mais très bon dans les duels et son obsession du but à tout prix fait de lui un redoutable renard des surfaces jusqu’à la dernière minute.

Jean-Luc Mélenchon (6,5)

A chacune de ses sorties, il ne cesse d’étonner. Inconnu jusque-là, transféré au Front de gauche pour presque rien, le voilà devenu un maître à jouer avec ce pied gauche qui a mis le feu à la rencontre en diverses occasions. De l’engagement, de la fougue, beaucoup de dépense(s), rien ne semble devoir lui résister. Une vraie révolution sur le terrain où sa puissance a été dure à contrer.

Doit néanmoins contrôler ses émotions pour éviter la menace des cartons aussi rouges que ses supporters (et inutile d’insulter le Petit journal de Canal+ au bord du terrain). Se pense très collectif, mais garde beaucoup le ballon pour lui. Reste imprévisible aussi bien pour ses adversaires que pour ses partenaires. A donné le sentiment de fatiguer en fin de rencontre.

Philippe Poutou (4)

Pratiquement invisible pendant une bonne partie de la rencontre, il s’est spectaculairement réveillé à l’approche du coup de sifflet final. Style complètement débridé, anarchique, sans fioriture, a surpris et dérouté. A la limite parfois du jeu dangereux quand il y va avec les deux pieds en avant contre Sarkozy. Un genre déménageur que le public a apprécié. De manière générale a semblé un peu perdu de se retrouver là.

Nathalie Arthaud (3)

Comme d’habitude, une tendance à jouer la même partition malgré une relative fraîcheur. Son jeu est très connu, presque systématique. Beaucoup de percussion, mais un manque véritable d’originalité et de créativité. Ne croit pas au système de jeu mis en place et ça se voit. Quant à cette harangue pour demander au public d’envahir le terrain…

Jacques Cheminade (2)

Jeu très (trop) aérien, a paru la tête dans les étoiles ou carrément sur la lune pendant la rencontre. Capacité cependant à créer beaucoup, beaucoup, beaucoup d’espace. Jeu baroque, iconoclaste. Que faisait-il là? Mystère d’un système de sélection.

François Bayrou (4)

Tout le monde le sait, c’est son péché mignon: il adore jouer perso quitte à oublier qu’il y a un match à gagner. A force d’être centriste, il a fini par ne plus être central sur le terrain, finissant même par «décrocher» vers l’arrière après une entame de match réussie et offensive.

Très lucide néanmoins, il n’a cessé de faire montre de rigueur dans un groupe souvent trop généreux dans le contexte tactique actuel. Mais a paru isolé, ne sachant trop quoi faire du ballon et surtout à qui le donner à gauche ou à droite. Presque un match pour rien pour lui. Pressé comme une orange tout au long de la rencontre. Mais il sera sans nul doute une des stars du mercato.

Nicolas Dupont-Aignan (3)

Il n’a pas vraiment pesé sur cette rencontre à trop vouloir jouer à droite où il y avait déjà beaucoup de monde. Des tacles très saignants, mais des autoroutes dans sa défense qui aurait mérité davantage de zones de péage. Trop protectionniste avec le ballon. S’est isolé.

François Hollande (6,5)

François Hollande, lors d’un match caritatif au stade Charléty en mai 2008. REUTERS/Charles Platiau

Son entame de match a été très réussie. Très affûté (l’effet Tiburce Darou?), il a très bien couvert son terrain après avoir encaissé quelques tacles sévères que l’on qualifiera même de primaires. Maître du jeu, il a rayonné sur le match jusqu’au moment où il a donné le sentiment de jouer avec le pied sur le ballon. Moins de rythme soudain, une certaine lourdeur s’installant dans son jeu comme s’il prenait des kilos en cours de match.

Très (trop?) axial, s’est contenté de contrôler ses couloirs à gauche et à droite. De belles feintes néanmoins. Une certaine autorité. Peut devenir capitaine (et pas que de pédalo) pour peu qu’il améliore ses transmissions avec Mélenchon.

Yannick Cochennec

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