Monde

Primaires républicaines: Rick Santorum a quitté une compétition que Mitt Romney avait déjà gagné

John Dickerson, mis à jour le 11.04.2012 à 17 h 09

La voix de la base conservatrice pourrait tenter de revendiquer un rôle d'unificateur du parti et de peser sur son programme.

Rick Santorum lors d'un meeting à la John Hersey High School d'Arlington Heights (Illinois), le 16 mars 2012.

Rick Santorum lors d'un meeting à la John Hersey High School d'Arlington Heights (Illinois), le 16 mars 2012.

A vous, gouverneur Romney. Rick Santorum vient de se retirer de la course républicaine à la Maison Blanche, mettant fin à la campagne la plus réussie d'un candidat improbable du GOP depuis celle menée par l'éditeur Steve Forbes en 1996. Quand il est arrivé dans la campagne présidentielle, rares étaient ceux dans les cercles politiques à pouvoir prédire qu'un sénateur qui avait perdu sa dernière élection de dix-sept points, sans argent, sans bons sondages et avec quelques rares soutiens, allait remporter onze primaires.

La course à l'investiture républicaine était loin d'être terminée, mais elle l'est désormais. Mitt Romney peut cesser de livrer une guerre sur deux fronts, contre ses rivaux républicains à sa droite, et contre le président Obama à sa gauche. Son équipe de campagne n'a plus besoin de commencer sa journée en se demandant comment surmonter l'obstacle Santorum et où allouer de précieuses ressources.

Même si Santorum n'allait pas remporter cette compétition, il aurait pu causer du tort au futur candidat républicain, et le «Romneyland» aurait dû être sans cesse sur le qui-vive face à d'éventuelles surprises (comme dans le Colorado, le 7 février, quand Santorum remporta un État censément acquis à Romney). Aujourd'hui, Mitt Romney peut dédier toute son attention au président, qui le précède d'environ dix points dans les sondages.

Les candidats à l'investiture décevant de grandes espérances ont été nombreux: Rick Perry, Fred Thompson, Rudy Giuliani et Phil Gramm, pour n'en nommer que quelques-uns. Ils sont synonymes de faillites politiques et de campagnes désastreuses. Plus rares sont ceux qui, arrivés de nulle part, ont réussi à dynamiser leur parti, peut-être pas assez pour remporter la victoire, mais suffisamment pour donner un bon coup de pied dans la fourmilière: Lamar Alexander, Howard Dean et Mike Huckabee. Rick Santorum en fait désormais partie.

«Ce n'est pas ma voix qui parlait»

Santorum a déclaré que les récents problèmes de santé de sa fille de 3 ans, Bella, l'ont aidé à prendre sa décision. Les sondages avaient beau lui prédire une légère avance lors de la primaire de Pennsylvanie, le 24 avril, une victoire dans son fief n'était pas certaine.

En mettant aujourd'hui fin à sa campagne, il peaufine sa réputation. C'est le champion de la base des électeurs conservateurs qui s'en va. «Ce n'est pas ma voix qui parlait, a-t-il affirmé mardi à Gettysburg, en Pennsylvanie. C'était votre voix.»

Fort d'une sortie la tête haute, Santorum peut désormais faire jouer sa marque personnelle pour négocier. Son premier coup, selon d'anciens chargés de campagne républicains, sera de revendiquer une fonction d'unificateur du parti. Ce qui signifie un rôle d'émissaire public pour le compte de Romney, qui aidera le candidat mais qui lui permettra aussi de fignoler ses compétences publiques.

Il peut aussi demander à peser dans le programme républicain, voir ses sujets favoris obtenir toute l'attention qu'il désire et probablement apparaître sur la liste des intervenants lors de la convention républicaine à Tampa, en Floride. Un candidat aux primaires désormais devenu celui du parti ne voudra pas que l'on s'appesantisse trop sur les questions de société, mais Santorum pourrait facilement reprendre son discours phare sur l'élitisme d'Obama et son côté déconnecté des problèmes réels, qui est d'ailleurs un des messages centraux de la campagne de Romney.

Clip très dur

Santorum a presque raté sa chance d'abandonner la compétition sur une note positive. Avant l'hospitalisation de sa fille, il avait l'intention de rester sur le ring jusqu'à la dernière primaire, fin juin. Contrairement à Gingrich qui, même s'il reste dans la course, voit ses forces décliner, Santorum arrivait toujours à taper très fort sur le penchant de Romney pour les volte-face et sur ses faiblesses en tant que conservateur.

Romney a réagi à la nouvelle de manière laudative et en confirmant la stature nouvelle de Santorum:

«Le sénateur Santorum est un concurrent capable et digne, je le félicite pour la campagne qu'il a menée. Il s'est avéré être une voix importante dans notre parti et notre nation.»

Mais juste avant ce coup de théâtre, l'équipe de campagne de Romney décrivait Santorum comme un bigot à moitié fou sur le point de ruiner sa réputation et d'anéantir sa carrière politique une bonne fois pour toutes. Le message n'était pas fin —il y a peut-être même une tête de cheval encore chaude dans l'un des véhicules de la caravane de campagne de Romney.

La semaine dernière, l'équipe de campagne de Romney a pris le taureau par les cornes en diffusant un clip très dur contre Santorum. Elle aurait même dépensé des millions de dollars pour lui assurer une audience maximale. Le clip «historique» de Romney s'attaquait à Santorum pour avoir perdu son mandat de sénateur de Pennsylvanie en 2006. «Nous l'avons viré en tant que sénateur. Pourquoi l'encourager à devenir président?», se demandait le narrateur de la vidéo. Santorum faisait face à la perspective de perdre non seulement sa réputation dans le parti républicain, mais aussi chez lui.

Appel aux dons

Le départ de Santorum est inattendu, mais il ne change pas tant que ça la compétition. Mitt Romney est quasi assuré de remporter l'investiture. Il a des centaines de délégués d'avance et jouit du soutien infaillible de grands manitous du parti qui remuent ciel et terre en sa faveur. Mais il a également été incapable d'élargir sa coalition en dehors de ces électeurs très conservateurs qui l'ont soutenu dans les caucus et les états du Sud.

Dimanche, même Newt Gingrich a admis à demi-mot que la course était terminée. En suspendant sa campagne sans y mettre fin, Santorum a lui le droit de garder ses délégués et de continuer à lever des fonds. Selon une source au sein du Comité national républicain, il perdra ses délégués s'il se retire complètement. Tant que sa campagne est suspendue, le sort de ses délégués se décide état par état, mais certains soutiendront sans doute Santorum pendant un certain nombre de tours à la convention avant qu'il ne les libère.

Santorum n'a pas mentionné son concurrent lors de son discours d'adieu, mais cela n'a rien d'extraordinaire. C'était son jour. Plus tôt, il s'était entretenu avec Romney et les deux vont probablement bientôt se rencontrer.

Un des sujets de conversation portera certainement sur les dettes de campagne de Santorum. Quelques instants après son retrait de la course, ce dernier a envoyé un message à ses partisans en expliquant sa décision et en les appelant aux dons. «Notre campagne est endettée et je ne n'arriverai pas à me concentrer sur la défaite [d'Obama] avec un tel fardeau. Je vous demande de réfléchir à une dernière contribution de 25, 50 ou même 73,10 dollars.» Désormais libéré d'une potentielle nuisance pour les deux prochains mois, Mitt Romney pourrait peut-être sortir son plus beau stylo et lui envoyer un chèque. 

John Dickerson

Traduit par Peggy Sastre

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