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Dakota R., 16 ans, blogueuse, «attention whore»

Une du site de Dakota Rose.

Une du site de Dakota Rose.

La petite dernière de la famille Ostrenga, est aussi douée avec Photoshop qu'avec le maquillage. Présentations.

Observez attentivement la photo ci-dessous.

Dakota rose

Vous déterminerez ensuite si vous y voyez:

1°) une poupée en silicone pour jeux d’adulte (plus connue sous le nom de poupée à foutre)

2°) un robot japonais conceptualisé à l’image d’une héroïne de manga

3°) une adolescente américaine normale

4°) Dakota Rose, la nouvelle «attention whore» (soit pute de l’attention; c’est l’expression consacrée pour désigner des filles prêtes à n’importe quoi pour se faire remarquer sur internet). 

La réponse est 4, Dakota Rose

Dakota Rose est un être humain âgé de 16 ans qui a ouvert l’année dernière un blog où elle poste des photos d’elle, prises en toute simplicité comme on peut le constater sur le cliché ci-dessus. Cette photo permet également d’apprécier les talents de Dakota dans deux arts, celui ancestral du maquillage et celui, plus récent, de la dextérité face au logiciel photoshop, qu’on pourrait qualifier de maquillage moderne. Mais Dakota ne s’arrête pas là, elle a également sa chaîne YouTube où vous pourrez vous pâmer d’admiration devant ses magnifiques tutorats de coiffure.

En Asie, elles sont nombreuses à consacrer un temps non négligeable à nourrir leurs blogs de photos où elles posent façon manga. Chez certaines, la transformation avant/après relève carrément de la performance:

avantapres

Le phénomène est évidemment très médiatisé en Asie, mais il représente aussi tout un pan de l’Internet, la culture nippone ayant été l’une des bases de la webculture. Dakota Rose est en passe de mettre la misère à toutes les autres lolicons (terme désignant les Lolitas version manga). L’équation est simple: style manga + visage d’Occidentale = fantasme absolu en Asie. Du coup, elle a eu les honneurs de certaines télés.

Mais qui est vraiment Dakota Rose? Une angélique petite chose pourvue de seins? Ou alors une «attention whore» de base?

Ainsi, si on considère que Dakota Rose est une «attention whore», on sous-entend que sa démarche n’est pas nourrie par un réel amour des mangas mais simplement par la recherche d’un moyen de se faire idolâtrer. La biographie de sa famille tend à valider cette dernière hypothèse. 

La famille Ostrenga, pourvoyeuse officielle d’attention whores

L’histoire de la famille Ostrenga ressemble à l’un de ces téléfilms que TF1 diffuse dans l’après-midi, où l’on voit des familles cumulant tous les drames de la vie moderne.

Dakota Rose, de son vrai nom Dakota Ostrenga, est la petite dernière de la famille. (Et en un sens, on se dit qu’ils ont plutôt bien fait de s’arrêter à trois enfants). Les parents Ostrenga, Cathy et Scott, se sont rencontrés à 18 ans. Lui était dans un groupe de rock, elle cherchait sa voie artistique. Ils s’imaginaient un futur d’artistes bohêmes.

A la place, ils se sont mariés jeunes, ont eu des enfants, Cathy est devenue mère au foyer et Scott a laissé tomber son avenir de rockstar  pour nourrir la famille. L’aîné, un garçon, est handicapé. Leur deuxième enfant s’appelle Kirsten. Si vous fréquentiez assidûment l’internet en 2006, vous avez sans doute croisé Kirsten. Ou plutôt son double virtuel: Kiki Kannibal.

Kiki est devenue une star du web un peu comme Dakota mais dans un autre créneau, celui de l’icône ado émo:

kiki

(Kiki maîtrisait un peu moins bien Photoshop que sa sœur.)

En ces temps historiques, le groupe Tokio Hotel brillait au firmament des stars et les ados les imitaient sur MySpace. Kiki ayant quelques problèmes de socialisation dans son collège, à l’âge de 13 ans, ses parents décident de lui faire l’école à la maison avec son frère.

Pour qu’elle puisse tout de même avoir des amis, ils la laissent s’inscrire sur MySpace. Kirsten ayant 13 ans en 2006, elle découvre forcément que sa nature profonde est totalement émo et se crée un look en adéquation avec son essence. Ses parents crient au génie et l’encouragent à poursuivre.

Kiki poste de plus en plus de photos d’elle et au bout de trois mois, elle est devenue l’une des figures emblématiques de MySpace. Elle monte même un site internet pour vendre les bijoux émos qu’elle fabrique – toujours avec la bénédiction de ses parents qui souhaitent voir s’épanouir sa fibre artistique.

Sauf qu’évidemment, très vite elle devient la cible des moqueries puis du harcèlement. Menaces de mort, coups de téléphone anonymes, façade de la maison attaquée au ketchup et aux œufs, porte du garage tagguée de «slut» (salope).  

A l’époque, le phénomène du cyber-bullying (le harcèlement en ligne) est nouveau. On le sait maintenant, quand on est pris pour cible sur le web par des hordes d’internautes, la seule solution est de se déconnecter. Disparaître.

Mais nous sommes avant l’époque des Boxxy et Jessi Slaughter et Kiki va choisir la pire stratégie: poursuivre ses activités en ligne et insulter ses ennemis. A ses parents, elle explique qu’elle refuse de laisser les méchants gagner. C’est l’une des caractéristiques de l’attention whore. Sa soif d’attention se satisfait très bien d’insultes. Etre détestée, c’est déjà exister.

Il se trouve que sur MySpace, Kiki a rencontré un garçon de 18 ans qui devient son petit ami. Cathy et Scott trouvent un peu étrange qu’un garçon de 18 ans soit amoureux d’une gamine de 14 mais bon… ils raconteront qu’ils avaient été rassurés parce qu’il était très poli. Alors certes, le jour où Danny débarque chez eux avec un tatouage au nom de Kiki sur le ventre, ils jugent ça un peu extrême, à la frontière de l’obsession mais le laissent malgré tout dormir chez eux.

Et là – attention, à ce stade, TF1 lance généralement une première coupure pub – Danny viole Kiki. Elle met plusieurs mois à l’avouer à ses parents. Quand la police est prévenue, une enquête est lancée qui démontrera que Danny avait un faible notoire pour les filles de 14 ans, voire de 12. Les policiers finissent par interpeller Danny mais il essaye de s’échapper, fait une chute et tombe dans le coma. Il décède deux mois plus tard. (Deuxième coupure pub.)

La mort de Danny va relancer l’entreprise de web harcèlement de Kiki, considérée comme la meurtrière indirecte de son charmant premier amour. Les choses prennent une telle proportion que la famille Ostrenga est obligée de déménager et le père change de boulot.

Pour vous situer un peu la renommée de Kiki, elle a quand même droit à un portrait de plusieurs pages dans Rolling Stone en 2011. Sur la couv, l’article est titré «la fille la plus détestée d’internet». Article où elle raconte comment le monde est trop dur, qu’elle était très jeune et qu’elle n’avait pas compris comment fonctionnait internet.

L’un des principes de l’existence humaine, c’est précisément d’apprendre de l’expérience. Même certains animaux fonctionnent comme ça. Mais de toute évidence, la famille Ostrenga n’a pas été dotée de cette formidable capacité d’apprentissage. Ainsi, on aurait pu penser que Dakota, qui avait 11 ans quand la vie de sa famille s’est transformée en cauchemar, avait été vaccinée.

Que nenni.

Il semblerait surtout que Dakota ait été un peu jalouse de la célébrité de sa grande sœur. Des menaces de mort quotidiennes et un viol, ça la fait rêver. Du coup, elle tente elle aussi de devenir une icône émo / Lady Gaga - sans grand succès.

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Jusqu’à ce jour de l’année dernière où elle trouve son credo de lolicon. C’est un tel succès que Kirsten ne tarde pas à imiter le style de sa cadette. Et les voilà donc transformées en petites-filles modèles depuis quelques mois.

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Une nouvelle image qu’elles exploitent en demandant aux internautes de leur donner des sous pour financer leurs projets professionnels, soit devenir musicienne/DJ pour Kiki et actrice à Hollywood pour Dakota.  

Et qu’en pensent les parents alors? Et bien, plutôt que de résilier l’abonnement internet familial une bonne fois pour toute, Cathy a décidé d’ouvrir un blog pour défendre Dakota qui, comme c’est étonnant, est récemment devenue la cible d’attaques.

Autant dire que le feuilleton Ostrenga risque de connaître encore quelques rebondissements.

Morale

En fait, il n’y en a pas vraiment. Au terme de cette fascinante histoire, vous pouvez:

1°) vous interroger sur la transmission héréditaire de pathologie qui fait qu’une même famille nous a fourni deux des plus importantes attention whores du web,

2°) vous dire qu’il est remarquable que ces deux gamines soient devenues célèbres en ne faisant rien,

3°) vous demander dans quel cadre de discussion vous allez pouvoir replacer l’expression attention whore

Titiou Lecoq

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