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Les clips de campagne officielle, un exercice ringard?

Delphine Dyèvre et Aurélia Morvan, mis à jour le 08.04.2012 à 12 h 28

A partir de lundi sont diffusés pendant deux semaines les spots officiels des candidats. Un exercice très encadré et donc décrié, et de plus en plus en décalage avec les pratiques des partis sur internet.

Un des clips de campagne officielle de George Marchais en 1981 (Ina.fr)

Un des clips de campagne officielle de George Marchais en 1981 (Ina.fr)

Lundi 9 avril débute la grand-messe des clips de campagne officielle des candidats à la présidentielle. Avec l’aide de la Française des jeux, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a tiré au sort vendredi après-midi l’ordre de passage des candidats, qui verra François Bayrou lancer les hostilités (dès 7h40 sur France Ô lundi) et Nicolas Sarkozy les fermer le 20 avril avant le Soir 3 sur France 3.

Principal changement par rapport à 2007, le nombre de formats autorisés est passé de trois à deux (dix clips de 1 minute 30 et huit de 3 minutes 30). Pour le reste, cet exercice très réglementé a toujours pour but de mettre les candidats sur un pied d’égalité, au moins en apparence. Car seulement 50% du matériel vidéographique doit obligatoirement être produit en collaboration avec France Télévisions, tandis que le reste peut être réalisé en externe, selon les budgets des partis donc.

«C'est vraiment la course»

L’audiovisuel public met à disposition de chaque candidat son matériel de production et ses équipes selon un emploi du temps très serré, le choix du réalisateur étant à la discrétion des équipes de campagne. «La durée de mise à disposition de l'équipe technique est de huit heures», précise le CSA. Même le temps de transport est réglementé! Quant au studio technique (d’anciens studios de Canal+, selon Europe 1), il est mis à disposition pendant quatre heures.

Un vrai marathon pour les candidats et leurs équipes, sans compter que les dates de tournages sont également tirées au sort. «Les tournages ont commencé mardi 3 avril pour tout le monde et le clip doit être fini samedi pour une diffusion lundi, c'est vraiment la course», confirme Erwan Balanant, l’un des deux réalisateurs des contenus audiovisuels pour la campagne de François Bayrou.

Tout est constamment supervisé par un agent du CSA présent sur le tournage ainsi que dans le studio de montage, qui s’assure du respect des règles édictées par les Sages, le contrôle s’effectuant en amont. Les clips doivent respecter les lois en vigueur, par exemple en ne portant pas atteinte à «l'ordre public», «la sécurité des personnes et des biens» ou «la dignité de la personne humaine» (en 2002, le MRAP avait ainsi saisi le CSA et la justice en référé sur les clips de Bruno Mégret, jugés racistes, mais avait été débouté). L’appel au don est formellement interdit, comme l’a rappelé sur France Info Christine Kelly, membre du CSA en charge du pluralisme.

Pas tourner en dérision ses adversaires

Les candidats ne peuvent également tourner en dérision leurs adversaires, ni plus généralement montrer à l’écran des «personnalités de la vie publique française» sans leur autorisation ou celle de leurs ayant-droits. L’utilisation du drapeau tricolore est normalement interdite, ce qui a posé cette année problème aux Sages, puisqu’il est présent sur les images de nombreux meetings, notamment ceux de Nicolas Sarkozy ou François Hollande: il a finalement été décidé que dans cette situation, il serait toléré.

Si, du côté de l’équipe de Nicolas Dupont-Aignan, on ne s’estime «pas du tout bridé» et on annonce quelque chose de «très rythmé», «très original» et «assez sympa», on reconnaît chez François Bayrou que l’exercice est «très particulier» et «très contraignant». «C’est un exercice particulièrement réglementé, assez classique», explique de son côté Franck Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. «On se sent forcément un peu bridé mais il s’agit de s’adapter.»

Du côté de François Hollande, on annonce d’ailleurs, selon 20minutes.fr, un clip «classique»… Qui risque donc d’apparaître en complet décalage avec ce que l’on a le loisir de voir à longueur de journée sur internet, comme ce clip EELV d'un chaton manifestement hostile au président sortant ou ces jeunes socialistes cherchant le programme de ce même président-candidat.

«Personne ne va regarder ça»

A l’heure d’internet et de sa liberté beaucoup plus grande du message politique (y compris le clip négatif à l’américaine), l’exercice paraît «hypocrite» et «inadapté» à Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique. Et même «arbitraire» quand on songe à l'obligation d'un minimum de 50% d'images produites par France Télévisions, à l’heure où la tendance inverse s’impose pour les meetings, dont les partis tournent eux-mêmes des images pour les fournir aux chaînes de télévision.

«Personne ne va regarder ça», conclut-il. «Ça encourage l'abstention parce qu'il y a un décalage avec les pratiques culturelles que les gens ont maintenant avec Internet et les réseaux sociaux. Avec les clips, ils ne peuvent que se dire que leur classe politique est ringarde, qu'ils ne savent pas communiquer et que donc ça ne les concerne pas vraiment.»

Et effectivement, à la télévision, qui se souvient d’un clip de campagne vraiment audacieux, hormis peut-être celui de François Mitterrand en 1988? (dont plusieurs images représentant, au nom de «la France unie», ses anciens adversaires politiques —le général De Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing— avaient été caviardées de la version officielle).

Mais qu'on se rassure, du côté de l'équipe d'Éva Joly, on est formel: «Le CSA a dit qu’il voulait des clips dynamiques, il nous a donné un ensemble de recommandations des directeurs de chaînes, il faut des choses colorées.» Rendez-vous le 9 avril pour le feu d'artifice, donc. Et pour patienter, il reste ce best of, réalisé par France TV Info, des clips officiels des campagnes passées.

Delphine Dyèvre et Aurélia Morvan

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