Economie

La croissance mondiale se consolide

Eric Le Boucher, mis à jour le 15.04.2012 à 9 h 21

La reprise est là, mais avec de fortes divergences sur les marchés de l’emploi.

Happy crowd / alesk via Flickr CC License By

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«Les perspectives s’améliorent», résume l’OCDE dans ses dernières prévisions, livrées jeudi 29 mars. Le gros nuage arrivé dans le ciel économique mondial il y a un an, et qui avait fait craindre un nouveau plongeon dans la crise, est passé. «Il faut se garder de tout optimisme excessif», ajoutent  immédiatement les experts de l’OCDE, «la reprise reste fragile».
 
Ils soulignent notamment que les prix du pétrole, en hausse de plus de dix dollars par baril depuis deux mois, constituent une «menace» d’étouffement. Ces dix dollars vont provoquer une hausse des prix de ¼ de point dans les pays riches et amputer la croissance de 0,1 à 0,2%, ce qui est énorme compte tenu de sa faiblesse.

Dans les pays émergents importateurs d’énergie la menace est pire, le pétrole accélère une inflation déjà forte. Les grands émergents voient en conséquence leur croissance ralentir. C’est le cas de la Chine et de l’Inde mais aussi du Brésil, à cause, en outre, d’une forte réévaluation de sa monnaie.

Apaisement

Mais ouf! Pas de récession généralisée, la crise s’apaise. Les bonnes nouvelles viennent des trois grandes puissances riches: Etats-Unis, Japon et Allemagne. Chacune a retrouvé un dynamisme qui lui est propre mais dont l’ensemble profite.

L’essentiel vient d’Amérique qui s’installe sur une boucle vertueuse: de meilleurs chiffres donnent un meilleur moral à une population qui se remet à consommer et à investir. Les «fondamentaux» se redressent. Après deux années de faux départs, la croissance s’appuie sur le redressement du marché du travail et sur le rebond des actions qui redonnent confiance aux consommateurs. Les ventes d’automobiles comme la production industrielle redémarrent. L’immobilier reste une  fragilité puisque la baisse des prix rogne le patrimoine des ménages. Mais au total, les Etats-Unis ont retrouvé un rythme de croissance de 2,8%, chiffre inimaginable il y a six mois.

Épicentre

Le Japon, bénéficie d’un rebond qui «s’explique en partie par la baisse du yen», note l’OCDE. L’Allemagne tire, elle, profit de fortes créations d’emplois qui entraînent sa croissance intérieure. Le taux de chômage est au plus bas depuis vingt ans. Le moteur traditionnel de l’exportation trouve donc un appui à l’intérieur avec une consommation en hausse. Tout va donc bien pour l’Allemagne… sauf qu’elle a des voisins européens.

La zone euro reste dans ce contexte printanier, un souci majeur mondial. «L’épicentre du danger c’est l’Europe», selon Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fonds monétaire international.

Malgré les liquidités offertes par la Banque centrale, l’activité diminue, les taux d’intérêt restent élevés et les plans de rigueur «freinent la croissance». Toute l’Europe du sud a basculé dans une forte récession (-1,6% en Italie au premier trimestre). La France est entre-deux, avec une croissance négative au premier trimestre avant de remonter au deuxième.

Divergence

La géographie économique mondiale apparaît au total rassurante, mais l’amélioration n’est, hélas, pas générale. Le sud de la zone euro est laissé pour compte et sans espoir de rebond avant des mois, voire des années. La conséquence est une divergence radicale sur l’emploi. Le marché du travail est à la fois le reflet et la cause de la croissance.

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils hâter le retour aux bonnes statistiques? L’OCDE évoque le maintien d’une politique monétaire de soutien de l’activité et répète que le continent doit s’engager sur la voie des «réformes structurelles», dont le contenu est désormais bien connu, sur le marché du travail et la compétitivité.

S’ajoute, au niveau de la zone euro, le renforcement du pare-feu de crise (le Mécanisme de stabilité financière), une recapitalisation des banques et un renforcement de la gouvernance de la zone. Des travaux «encore à faire» dont la durée risque d’être longue.

Eric Le Boucher

Article également publié sur Emploiparlonsnet

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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