France

Incidents radioactifs: que s'est-il passé à Penly?

Michel Alberganti, mis à jour le 06.04.2012 à 16 h 53

Deux incendies, une fuite d’eau radioactive, trois raisons de s’interroger sur ce qui s’est passé dans le bâtiment réacteur de la centrale nucléaire de Penly.

La centrale nucléaire de Penly, le 6 avril 2012. REUTERS/Pascal Rossignol

La centrale nucléaire de Penly, le 6 avril 2012. REUTERS/Pascal Rossignol

Une fuite provoque deux flaques d’huile qui prennent feu sur le sol. L’incendie endommage le joint d’une pompe qui se met à fuir. Dans le garage Sanchez du film Camping, l’incident ferait simplement désordre. Mais lorsque c’est le réacteur N°2 de la centrale nucléaire de Penly, située en Seine-Maritime, entre Le Tréport et Dieppe, qui est concernée, l’affaire prend une autre importance.

A 12h20, le jeudi 5 avril 2012, «une alarme incendie s’est déclenchée suite à un dégagement de fumée dans un local situé dans le bâtiment réacteur de l'unité de production n°2 de la centrale nucléaire de Penly. Les systèmes de sécurité se sont enclenchés normalement et le réacteur s'est arrêté automatiquement», explique EDF dans un communiqué.

A 13h15, les pompiers sont intervenus pour éteindre les deux départs de feu qui dégageaient une fumée blanche visible, semble-t-il, de l’extérieur de la centrale d’après une photo prise par l’AFP. De l’huile qui brûle en produisant de la fumée blanche… c’est étrange. A moins que la photo n’ait été prise après l’extinction. Toujours est-il qu’EDF a déclaré:

«Il n’y a pas de blessé et l’événement n’a aucune conséquence sur l’environnement.»

Sans plus de précisions. On aimerait pourtant savoir si cette fumée est radioactive ou pas. Etant donné qu’elle provient d’un local «situé dans le bâtiment réacteur», il semble légitime de s’interroger.

Dans une centrale nucléaire, le bâtiment réacteur est celui qui contient le réacteur nucléaire, le pressuriseur, les générateurs de vapeur et le groupe de pompes du circuit primaire de refroidissement par eau qui assure le transfert thermique entre le coeur du réacteur et les générateurs de vapeur. Cette dernière est ensuite utilisée pour faire tourner les turbines qui génèrent le courant électrique.

En d’autres termes, les incendies se sont produits dans le bâtiment le plus radioactif de la centrale.

Dans l’après-midi du 5 avril, une fuite d’eau se déclare dans le même bâtiment réacteur de l’unité de production n°2. «Un défaut a été identifié sur un joint de l'une des quatre pompes de refroidissement du circuit primaire», note EDF.

Il s’agit bien d’un «défaut» puisque ce joint, sans doute endommagé par l’incendie, laisse échapper 2.300 litres d’eau radioactive par heure dans un premier temps, selon l’information communiquée à l’AFP par Jean-Christophe Niel, directeur général de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

En début de soirée le 5 avril, le débit de la fuite aurait été réduit à 100 litres par heure. EDF ne précise pas ces débits dans ses communiqués et se contente de mentionner que l’eau est collectée par des réservoirs situés à l’intérieur du bâtiment réacteur à cet effet.

Deux récits

Selon Jean-Christophe Niel, «de l'eau est injectée dans le circuit primaire pour compenser la fuite, et le circuit primaire continue de la sorte à assurer son rôle dans le refroidissement du réacteur». Or EDF indique que «les équipes de la centrale travaillent pour faire baisser la pression et la température de l'eau contenue dans le circuit». On baisse donc la pression tout en injectant de l’eau pour compenser la fuite…

Dans un communiqué du 6 avril, l'ASN donne de nouvelles informations sur la fuite d'eau radioactive de la pompe n°1 du circuit primaire de refroidissement du réacteur n°3 de la centrale nucléaire de Penly.

Ces informations semblent contredire les déclaration du directeur général de l'ASN à l'AFP de la veille.

Désormais, la fuite qui a suivi les deux départs d'incendie est décrite ainsi:

«En début de soirée, EDF a constaté une fuite d’eau anormalement élevée sur un des joints de la pompe primaire concernée par la fuite d’huile. (...) Au niveau de l’axe d’une pompe primaire, l’étanchéité est assurée par une succession de joints à “fuite contrôlée”. Ces “fuites” d’eau au niveau des joints sont collectées, par conception, au moyen de circuits dédiés.

Le premier de ces joints a présenté une fuite d’eau excessive. L’eau de cette fuite était toutefois collectée normalement au niveau du joint suivant et l’étanchéité de la pompe est restée assurée.

Cette fuite est donc restée interne à la pompe et il n’y a pas eu de rejets d’eau du circuit primaire à l’intérieur du bâtiment du réacteur.»

Cette version des faits ne mentionne pas les débits de fuite. Elle précise que «les débits de fuite interne à la pompe ont décru très rapidement au fur et à mesure de la baisse de la pression du circuit primaire, et ont atteint les valeurs nominales durant la nuit».

Ainsi, tout va bien...

Les questions sans réponse

La fuite n'a pas causé de projection d'eau dans le bâtiment du réacteur. Néanmoins, ce dernier a subi un défaut de refroidissement à cause de la fuite d'eau sur la pompe n°1. Il a donc été arrêté suivant la procédure d'arrêt à froid qui conduit à la baisse de la pression dans le circuit primaire jusqu'à un bar et à une température maintenue à 60°C. La baisse de la pression a stoppé la fuite. Le refroidissement est assuré par le 3 autres pompes du circuit primaire.

Outre celles posées par les incendies de «flaques d'huile», des questions au sujet de la fuite d'eau restent sans réponse:

  • Existe-t-il des liens entre la fuite d'huile, les départs d'incendie et la fuite d'eau?
  • Pourquoi la fuite d'eau sur la seule pompe n°1 a-t-elle engendré la procédure d'arrêt à froid du réacteur n°2 alors que cette dernière avait été présentée initialement comme la conséquence des incendies?
  • Quelle sera la durée de l'arrêt à froid du réacteur de 1.300 MW et le manque à gagner pour EDF?

Michel Alberganti

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