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Tamiflu, laisser-passer à la pandémie?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 18.05.2009 à 12 h 46

L'OMS remet en cause l'efficacité de l'antiviral.

Le ministère japonais de la Santé a confirmé lundi 18 mai de nombreux nouveaux cas de grippe A/H1N1, ce qui porte à au moins 121 le nombre des personnes infectées par le virus au Japon, en majorité des adolescents. Le Japon arriverait en quatrième position des pays les plus touchés par la grippe A/H1N1, après le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.
Dans les villes où se trouvent les malades, le gouvernement a fermé les écoles et annulé les festivités, ainsi que les activités communautaires. Les malades ont été hospitalisés ou se rétablissent chez eux.
Samedi, un premier cas de transmission sur le sol nippon était rapporté, un lycéen habitant dans la ville portuaire de Kobe, qui n'avait pas voyagé hors du Japon récemment.
Selon les chiffres communiqués par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dimanche 17 mai, sans compter les nouveaux cas signalés depuis au Chili, au Pérou et au Japon, 8 480 cas ont été confirmés dans 40 pays, ils ont fait 75 morts.

 

Dans le même temps, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) organise la distribution planétaire de l'antiviral Tamiflu tout en redoutant l'usage qui pourrait en être fait ! Quant au vaccin, le flou domine.

Dans la sphère francophone nous avons, sur Slate.fr, été parmi les premiers à soulever une  question sanitaire d'envergure planétaire quant au Tamiflu. En clair: le  célebrissime antiviral de la multinationale pharmaceutique suisse Roche avait-il ou non perdu toute forme d'efficacité  vis à vis des virus de la grippe de type A(H1N1). Une série d'observations et de travaux nord-américains le laissait craindre. Le même phénomène avait éte observé en Europe. En d'autres termes que penser de la constitution à prix d'or de volumineux stocks nationaux de  ce médicament?  Pour de multiples raisons cette problématique n'était pas encore parvenue à émerger dans les espaces médiatiques généralistes.

Tel n'est plus être le cas: l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient officiellement d'exprimer ses craintes de voir émerger  des phénomènes de  résistance du nouveau virus grippal A(H1N1) aux médicaments antiviraux tenus jusqu'ici pour être efficace contre lui. Conclusion: l'OMS recommande désormais «d'envisager l'utilisation des antiviraux pour les groupes à haut risque ou les groupes de gens à risque accru.»

«Nous sommes confrontés au risque de résistance des virus a expliqué le 12 mai le Dr Nikki Shindo, l'un des experts de l'OMS en matière de pandémie lors d'une conférence de presse téléphonique internationale. Le Dr Shindo a fait valoir que l'année dernière la grippe saisonnière avait  montré «des signes de résistance» à l'oseltamivir principe actif du Tamiflu, l'antiviral de Roche et recommandé jusqu'à présent par l'OMS contre le virus A (H1N1).

Pour dire le vrai  l'expression «signes de résistance» emprunte largement à l'euphémisme. «Force nous est de constater que ce type de virus est brutalement résistant, en deux ans,  à ce médicament et cela alors même qu'il était assez peu utilisé dans le traitement des personnes infectées dans les épidémies de grippe saisonnière déclarait il y a quelques jours à Slate.fr le professeur Alain Goudeau, chef du département de bactériologie-virologie du CHU de Tours. Comme nombre de mes collègues j'ai été stupéfait que ces virus apparaissent comme spontanément résistants à une molécule pour la première fois dirigée contre eux. Ce type de situation était connue pour les bactéries. C'est hautement plus troublant pour des virus. Comment comprendre qu'ils soient spontanément, sauvagement, résistants au Tamiflu?»

Un responsable gouvernemental français ajoutait, toujours sur Slate.fr: «Il faut préciser que les résultats des previers séquençage du nouveau A(H1N1) montre qu'il est génétiquement très différent des autres A(H1N1) saisonniers devenus résistants au Tamiflu. Pour autant les spécialistes de virologie sont a priori surpris et ne sont guère rassurés devant le caractère atypique de son profil génétique. L'autre motif d'inquiétude vient du fait que l'apparition des résistances virales au Tamiflu ne semble pas résulter, comme dans le cas des bactéries et des antibiotiques, d'une trop grande utilisation de cet antiviral. Tout laisse penser que d'autres mécanismes sont impliqués.»

Auprès de l'OMS on explique désormais redouter que cette résistance pourrait se développer après la diffusion du virus dans l'hémisphère Sud où l'hiver, propice à la propagation de la grippe, commence. Tout ceci n'a pas empêché l'organisation onusienne a décidé il y a quelques jours l'envoi de 2,4 millions de doses de Tamiflu à 72 pays dont le Mexique. Ceci n'a pas empêché non plus la multinationale Roche d'offrir à l'OMS 5,65 millions de doses supplémentaires de son antiviral. Et Roche prévoit également  d'augmenter ses capacités de production de l'antiviral, dont il va produire 110 millions de traitements pendant les cinq prochains mois.

Comment comprendre? Interrogée par Slate.fr le Dr Monelle Muntlake, directrice de l'unité virologie de la filiale française de la multinationale Roche explique que sur ce point précis la nature des relations entre l'OMS et Roche n'a pas varié. En substance l'OMS demande toujours à la firme de tout mettre en œuvre pour  constituer de volumineux stocks de cet antiviral et d'aider, autant qu'elle le peut, à sa mise à disposition planétaire. Le Dr Monelle Muntlake dit n'en savoir guère plus que nous tous sur les raisons qui font que le A(H5N1) est/serait subitement devenu résistant au Tamiflu, voire au Relenza, cet autre antiviral également recommandé par l'OMS;  mais fabriqué par la firme britannique SmithKlineGlaxo qui - pour  l'heure et sur ce sujet-  ne s'exprime guère. A suivre.

Quant à la question du vaccin les responsables de l'OMS semblent tout particulièrement embarrassés. Ils devaient annoncer jeudi 14 mai s'ils prenaient ou pas la décision de recommander aux grands firmes industrielles spécialisées de se lancer dans la fabrication d'un vaccin protecteur contre l'infection par le A(H1N1). Ce sera pour plus tard sans que l'on puisse dire quand.

«Il n'est pas possible de dire à quelle date nous prendrons une décision, c'est vraiment un processus méticuleux et difficile, vient expliquer le Dr Keiji Fukuda, numéro deux de l'organisation onusienne au terme d'une une téléconférence organisée avec les fabricants de vaccins et des exeprts en virologie. Ce vaccin pourrait s'avérer  indispensable si le virus devait «reprendre de la vigueur» durant son passage dans l'hiver de l'hémisphère sud mais aussi en cas de résistance au Tamiflu et au Relenza.»

Deux informations, pour finir: après avoir pris «très au sérieux» l'hypothèse émise par un virologue selon laquelle le virus A(H1N1) aurait été produit «artificiellement dans un laboratoire» le Dr Fukuda a annoncé qu'après enquête l'OMS a conclu qu'il ne s'agissait que d'une rumeur. Enfin, par souci de précaution l'OMS va réduire de neuf à quatre jours la durée de son Assemblée mondiale annuelle qui va s'ouvrir le 18 mai à Genève .

Jean-Yves Nau

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Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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