Le PS a un programme!
En signant le «Manifeste» des 27 partis sociaux-démocrates européens, il affiche une unité et tente d'éviter le «tout sauf Sarko».
- Meeting du 13 mai à Paris. REUTERS/Gonzalo Fuentes -
«Changer là-bas pour changer ici». En ouvrant par cette petite phrase le meeting du 13 mai au Cirque d'Hiver, Jean-Christophe Cambadélis se plaçait dans la continuité des campagnes européennes des grands partis d'opposition depuis l'instauration de ce scrutin en 1979: un franc appel au vote-sanction, mélangeant l'avertissement adressé au pouvoir et la préparation des grands scrutins nationaux, sans grands égards pour les enjeux réels du vote.
Fragilisé par ses déchirements internes, le Parti socialiste tente de rassembler le cœur de son électorat. L'hommage appuyé aux luttes sociales en cours, la tribune laissée aux chercheurs en colère, les protestations contre les suppressions d'emploi dans la fonction publique sont autant de signes que Martine Aubry entend adresser à l'électorat traditionnel du PS, régulièrement tenté de le déserter depuis 2002. En reconstituant ce socle, la Première secrétaire compte sans doute préparer les échéances futures — et au passage écarter le spectre du retour de Ségolène Royal, à qui elle n'a pu s'empêcher de décocher quelques piques acerbes.
Mais si à trois semaines de l'élection, le discours du «vote sanction» n'a toujours pas permis à la campagne du PS de «décoller» — contrairement au scrutin précédent de 2004 — il reste à Martine Aubry une dernière carte: celle de l'européanisation du débat.
En effet, le Parti socialiste tente pour la première fois de donner à sa campagne une véritable tonalité européenne. La premier secrétaire est parvenue à vaincre les réticences de son aile gauche, dont l'expression critique a été mise en sourdine par la nomination de Benoît Hamon comme porte-parole, pour imposer pour unique programme le «Manifeste» [PDF] des 27 partis sociaux-démocrates européens, pourtant jugé trop modéré par les anciens «nonistes». Elle impose donc une ligne résolument pro-européenne à une formation politique qui, en 2005, semblait irrémédiablement divisée en deux blocs idéologiquement opposés. En témoigne par exemple l'hommage appuyé rendu au Cirque d'Hiver à l'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale et orientale, longtemps pourfendu à mots couverts par une partie des troupes socialistes.
Face à une UMP sans projet clair, un Modem faisant de l'anti-sarkozysme son principal cheval de bataille et des listes d'ultra-gauche réduites à la protestation, le PS peut se targuer d'être l'unique formation politique à se présenter aux électeurs avec un projet politique de dimension transnationale. Par contraste, l'UMP, dont l'électorat affichait pourtant une unité impressionnante lors du référendum de 2005, se place dans une perspective hexagonale en axant sa campagne sur la fidélité au leadership personnel exercé par Nicolas Sarkozy — donc sur l'influence de la France à Bruxelles — durant la présidence française de l'UE.
Certes, le discours du PS trahit souvent un malaise persistant face au grand marché européen et à la «concurrence libre et non faussée», qu'il a pourtant lui-même mis en place en négociant le Traité de Rome en 1956 puis l'Acte Unique en 1986. Orphelin de l'Europe politique et des espoirs déçus du Traité de Maastricht, qu'il fit ratifier par un vote populaire, sa vision de l'Europe a du mal à s'ajuster aux réalités de l'Europe à 27. Ainsi, «l'Europe sociale» qu'il préconise reste marquée par une certaine méfiance envers les pays les moins riches de l'Union: à mots couverts, leur participation au marché unique reste soupçonnée de nuire aux intérêts des salariés français, alors même que cet élargissement a nettement profité à l'ensemble de l'Union depuis 2004 comme l'avaient toujours soutenu ses défenseurs.
Mais en adoptant leur «manifeste» électoral, les 27 formations sociales-démocrates ont effectué un pas en avant important et une contribution utile à la formation d'un espace public européen. Le projet contient tout d'abord un «plan de relance» alternatif à celui concocté par la Commission européenne, qui s'est bornée à agréger les initiatives nationales. Il formule ensuite une série de propositions dans tous les domaines de compétence de l'Union européenne - certaines timides ou floues, reflet du consensus difficile face à la diversité interne de la social-démocratie européenne; d'autres au contraire audacieuses, comme celles qui concernent le renforcement de la régulation financière, le projet d'une directive-cadre protégeant les services publics, un «accord européen pour les salaires» conçu comme le prélude à un salaire minimum commun, ou un vaste plan d'investissement dans «l'économie verte».
Réunir un consensus sur de telles propositions était tout sauf évident et n'a été possible que grâce aux efforts de longue haleine du président du Parti des socialistes européens, l'ancien Premier ministre danois Poul Nyrup Rasmussen, et de l'Allemand Martin Schulz, emblématique président du groupe parlementaire.
Dans cette tentative d'européaniser le débat, ce sont les autres formations politiques qui apparaissent en retrait: les positions actuelles du Modem l'éloignent de plus en plus de ses alliés libéraux ; les Verts affichent une ligne résolument européiste mais leur poids politique est faible, à l'exception quelques Etats membres; la «gauche de la gauche» oppose un front du refus à l'Europe actuelle sans autre perspective que la défense de l'Etat providence national; enfin, les conservateurs du Parti populaire européen, qui dominent le Parlement et la Commission, préfèrent s'en tenir à leurs perspectives nationales respectives faute d'un bilan à mettre en valeur auprès des électeurs.
Le PS est-il pour autant fondé à se présenter comme «le seul vote utile» aux élections européennes, voire à promettre une «réorientation à gauche» de la construction européenne? En réalité, le contexte lui est tout sauf favorable: malgré la crise financière et ses conséquences, la social-démocratie ne progresse nulle part, le Parlement européen restera quoi qu'il arrive dominé par le PPE, et les gouvernements se sont déjà mis d'accord pour reconduire à son poste le président actuel de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Mais par petites touches, la petite musique des sociaux-démocrates européens pourrait peser sur les orientations des cinq prochaines années. En fonction du nombre de députés qu'ils enverront à Strasbourg, ils pourraient bloquer la reconduction de José Manuel Barroso, surtout en cas de ratification du traité de Lisbonne, qui prévoit son élection par la majorité absolue des membres du Parlement et non une simple confirmation à la majorité relative des présents.
Certes, les gouvernements socialistes espagnol, portugais et britannique soutiennent Barroso mais un groupe parlementaire a aussi sa vie propre : les travaillistes ont par exemple rejeté, contre l'avis de Gordon Brown, le projet autorisant une durée du travail hebdomadaire jusqu'à 65 heures en décembre dernier.
Ils pourraient surtout — Barroso ou pas Barroso — exiger de la future Commission en préalable à son investiture qu'elle infléchisse sa position et applique une partie de ses propositions, par exemple dans les domaines des droits sociaux, de l'environnement ou de la préservation des services publics. La dernière législature a montré que le Parlement européen, loin d'être une chambre d'enregistrement des projets de la Commission européenne et un relais des positions des gouvernements, était parfois capable d'exercer une influence décisive sur des sujets majeurs, comme l'adoption du règlement REACH sur le contrôle des substances chimiques ou la modification de la fameuse directive «Bolkestein».
Restent surtout deux inconnues: Martine Aubry préfèrera-t-elle centrer les dernières de campagne sur le slogan «stop Sarkozy» ou sur le projet des socialistes européens? Et les Français eux-mêmes sont-ils prêts à récompenser une tentative de faire porter le débat sur l'action de l'Union européenne, souvent éloignée de leurs préoccupations immédiates, et sur ses compétences réelles?
Robert Landy
Image de une: Meeting du 13 mai à Paris. REUTERS/Gonzalo Fuentes
Mis à jour le 06/10/2010 à 17h52










































J'ai trouvé votre article très intéressant et tout ce que vous y dites serait bel et bon s'il y avait un parti des sociaux-démocrates en France. Mais où est-il ? Je connais beaucoup de personnes que seraient prêtes à y adhérer, s'il existait.
Hélas, en France nous n'avons qu'un Parti Socialiste qui n'a jamais accepté d'être autre chose, au grand dam de madame Royal, qui elle, n'a pas de parti.
Et ce n'est certainement pas la nomination de Benoît Hamon comme porte-parole qui aura réconforté les sociaux-démocrates.
De sorte que lorsque vous écrivez : "Face à l'UMP sans projet clair, un Modem faisant de l'anti-sarkozysme son principal cheval de bataille et des listes d'ultra-gauche réduites à la protestation, le P.S. peut se targuer d'être l'unique formation politique à se présenter aux électeurs avec un projet politique de dimension transnationale.", j'ai l'impression que vous êtes plus dans l'incantation que dans l'analyse politique objective, et je ne parle même pas des sondages.
A nulle autre (campagne) pareille ?
Soit, il y a du vrai dans ce qualificatif !
Peut-être parce qu'il y a un enjeu majeur
et pas si invraisemblable, contrairement
au crédit qui lui est accordé : au moins viser,
si ce n'est gauchir la majorité parlementaire
européenne.
Autre qualificatif, curieux, en filigrane et en tête
de ce papier. Une allusion à une absence ?
Vraiment pas de quoi, en tout cas, insister
sur des piques soi-disant acerbes
qu'il fallait aller déterrer
très profondément.
L'imagination
au travail.
Pour le reste,
partie en cours...
Il serait "fair play" de laisser préciser
quelque part que le titre du papier
a changé, perdu son "caractère unique"
(mais pas encore son "chapeau royal" ? ;> )
depuis l'aimable acceptation et passage
d'un certain commentaire polémikordial...
Bonne continuation, quoi qu'il en soit !
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Note du modérateur-> Désolé, mais je n'ai pas vu le commentaire de polémikordia et ce n'est pas cela qui m'a fait changé le titre.
Pour dire que le PS ne fait pas partie de la sociale démocratie, il faudrait d’abord définir précisément ce qu’est ce courant. Il me semble que les socialistes français sont des sociaux-démocrates (surtout depuis le départ de Jean Luc Mélenchon) mais que la droite parvient sans difficultés à faire croire l’inverse, grâce à une propagande permanente de dénigrement et une arrogance de tous les instants.
Au sein de cette campagne les socialistes défendent l’intérêt de l’ensemble des salariés européens, qui ne sont pas opposés mais au contraire communs. Ceux prétendant le contraire ont raison de ne pas voter PS, mais sont plus proches de la droite voire du PDG créé par ce même Jean Luc Mélenchon.
Enfin il est vrai que ce sont les socialistes qui parlent le plus d’Europe dans cette campagne car c’est l’enjeu du scrutin, comme vous le démontrez très bien. Malheureusement des thèmes démagogiques vont venir au devant de la scène (entrée de la Turquie, bilan européen de Sarkozy…) en raison de l’irresponsabilité de nos dirigeants.
il n'a rien à voir avec la social-démocratie classique suédoise (Branting, Palme), allemande (Willy Brandt), autrichienne (Kreisky) etc...
On n'a pas besoin de "redéfinir" la social-démocratie, elle est très bien définie comme ça et d'ailleurs ces dernières années elle a fait une "dérive" vers la droite dans toute l'Europe ou plutôt les partis de droite sociaux-libéraux s'en sont rapprochés (Merkel, Sarkozy) dans les faits. Tout ce qui est à gauche du PS (Mélenchon, PC, NPA) sont considérés en Europe comme des extrémistes.
la gauche française a toujours eu la prétention de représenter les masses alors qu'à la différence des autres partis européens (soutenus par des syndicats de masse) elle ne représente qu'un parti de profs, de bureaucrates et surtout d'élus, qui se essayent de cacher des théories marxisantes et obsolétes sous des gros airs d'indignation. La tendance social-démocrate en France est soit au gouvernement (Bockel, Besson, Kouchner) soit en "exil" (Strauss-Kahn). Ou en "disgrace" (Allègre).
La gauche française se relate à elle-même. En réalité elle n'est qu'une exception en Europe et incapable de gouverner. Ce que les Français ont d'ailleurs compris depuis 12 ans. Mais les mentalités des "lendemains qui chantent" de 1981 ont malheureusement survécu.
J'aime ce parti car au moins nous avons droit comme pour les feuilletons à un épisode à chaque sortie
Je trouve par rapport à un UMP austère ringard dont la figure de prou en son porte parole M. Lefebvre qui pourrait jouer un excellent croque mort dans un western ou un Modem dont le président sort son colt à chaque parole, un PS comique qui comme certains animaux sympas renifle sans arrêt la bonne affaire en définitif un leurre.
et puis quel parti peut se vanter d'avoir dans ses rangs une madone au nom de Mme Royale d'ailleurs elle devrait postuler au Vatican car des postes pour le pardon sont certainement à pourvoir.
Merci PS d'apporter à cette politique si triste un vrai feuilleton avec des artistes de tout premier plan grâce à loi Hadopi.
Au fait l'Europe vous vous souvenez Mr Fabius avez parlé du plan B vous avez oublié de nous le présenter mais comme les autres vous avez tendance à prendre le citoyen pour un imbécile sans mémoire et bien non nos souvenirs sont intacts pour ne pas faire de jaloux je n'oublie pas les promesses de l'UMP.
Cher watchman,
Merci d’avoir répondu de manière intéressante à mon commentaire.
Ainsi pour vous aussi le PS de n’est pas un parti social-démocrate mais a au contraire des « théories marxisantes », il est « un parti communiste réformiste ». Cela mérite des précisions sur la social-démocratie.
En fait ce courant n’est pas propre à la Scandinavie ni même à l’Europe. En rupture avec le communisme, il défend l’économie sociale de marché soit un intermédiaire entre la libre concurrence et l’économie planifiée. Il défend le compromis politique et des structures d’organisation pour la négociation et la concertation, ce qui n’existe pas en France faute d’un syndicalisme de masse mais était au cœur du programme de Ségolène Royal (on l’accusait pour cela de vouloir être passive).Les autres fondamentaux des sociaux démocrates sont la laïcité, la défense des droits sociaux, l’Etat-Providence, le keynésianisme et l’engagement en faveur de la construction européenne. Le PS français ne répond-il pas à tous ces points de doctrine ? Il est donc un parti social-démocrate.
Vous affirmez également que la gauche française ne représenterait que les profs et la fonction publique mais non les travailleurs. Indiscutablement le PS a perdu beaucoup de crédit. Mais les sondages CSA sortis des urnes en 2007 vont totalement à l’encontre de vos conclusions : au deuxième tour les ouvriers ont voté à 53% pour Ségolène Royal. En revanche que pèsent Bockel, Besson ou Allègre devant les couches populaires ? Ils ne représentent aucun courant, si ce n’est celui de l’obéissance au chef.
Enfin pour caricaturer je pourrais dire que l’UMP est le parti des plus de 50 ans (60%) et des retraités (58%) alors que tous ceux plus jeunes ont voté majoritairement pour la gauche : ce sont les plus âgés qui ont élu les « réformateurs » de droite…
Quand parlerons nous des vraies différences gauche-droite et des projets pour l’europe ?