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Masters de golf à Augusta: mourir ou renaître à l’Amen Corner

Yannick Cochennec, mis à jour le 04.04.2012 à 13 h 03

Endroit stratégique du parcours, c’est là souvent que se gagne ou se perd le tournoi.

Le Britannique Luke Donald s'entraîne, le 3 avril 2012, sur le trou N°13, une des séquences de l'Amen Corner. REUTERS/Mark Blinch

Le Britannique Luke Donald s'entraîne, le 3 avril 2012, sur le trou N°13, une des séquences de l'Amen Corner. REUTERS/Mark Blinch

Le Masters, organisé du 5 au 8 avril, est le seul des quatre tournois du Grand Chelem de golf à se disputer chaque année sur le même parcours. L’Augusta National est ce théâtre de verdure parsemé d’azalées où tout joueur rêve un jour de prendre le départ comme un chanteur d’opéra fantasmant à l’idée de se produire un soir à la Scala de Milan. 

S’y imposer est le nec plus ultra d’une carrière surtout si l’on est Américain. Revêtir la célèbre veste verte remise au vainqueur et portée par tous les membres de ce club très fermé demeure le chic ultime.

Ce 18 trous est un parcours intimiste aux fairways parfois étroits et aux greens rapides comme du parquet sur lequel, plus qu’ailleurs, un joueur pense d’abord à sauver son par avant d’imaginer de réaliser des birdies. Trois de ces trous se sont taillé une légende et sont au Masters ce que l’Alpe d’Huez est au Tour de France: un juge de paix.

En fait, il s’agit d’une séquence de trois trous, les 11, 12 et 13, qui forment un coude à l’endroit le plus éloigné du club-house. Depuis 1958, ces trois trous, qui comme les 15 autres portent un nom de fleur (le 11 s’appelle le cornouiller blanc, le 12 la clochette d’or et le 13 l’azalée), constituent l’Amen Corner, fameuse dénomination dont tout amateur de golf a entendu parler.

En réalité, l’Amen Corner se présente de la sorte.

L’Amen Corner commence dès le deuxième coup du 11 et se termine avec le tee-shot du 13. Au milieu, le 12, minuscule par trois de 141m avec son green timbre poste, en est la pièce principale. Normalement, il s’agit donc d’une série de six coups: deux coups pour faire le par sur le 11 (un par 4 de 461m), trois coups pour faire celui du 12 et donc un coup au départ du 13. Si vous faites «six» à l’Amen Corner, vous pouvez pousser un ouf de soulagement pour peu que votre premier coup du 13, après son exécution, ne vous prépare pas à d’autres ennuis.

Comme Allison Danzig, le chroniqueur sportif du New York Times qui inventa en 1938 le terme de «Grand Chelem» en tennis pour désigner les quatre tournois majeurs, c’est un autre journaliste qui eut cette trouvaille de l’Amen Corner en 1958.

Herbert Warren Wind couvrait le tournoi pour le compte de l’hebdomadaire sportif américain Sport Illustrated. Il utilisa cette formule alors qu’il venait d’assister au duel pour la victoire entre Arnold Palmer et Ken Venturi. Cette année-là, Palmer construisit son succès à cet endroit —son premier titre majeur— et Warren Wind fit référence à ce moment décisif dans son papier en évoquant le morceau de jazz  «Shoutin’ in that Amen corner».

Comme il le confia à Golf Digest bien des années plus tard, cette idée lui vint alors qu’il cherchait à associer le mot «corner» (pour désigner ce coin reculé du club) avec un adjectif et c’est ainsi que se rappela à lui cet air chanté par Mildred Bailey qui correspondait parfaitement à cet instant où Palmer avait anéanti l’espoir de succès de Venturi. Son papier fut titré «The fateful corner» (le coin de la providence). Et l’expression Amen Corner est restée, reprise au fil des années pour devenir l’une des signatures du Masters. 

Le trou n°11, l’un des plus redoutables d’Augusta, déroule une pente douce qui conduit à un green protégé à gauche par un plan d’eau. Sa difficulté a été renforcée par son allongement un léger rehaussement du green.

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Le 12 est le trou le plus court du parcours, mais il peut être rendu diabolique par des rafales de vent tourbillonnant qui ont vite fait de ruiner vos espoirs en envoyant votre balle dans le Rae’s Creek, le cours d’eau situé devant le green.

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Ce par 3, intouché depuis l’origine du tournoi en 1934, est si délicat à négocier qu’ils n’ont été que trois dans l’histoire à signer un trou en 1 sur ce petit monstre: la prouesse n’a plus été réalisée depuis Curtis Strange en 1988. En 1980, Tom Weiskopf, quatre fois deuxième au Masters, signa de son côté un infâmant 13 sur ce 12 que Jack Nicklaus, six fois vainqueur du Masters, décrit de la sorte:

«C’est un par 3 presque bénin s’il y avait pas le vent. A cause du vent, et je l’ai dit tellement de fois, c’est l’un des trous les plus difficiles qui existent

Le 13 est, lui, un par cinq où l’eagle et le birdie sont possibles, à l’instar de Phil Mickelson en 2010, mais pour cela il faut que ce fameux premier coup vous ait ouvert l’horizon du green.

amencorner13

Or, lorsque l’on quitte le 12, et encore plus si le malheur s’est abattu sur vous, vous n’avez pas toujours les idées claires.

Depuis 1958, ils ont été quelques-uns à perdre leurs dernières illusions à l’Amen Corner ou, au contraire, à y bâtir leur victoire. En 1996, Nick Faldo et Greg Norman, en lutte pour la veste verte dans la même partie, y connurent des destins contraires.

Parti avec six coups d’avance sur son rival à l’attaque du dernier tour, Norman, à la dérive, y dilapida une partie de son capital avec un double bogey sur le 12. Au début de l’Amen Corner, il restait à l’Australien un avantage de deux coups sur le Britannique. A la sortie, il avait deux coups de retard.

Neuf ans plus tôt, le 11, soit au début de l’Amen Corner, avait déjà été fatal à Greg Norman lors du play-off en mort subite qui l’opposait à l’Américain Larry Mize. Mize frappa alors un coup que personne (surtout pas Norman) n’a oublié pour remporter le seul et unique majeur de sa carrière.

Sur ce même green du 11, Nick Faldo y trouva la providence à deux reprises lors de deux play-offs en mort subite qui le vit triompher de Scott Hoch en 1989 et de Raymond Floyd en 1990.

En 1992, Fred Couples, futur vainqueur, fut heureux sur le 12 de ne pas voir sa balle terminer dans l’eau, le bord de green retenant la balle par miracle. S’il n’y avait pas eu ces quelques brins d’herbe pour la bloquer, elle aurait roulé dans la petite rivière et les espoirs de Couples y auraient été vraisemblablement noyés.

L’Amen Corner fait et défait les réputations surtout à cause de sa difficulté et de ce vent, si imprévisible, qui peut ruiner un coup parfaitement exécuté sur le 12, le trou peut-être le moins «fair» du parcours parce que le plus «injuste». C’est le seul endroit où tout peut dépendre, en quelque sorte d’une intervention divine car il n’y a alors plus qu’un seul mot à souffler quand la balle s’envole: amen!

Yannick Cochennec

Photo du parcours © Masters

Yannick Cochennec
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