2002, la famille centriste avant l'éclatement [INTERACTIF]

Des soutiens de Bayrou présents sur cette photo, beaucoup l'ont lâché. L'UDF a disparu et la famille centriste s'est égaillée entre UMP, Nouveau Centre et MoDem. Chronique d'une décennie de dispersion.

<b>François Bayrou.</b><br/>En janvier 2002, François Bayrou est déjà lâché par une partie de l'UDF, qui préfère soutenir le président sortant Jacques Chirac. Pour sa première candidature à l'Elysée, il récoltera finalement 6,84% des suffrages, avant de tripler son score en 2007. <b></em>«La relève»</em>.</b><br/><em>«La relève»</em>, c'était le slogan de la campagne de François Bayrou en 2002. A l'époque, son équipe est composée de personnalités investies depuis longtemps en politique, mais qui sont pour la plupart peu connues du grand public.<br/><br/><em>«La relève, ce n'était pas tant ces gens que vous voyez là,</em> explique Chantal Brault du Modem. <em>La relève, c'était ce qu'ensemble nous allions pouvoir imprimer dans le paysage politique français: faire de la politique autrement.»</em> Alain Lamassoure reste moins enthousiaste. <em>«La relève, c'est un slogan qui s'adresse plus à ceux qui l'écrivent qu'à ceux qui le lisent,</em> juge-t-il. <em>Bayrou avait fait une mauvaise campagne en 2002, sans programme. J'avais beaucoup pesté, il avait refusé de prendre le moindre risque.»</em> <b>133 bis, rue de l'Université.</b><br/>Les soutiens de François Bayrou s'étaient réunis ce 9 janvier 2002 au siège de l'UDF, 133 bis rue de l'Université, dans le 7e arrondissement de Paris. Beaucoup sont partis mais François Bayrou, lui, n'a pas quitté le bâtiment, qui est aujourd'hui le siège du Mouvement Démocrate. <b>Jean-Louis Borloo.</b><br/>En janvier 2002, le député du Nord et maire de Valenciennes est encore à l'UDF. Mais il rejoint finalement en avril le Parti Radical et devient successivement ministre délégué à la Ville et ministre du Travail sous le deuxième mandat de Jacques Chirac. Avec l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, il revient au gouvernement, cette fois-ci aux ministères de l'Economie et de l'Ecologie. Un temps pressenti pour représenter le centre-droit à l'élection présidentielle de 2012, <a href='http://www.liberation.fr/politiques/01012363343-borloo-renonce-a-la-presidentielle' target='_blank'>il renonce finalement</a> à se présenter. <b>Chantal Brault.</b><br/>Dix ans après, elle est toujours fidèle à François Bayrou. Première adjointe au maire de Sceaux, Chantal Brault est aujourd'hui présidente du Mouvement Démocrate des Hauts-de-Seine. <b>Alain Lamassoure.</b><br/>En 2002, Alain Lamassoure, député européen est vice-président de l'UDF. Fidèle à François Bayrou dans un premier temps, il choisit de rester à ses côtés alors que de nombreux élus sont déjà partis pour l'UMP, nouvellement créée. Il rejoint finalement le parti de la majorité présidentielle en 2003. <b>Vincent Capo-Canellas.</b><br/>D'après Bernard Lehideux, l'homme derrière Alain Lamassoure est Vincent Capo-Canellas, maire UDF du Bourget en 2002. Il devient conseiller général de Seine-Saint-Denis en 2003 et a depuis rejoint les rangs du Nouveau Centre, étiquette sous laquelle il est devenu sénateur de Seine-Saint-Denis en 2011.<img src='/widgets/annotations/bayrou2002/capcapo.jpg' /><em>Capture d'écran - <a href='http://www.ina.fr/politique/elections/video/1896008001020/voeux-politiques.fr.html' target='_blank'>Reportage de France 3</a> du 10 janvier 2002 (INA).</em> <b>Mireille Benedetti.</b><br/>En 2002, elle coordonnait le <a href='http://www.liberation.fr/politiques/0101385565-bayrou-en-bus-dans-la-france-d-en-bas' target='_blank'>bus au colza</a> du candidat François Bayrou. Après la présidentielle de 2007, elle choisit de suivre Hervé Morin et les autres élus UDF dans la fondation du Nouveau Centre. Aujourd'hui, elle est adjointe au maire de La Ciotat, déléguée départementale du Nouveau Centre dans les Bouches-du-Rhône et secrétaire générale adjointe du parti.<br/><br/><em>«Je n'ai pas vraiment de regrets,</em> insiste-t-elle aujourd'hui lorsqu'on évoque 2002. <em>Quand on regarde cette photo, on se dit qu'on a vécu de belles choses ensemble et que s'il fallait demain tous se rassembler pour pousser le pays, on saurait dépasser nos divergences.»</em> <b>Pierre-Christophe Baguet.</b><br/>Député des Hauts-de-Seine, Pierre-Christophe Baguet reste à l'UDF jusqu'en octobre 2006, date à laquelle il est exclu du groupe à l'Assemblée nationale. Sa faute? Avoir déclaré son soutien à Nicolas Sarkozy dès le premier tour de la présidentielle 2007. Aujourd'hui toujours député, devenu maire UMP de Boulogne-Billancourt, il fait partie des <a href='http://www.lefigaro.fr/politique/2011/12/19/01002-20111219ARTFIG00507-sarkozyprepare-ses-rendez-vous-de-janvier.php' target='_blank'>fidèles sarkozystes</a>. <b>Rudy Salles.</b><br/>Député des Alpes-Maritimes, Rudy Salles participe encore à la campagne de François Bayrou en 2007, mais choisit de rejoindre le Nouveau Centre après la présidentielle. Il est aujourd'hui vice-président du parti. <b>Anne-Marie Idrac.</b><br/>Elle fait partie des revenants de 2012. Après la campagne de 2002, elle prend la tête de la SNCF. Lorsqu'elle revient à la vie politique en 2008, elle intègre d'abord le gouvernement de François Fillon en tant que secrétaire d'Etat au Commerce extérieur avant de rejoindre le Nouveau Centre, où elle est <a href='http://www.nouveaucentre.fr/node/4708' target='_blank'>membre du Comité exécutif</a>. Elle fait partie de l'équipe de campagne de François Bayrou <a href='http://www.lefigaro.fr/politique/2012/01/08/01002-20120108ARTFIG00144-a-droite-de-plus-en-plus-de-ralliements-a-francois-bayrou.php' target='_blank'>pour la présidentielle de 2012</a>. <b>Philippe Mestre.</b> D'après Bernard Lehideux, l'homme derrière Anne-Marie Idrac est le directeur de campagne de Raymond Barre à la présidentielle de 1988. Ancien député de Vendée, Philippe Mestre a été également ministre des Anciens combattants sous le gouvernement Balladur. A 84 ans, il n'a plus de mandat politique.<img src='/widgets/annotations/bayrou2002/capmestre.jpg' /><em>Capture d'écran - <a href='http://www.ina.fr/politique/elections/video/1896008001020/voeux-politiques.fr.html' target='_blank'>Reportage de France 3</a> du 10 janvier 2002 (INA).</em> <b>Didier Bariani.</b><br/>D'après Bernard Lehideux, la personne cachée derrière François Bayrou sur la photo est Didier Bariani. Ancien député, ancien maire du 20e arrondissement de Paris et ancien secrétaire d'Etat sous le gouvernement de Jacques Chirac (1986-1988), il participe à nouveau à la campagne de François Bayrou en 2007. Il quitte le Modem <a href='http://partiradical.net/revue-de-presse/centristes-nous-avons-vocation-a-assumer-le-leadership-de-la-majorite-borloo-afp-5-mai-2011' target='_blank'>pour le Parti Radical</a> en mai 2011, mais annonce qu'il votera <a href='http://www.20minutes.fr/article/855160/centre-recomposition' target='_blank'><em>«à titre personnel»</em></a> pour Bayrou en 2012.<img src='/widgets/annotations/bayrou2002/capbariani.jpg' /><em>Capture d'écran - <a href='<a href='http://www.ina.fr/politique/elections/video/1896008001020/voeux-politiques.fr.html' target='_blank'>Reportage de France 3</a> du 10 janvier 2002 (INA).</em> <b>Christian Saint-Etienne.</b><br/>Economiste, Christian Saint-Etienne est l'un des conseillers du candidat François Bayrou en 2007. Il s'éloigne du centriste et est élu en 2008 conseiller de Paris et <a href='http://www.mairie5.paris.fr/mairie05/jsp/site/Portal.jsp?page_id=9' target='_blank'>conseiller municipal</a> dans le 5e arrondissement de Paris sous l'étiquette Avenir démocrate, le parti éphémère de Jean-Marie Cavada, aujourd'hui Nouveau centre. Contacté, il indique ne pas vouloir s'engager pour l'élection présidentielle de 2012. <b>Gilles de Robien.</b><br/>Directeur de campagne de François Bayrou et maire d'Amiens en 2002, Gilles de Robien s'est progressivement éloigné du leader de l'UDF. Il entre au gouvernement dès mai 2002 en tant que ministre de l'Equipement avant de devenir ministre de l'Education nationale en 2005. En 2007, il annonce soutenir Nicolas Sarkozy dès le premier tour. Aujourd'hui sans mandat électif, il représente le gouvernement français à l'Organisation internationale du travail, dont il est <a href='http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/la-france-soutient-la-candidature-de-gilles-de-robien-a-la-tete-de-l-oit_1059008.html' target='_blank'>candidat à la présidence</a>. <b>Bernard Lehideux.</b><br/>10 ans après, Bernard Lehideux fait toujours partie des fidèles de François Bayrou, dont il a été directeur de cabinet au Mouvement démocrate. Député européen de 1994 à 2009, il n'est pas réélu lors des dernières élections. Il est aujourd'hui chargé de la Défense dans le <a href='http://www.mouvementdemocrate.fr/shadow/lehideux.html' target='_blank'>«shadow cabinet»</a> de François Bayrou.<br/><br/><em>«Sur cette photographie sont là ceux qui à l'époque font le choix de l'indépendance du centre,</em> explique Bernard Lehideux. <em>C'est une équipe resserrée sur la notion d'indépendance. Je le dis en souriant parce que depuis certains ont pris d'autres chemins.»</em> D'autres chemins, comme celui du Nouveau Centre, créé en 2007, ou du Parti Radical, qui ont accueilli beaucoup d'anciens UDF. <b>Marielle de Sarnez.</b><br/>En dix ans, Marielle de Sarnez est devenue l'une des figures incontournables de la garde rapprochée de François Bayrou. Elle a pris la succession de Gilles de Robien en 2007 et 2012 en dirigeant les campagnes présidentielles de François Bayrou. A l'époque conseillère de Paris, elle est aujourd'hui députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate. <b>Michel Mercier.</b><br/>Sénateur du Rhône à l'époque du cliché, Michel Mercier est resté longtemps fidèle à François Bayrou. <a href='http://www.lexpress.fr/actualite/politique/a-lyon-le-modem-vole-en-eclats_469831.html' target='_blank'>Il démissionne en 2008</a> de ses fonctions de président du Mouvement démocrate du Rhône, à la suite d'un désaccord sur la stratégie aux municipales. Nommé ministre de l'Espace rural en 2009, puis Garde des sceaux en 2010, il a récemment déclaré trouver <a href='http://www.francetv.fr/2012/michel-mercier-ministre-de-la-justice-bienveillant-a-legard-de-francois-bayrou-18363' target='_blank'><em>«normal»</em></a> que François Bayrou soit candidat en 2012, sans pour autant se prononcer sur son soutien. <b>Jean-François Amadieu.</b><br/>Sociologue, Jean-François Amadieu est présent sur la liste UDF en Ile-de-France lors des élections régionales de 2004. Aujourd'hui, il n'est plus engagé publiquement auprès de François Bayrou. Il préside l'Observatoire des discriminations. <b>Colette Ronxin.</b><br/>Proche de Gilles de Robien, Colette Ronxin est en 2002 l'une de ses adjointes à la mairie d'Amiens. Elle n'est plus élue aujourd'hui. <b>Jean Arthuis.</b><br/>Ancien ministre de l'Economie sous Alain Juppé (1995-1997), Jean Arthuis est sénateur de la Mayenne depuis 1997. Il participe en 2007 à la rédaction du programme économique de François Bayrou, le suit au Mouvement Démocrate, mais finit par <a href='http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Jean-Arthuis-Je-quitte-le-Modem-94886/' target='_blank'>quitter le parti en 2008</a>, estimant que la stratégie d'autonomie menée était un échec. Il crée alors son propre parti Alliance centriste, mais revient finalement travailler au côté de François Bayrou <a href='http://www.lefigaro.fr/politique/2012/01/08/01002-20120108ARTFIG00144-a-droite-de-plus-en-plus-de-ralliements-a-francois-bayrou.php' target='_blank'>pour la campagne de 2012</a>. <b>François Sauvadet.</b><br/>Ancien député de Côte d'Or, membre du groupe UDF à l'Assemblée nationale jusqu'en 2007, François Sauvadet crée en 2007 avec Hervé Morin le Nouveau Centre. Aujourd'hui vice-président du parti, il est également ministre de la Fonction publique. <a href='http://www.lefigaro.fr/politique/2012/01/23/01002-20120123ARTFIG00634-deux-ministres-centristes-derriere-sarkozy.php' target='_blank'>Il soutient Nicolas Sarkozy</a> pour la présidentielle de 2012. <b>Philippe Augier.</b><br/>Maire de Deauville depuis 2001, ancien époux de Marielle de Sarnez, Philippe Augier a participé à nouveau à la campagne de François Bayrou en 2007. Il a aujourd'hui rejoint les rangs du Nouveau Centre, mais n'exclut pas de voter à nouveau pour lui en 2012. <b>Jacqueline Gourault.</b><br/>Sénatrice du Loir-et-Cher depuis 2001, Jacqueline Gourault n'a jamais quitté François Bayrou et l'a suivi au Mouvement démocrate, dont elle est l'une des vice-présidentes. Elle est chargée de l'Education dans son <a href='http://www.mouvementdemocrate.fr/shadow/gourault.html' target='_blank'><em>«shadow cabinet»</em></a>. <b>Janelly Fourtou.</b><br/>Reconnue sur la photographie par Géraldine Lehideux, chargée des relations presse au Modem, Janelly Fourtou est en 2002 députée européenne. Elle occupe cette fonction à nouveau pour un second mandat à partir de 2004, toujours sous l'étiquette UDF. Elle quitte finalement le parti en 2008, pour fonder l'éphémère Avenir Démocrate avec Jean-Marie Cavada. Elle n'est plus élue aujourd'hui. <b>Hervé Morin.</b><br/>Soutien de François Bayrou jusqu'en 2007, il se désolidarise de son ancien allié entre les deux tours de l'élection présidentielle en annonçant publiquement son soutien à Nicolas Sarkozy. Il crée alors le Nouveau Centre, destiné à réunir les anciens UDF dans la même position que lui, et devient ministre de la Défense, poste qu'il occupe jusqu'en 2010. Après avoir déclaré vouloir être candidat en 2012, il a renoncé au lendemain de l'annonce officielle de la candidature de Nicolas Sarkozy. <b>Anthony Mangin.</b><br/>En 2002, Anthony Mangin était président des jeunes UDF. Fidèle allié de Jean-Christophe Lagarde, dont il est l'adjoint à la mairie de Drancy, il est aujourd'hui membre du Nouveau Centre.

- PHILIPPE DESMAZES/AFP -

C’est l’une des dernières photos de famille des centristes: François Bayrou au milieu de ses soutiens, le 9 janvier 2002, au siège de l’UDF [1]. Tous réunis pour les vœux à la presse du candidat du parti, qui se lance alors dans sa première campagne présidentielle.

Face au président sortant Jacques Chirac, François Bayrou espérait alors incarner «la relève», son slogan de campagne. «L'expression était plutôt bien choisie», jugeait en janvier Bernard Lehideux, ancien député européen et toujours fidèle à François Bayrou pour sa troisième campagne à l’Elysée —il est aujourd'hui chargé de la Défense dans son shadow cabinet. «Ce dont je me souviens de 2002, c'est que nous étions une équipe de gens assez neufs, si l'on excepte François ou Gilles [de Robien, NDLR]

François Bayrou est encore bien entouré en ce mois de janvier 2002, avec vingt-quatre soutiens au total sur cette photo. A l’époque, Jean-Louis Borloo n’est que maire de Valenciennes, Hervé Morin, Michel Mercier, François Sauvadet ou son directeur de campagne Gilles de Robien parlementaires. Seuls François Bayrou, Anne-Marie Idrac et Jean Arthuis ont déjà fait partie d'un gouvernement.

«La relève de l'UDF est d'abord liée aux défections de certains», tempère Nicolas Sauger, chercheur au Centre d'études européennes de Sciences Po. «On retrouve sur cette photo des personnalités impliquées en politique de longue date —Hervé Morin a travaillé au cabinet de François Léotard—, mais ce sont des personnalités nouvelles car moins connues du grand public. Les plus connus sont déjà en train de partir.»

Divorce consommé avec Madelin

En coulisses, la famille a en effet déjà commencé à éclater. Avec Alain Madelin, le divorce est consommé depuis 1998. Des présidents de région sont élus avec les voix du Front national: François Bayrou les désavoue, Alain Madelin choisit de les soutenir et de quitter l’UDF avec sa sous-formation, Démocratie libérale. En 2002, il prépare sa propre campagne présidentielle, qui le verra récolter 3,91% des voix, contre 6,84% pour son ancien chef de file.

A l'UDF, tout le monde ne soutient pas l'idée d'une candidature centriste à la présidentielle. «L'UDF commençait à se diviser du fait de la campagne de persuasion de Chirac», commente le député européen Alain Lamassoure, aujourd'hui rallié à l'UMP.

Dès avril 2001, l’Union en mouvement —l’ancêtre de l’UMP— est créée pour rassembler les élus RPR, UDF et DL désireux de travailler à la réélection de Jacques Chirac. Plusieurs parlementaires UDF, comme Philippe Douste-Blazy, s’y joignent, préférant accorder leur voix dès le premier tour au président sortant. «Je ne garde pas un très bon souvenir de cette époque, c'était une période un peu difficile à vivre pour l'UDF», explique Alain Lamassoure.

L'hémorragie vers l'UMP

L'hémorragie ne commencera véritablement qu'après la présidentielle, avec la création de l'Union pour un mouvement populaire. Pour les législatives, près de 150 membres de l’UDF sont investis par l’UMP. Dans la XIIe législature, le groupe UDF ne compte plus que 27 députés et 3 apparentés, contre 112 auparavant. Jean-Louis Borloo rejoint le Parti radical et entre au gouvernement aux côtés de Gilles de Robien et des anciens UDF Alain Lambert et Renaud Donnedieu de Vabres.

«Les défections de 2007 sont restées dans les mémoires, mais tout le monde oublie que c'est en 2002 que les départs les plus importants ont eu lieu», explique Bernard Lehideux, qui rappelle que François Bayrou s'était opposé dès février à l'idée d'un parti unique avec cette phrase: «Si on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus rien.»

Le discours n'avait pas suffi. «Au lendemain de l'élection, j'étais de ceux qui sont restés avec Bayrou pour des raisons d'amitié personnelle, se souvient Alain Lamassoure. J'ai plaidé pour que l'UDF rejoigne le RPR en faisant valoir à l'époque que le RPR était très divisé entre juppéistes et sarkozystes. Une UDF unie au sein d'un nouveau parti pouvait très bien y prendre le pouvoir.»

En vain. «Bayrou n'a pas voulu parce qu'il n'est à l'aise que dans les petites structures, juge l'eurodéputé. C'est un grand solitaire, qui a besoin d'un fan club.» 

En 2007, malgré son relatif succès à la présidentielle (troisième avec 18,57% des voix), François Bayrou est abandonné par une majorité de ses anciens élus UDF. Dix-huit d’entre eux, dont Hervé Morin, signent une tribune dans Le Monde pour annoncer la fondation du Nouveau Centre. Ils seront finalement 24 à siéger dans le groupe à l’Assemblée nationale alors que le nouveau parti de François Bayrou, le MoDem, doit se contenter de siéger parmi les non-inscrits, avec seulement trois députés.

2012: un noyau de fidèles...

Cinq ans après, François Bayrou est encore le seul candidat de l'ancien parti centriste: parmi les partants des dernières années, Jean-Louis Borloo ne s’est pas lancé dans la course à la présidentielle et Hervé Morin a longtemps stagné à 1% dans les sondages, avant de se rallier à Nicolas Sarkozy.

Fin janvier, quand nous avons interrogés les soutiens de Bayrou, leur candidat était lui donné solide quatrième (13% à 15% des intentions de vote, contre 10 à 12% dans les sondages publiés début avril) et ils estimaient avoir eu raison de garder le cap, vantant leur «présidentiable», qui avait «maintenu haut et fort l’indépendance du centre toutes ces années» et se retrouvait désormais «capable aujourd’hui d’être dans le jeu des quatre potentiels finalistes».

Des membres de l’UDF présents sur la photographie restent les fidèles parmi les fidèles. En premier lieu Marielle de Sarnez, directrice de campagne en 2007 et en 2012, devenue vice-présidente du MoDem. Mais aussi Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Cher, Bernard Lehideux et Chantal Brault, présidente du MoDem dans les Hauts-de-Seine.

«De nouveaux venus sont arrivés, les départs ne m'ont pas du tout attristé, explique cette dernière quand on évoque la fondation du Nouveau Centre. Je sais exactement pourquoi ces gens-là sont partis: certains ont pensé que l'herbe était plus verte ailleurs, ont eu envie d'exister, ont eu envie de pouvoir.»

D'autres sont revenus, comme Anne-Marie Idrac (porte-parole de François Bayrou en 2002, elle avait mis entre parenthèses sa carrière politique pour prendre la tête de la SNCF, avant de finalement devenir secrétaire d'Etat chargée du Commerce extérieur dans le gouvernement Fillon) ou Philippe Douste-Blazy, parti en 2002, mis sur la touche depuis 2007, qui a pris sa plume pour déclarer son soutien dans Le Monde.

Jean Arthuis, lui, avait claqué la porte du MoDem en 2008 pour fonder son propre parti, Alliance Centriste, mais est présent en 2012 au côté du candidat centriste. «Les ponts n’ont jamais été rompus avec François Bayrou», a-t-il expliqué sur son blog, où il se prenait même à rêver: «Après une décennie d’éclatements successifs, j’ai la conviction que les centristes sont enfin sur le chemin du rassemblement.»

Bientôt une nouvelle photo de famille?

Avec une UMP trop à droite pour certains et un Nouveau Centre qui n'a pas présenté de candidat, la belle époque de l'UDF rend ses anciens membres mélancoliques. «La nostalgie de l’UDF m’habite. C’était une équipe avec beaucoup de qualité. Quand vous regardez les gens qui sont là, sur cette photo, tout le monde était hyper motivé», nous confiait fin janvier Philippe Augier, le maire Nouveau Centre de Deauville, qui se posait à l'époque la question de savoir s'il allait voter pour Sarkozy ou son «ami» Bayrou. Il s'est finalement rallié au président-candidat, dont il juge qu'il a un bilan «meilleur que ce qu'on veut bien en dire» face à un candidat MoDem «en manque de valeur ajoutée».

«Nous sommes très nombreux à être orphelins d'un centre qui a disparu, ajoute Alain Lamassoure, qui l'estime nécessaire pour l'équilibre de la droite et de la vie politique française. La famille est éclatée, les élus sont très malheureux et les électeurs encore plus. Au MoDem, il n'y en a qu'un d'heureux.» Sous-entendu, Bayrou.

Pour mettre fin à cette situation, Jean Arthuis proposait en novembre 2011 une «confédération», «une maison commune ouverte à l'ensemble des centristes». Alors, dix ans plus tard, à quand une nouvelle photo de famille?

Mathieu Dehlinger

[1] Seul inconnu sur cette photographie, l'homme au crâne dégarni du dernier rang, entre Michel Mercier (18) et François Sauvadet (22). Au Mouvement Démocrate, les personnes que nous avons contactées n'ont pas été capables de l'identifier. Si vous savez qui il est, dites-le nous dans les commentaires! Revenir à l'article

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L'AUTEUR
Etudiant à l'école de journalisme de Sciences Po, actuellement en apprentissage au sein de la rédaction nationale de France 3. Ses articles
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Publié le 11/04/2012
Mis à jour le 11/04/2012 à 16h39
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