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Guéantomètre #13: la semaine des Précieuses ridicules

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot, mis à jour le 02.04.2012 à 16 h 55

La classe politique française a passé beaucoup de temps à échanger bons mots et moqueries la semaine dernière.

Nicolas Sarkozy lors de son meeting de Besançon le 30 mars 2011, 	REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy lors de son meeting de Besançon le 30 mars 2011, REUTERS/Philippe Wojazer

Pour la deuxième semaine consécutive, pas de changement dans le top 10 de classement général de notre baromètre de la violence politique et des petites phrases. Les places semblent au contraire se consolider en tête du classement, et notamment celle du leader Nicolas Sarkozy qui est l’homme de la semaine avec 1.344 points contre seulement 520 pour son dauphin François Hollande dans une semaine qui aura vu un nombre record de moqueries et autres bons mots. Le score total du président de la République depuis le début du guéantomètre (le 2 janvier 2012) est désormais proche du double de celui du deuxième, avec 8.207,5 points contre 4.703,5.

    Total insulte violence verbale moquerie
1. Nicolas Sarkozy 8207,5 0 210 450
2. François Hollande 4703,5 50 30 140
3. Claude Guéant 3228 50 60 0
4. Marine Le Pen 2505 250 150 180
5. Jean-Luc Mélenchon 2440,5 200 270 150
6. François Fillon 1277,5 0 30 0
7. Jean-Marie Le Pen 1025 100 0 90
8. Laurent Fabius 935 100 30 60
9. Alain Juppé 873 0 90 30
10. Nadine Morano 841 50 150 20

Il faut dire que le candidat de l’UMP n’a pas ménagé ses efforts, notamment lors du meeting de Nîmes jeudi 29 mars où il a moqué «la gauche caviar, la gauche bobo, la gauche qui aime donner des leçons de morale» (+30 points de moquerie) et parlé des «mensonges» (+20 points) et des «tartufferies» (+30 points de moquerie) de François Hollande. En grande forme, il en a rajouté dans l’ironie le lendemain à Besançon: «Et voilà que M. Hollande a trouvé une idée fantastique pour supprimer le racisme: supprimons le mot “race”» (+30 pour moquerie).

Mais son plus gros score de la semaine (385 points), Nicolas Sarkozy le décroche avec son expression «musulmans d’apparence» (+50 point pour avoir stigmatisé une religion) qui a déclenché nombre de réactions outrées, d’accusations de racisme (+30) de la gauche et même un joli point Godwin (+100) avec bonus «dérapage» (+20) de Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale:

«Le dérapage, volontaire ou involontaire, de Nicolas Sarkozy parlant d'individus d'apparence musulmane renvoie à notre Histoire, à une Histoire tragique, à une époque où on ne parlait pas d'apparence musulmane mais où on aurait parlé d'apparence juive.»

Le total de la semaine du président sortant aurait même pu être plus élevé sans ses -408 points récoltés pour avoir démenti d’avoir traité François Hollande de «nul», même si le journaliste du Monde Philippe Ridet –qui avait rapporté la phrase– maintient sa version. François Hollande justement qui réalise un score moyen avec 520 points et se place à la troisième place du classement de la semaine, notamment en se moquant de l’omniprésidence supposée de Nicolas Sarkozy, «chef de l’Etat, de la majorité, chef de parti et même chef d’entreprise. Mais il faut savoir de quoi on veut s’occuper. On ne peut pas être le chef de tout et responsable de rien» (+30).

Cécile Duflot et le «crapaud» Sarkozy

C’est Cécile Duflot qui occupe la deuxième place du classement de la semaine grâce aux 545 points qui la font bondir de la 29e place à la 12e place du général, au pied du top 10, entre Valérie Rosso-Debord (star de la semaine dernière) et Christian Vanneste et ses propos homophobes de la semaine 7. La secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a fait preuve d’une belle activité, se moquant d’abord de Jean-Luc Mélenchon, «un mec qui a fait douze congrès du PS et qui était déjà élu quand j'étais en CM2» et qui aurait passé un accord «en lousdé» avec le PS (+30).

Puis en estimant que Nicolas Sarkozy racontait «n’importe quoi» sur le nucléaire (+30 de moquerie et +30 de violence verbale) et n’était «plus capable de maîtriser son langage» (+30) après la bourde sur les «musulmans d’apparence». Elle marque également 50 points d’insulte pour avoir traité le chef de l’Etat de «crapaud».


Top 5 de la semaine

1.Nicolas Sarkozy: 1.344 points

2.Cécile Duflot: 545 points

3.François Hollande: 520 points

4.Jean-Luc Mélenchon: 400 points

5.Daniel Cohn-Bendit: 241 points


Le top 5 de la semaine est complété par Jean-Luc Mélenchon qui gagne 400 points, tout heureux d’avoir «ridiculisé» le FN en lui passant devant dans certains sondages, et qui talonne désormais son ennemie jurée Marine Le Pen au général, et Daniel Cohn-Bendit qui réalise avec ses 241 points la plus belle entrée au classement général (32e place).

Précieuses ridicules

Avec un total de 3.461, cette treizième semaine du guéantomètre est la troisième plus animée depuis le début de notre baromètre. Mais si elle a vu son lot de violence verbale et autres point Godwin (deux au total), la semaine a surtout été marquée par la grande forme des politiques en termes de moquerie et d’ironie digne des Précieuses ridicules, avec un record absolu de 27 occurrences, soit près du double de l’ancien record dans cette catégorie.

 
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Au classement général, Nicolas Sarkozy domine cette catégorie et était particulièrement en verve cette semaine avec 8 occurrences (dont 7 contre son rival socialiste), tandis que François Hollande a réalisé un score de «moqueries» moyen depuis le début de la campagne. Un écart conséquent qui peut s’expliquer par la volonté affichée par le candidat socialiste de se présidentialiser depuis le début de sa campagne, en arrêtant notamment d’être perçu comme un amuseur de foules. Nicolas Sarkozy au contraire mène une campagne offensive et ne manque jamais une occasion de tourner en ridicule son principal rival.

Le candidat de l'UMP a aussi été la cible des railleries de ses adversaires avec sa phrase sur la «baisse tendancielle de la hausse du chômage». «Ce n’est pas une baisse tendancielle du foutage de gueule en tout cas» s’est amusé Olivier Besançenot, tandis que Delphine Batho a résumé l’attitude du Président avec un communiqué intitulé «Tout va très bien Madame la marquise».

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot

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