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«NS», la série politique et frénétique

Thomas Pietrois-Chabassier, mis à jour le 24.04.2012 à 6 h 55

A force de storytelling et de gestion de leur image à grands renforts de communicants, un mandat ressemble à un film. Ou une série. Ce serait alors le rôle d'un critique d'en décrypter le ressort...

Meeting à Montpellier, en février 2012.  REUTERS/Eric Feferberg/Pool

Meeting à Montpellier, en février 2012. REUTERS/Eric Feferberg/Pool

A force de storytelling et de gestion de leur image à grands renforts de communiquants, la campagne d'un candidat (c'est le cas pour François Hollande) ou d'un mandat (dans le cas de l'article joint) ressemble à un film. Ou une série. Ce serait alors le rôle d'un critique d'en décrypter le ressort...

Hésitant depuis cinq ans et autant de saisons entre le biopic tourné en direct et le documentaire hystériquement engagé, la série Nicolas Sarkozy n’est pas encore assurée d’être prolongée. Voilà déjà plus d’un an que ses créateurs ont entamés des négociations avec ses producteurs dont on ne connaîtra le verdict qu’en mai prochain.

Mais la lassitude, la déception, l’absence patente de renouvellement ainsi que les bandes annonces assez mornes d’une (potentielle) prochaine saison pourraient bien avoir raison de cette série au profit d’une autre, apparemment plus prometteuse –mais, plus grave, moins romanesque– qui porterait le nom François Hollande (l’acteur principal de celle-ci aurait déjà perdu 120 kilos rien que pour le pilote).

On se souvient pourtant d’une première saison détonante, à la fois plébiscitée par les audiences et portée par une certaine tendance de la critique. Rien ne laissait pourtant présager un tel succès et la série avait commencé dans les pires conditions (l’actrice principale avait démissionné en plein tournage après deux épisodes, préférant les sirènes d’une série new-yorkaise). Mais imprévisible, assez écrite, la saison incluant le temps des élections et celui de la première année de mandat fut pour le moins troublante.

Les épisodes Le Restaurant, Le Monastère et le Yacht, La Séparation, Les Lunettes noires et L’Injure, radicaux, chargés de twists, avaient contribué à faire de la série pilotée depuis la rue du Faubourg-Saint-Honoré l’une des plus suivies du moment.

Tout y était distillé savamment: courses-poursuites insensées (dans Central Park ou à Boulogne), punchlines mémorables («Viens me le dire en face!», «Si tu reviens, j’annule tout», etc.) et véritable effort poétique («Travailler plus pour gagner plus», notez la rime facile et donc pauvre), effort comique de tous les personnages (Aux immigrés : «Remettons-les dans les bateaux» ; Aux sans-abris : cette invitation à « rester chez eux », etc.).

Le principe était simple: un candidat à la présidence de la République s’empare du pouvoir dans un enthousiasme national rarement observé. Mais l’intérêt se situe surtout dans ce qui suit: sa chute (on aime seulement voir les autres tomber). Brutale, frénétique, agressive. Presque trop.

Si elle faisait preuve d’une féroce originalité (faire du roi un personnage névrosé, irréfléchi, plutôt LOL et incontrôlable), la série fléchit assez rapidement, à l’image de son personnage-président, dans l’abus de rebondissements et la facilité (la pauvreté de certains dialogues). La série Nicolas Sarkozy condense trop de faits marquants et improbables en trop peu d’épisodes.

Or, c’est le propre des séries que de pouvoir prendre, saisir le temps, de s’approcher d’une temporalité voisine de celle de la la vie et donc, de s’y étaler, d’y développer et d’y enchevêtrer des intrigues sur le long terme.

Mais non, dans NS, chaque épisode marque un recommencement, comme s’il fallait à tout prix une vie entière par épisode à ce personnage infatigable, impatient, maladivement survolté et par moments franchement flippant (la recherche de bouc-émissaires, de traîtres et d’ennemis au sein du peuple comme dans Les Roms, Les Sans abri devraient rester chez eux, Les Assistés et Halal, les vaches ne méritent pas ça).

C’est une série qui aura révélé de grands seconds rôles, principal ressort comique de l’objet: Rachida D., son goût pour les robes de luxe. Bernard K., son amour de l’indignation et du riz. Bernard L. le rugbyman qui aimait les machines à sous. David D., cumulant deux rôles, ministre et garde du corps (la production faisait alors des économies). Nadine M., préférant les twittos aux casquettes à l’envers. Frédéric L., qui lisait des recueils de poésies de Marc Repère. François F., le chien fidèle qui rapporte la baballe cinq saisons durant façon Rantanplan. Rama Y. et sa haine des joueurs de football. Claude G., le Mr. Freeze du gouvernement, glaçant tout le monde d’effroi dès qu’il ouvre la bouche. Et le plus écœurant d’entre tous, celui qui incarne le politicien fan du PSG à la veste Repetto réversible et abat le sale boulot du Président, Eric B. C’est par ces deux derniers que la série se fait la plus dark possible: trahisons, assassinats politiques, coups montés, etc.

On regrette le peu de crédibilité de certaines situations (les épisodes Le Fils et le scooter volé ou L’autre fils et le centre d’affaires de la deuxième saison par exemple, paraissent invraisemblables, comme celui de La Tente du colonel), l’incarnation du président, trop grimaçante et l’influence avouée, omniprésente et plombante d’un certain modèle américain (les épisodes Les Vacances en bateau à moteur, Le T-shirt, Mon Copain américain et La Guerre au colonel, notamment).

Quant au personnage central, sorte de Joe Dalton assez troublant, à défaut d’être attachant, il finit par devenir chaque saison un peu plus détesté des téléspectateurs. C’est peut-être là la force de la série d’ailleurs: filmer les gigotements incessants d’un corps que ses conseillers remplissent d’idées au fil des années sans qu’il y croie jamais dans son costume trop grand pour lui.

Filmer son seul besoin d’exister, d’occuper l’espace du terrain, du débat et de la parole, d’être aimé, admiré au-delà de ses idées, de ses convictions qui, cinq ans durant, n’auront jamais été plus que des figurantes. La série, même épuisée, même à court d’idées, même embarrassante, en devient alors presque apitoyante.

De là à se taper cinq autres saisons d’un programme dont on a déjà fait le tour? Le dernier épisode en date (Le terroriste assiégé, la méprisance et les musulmans d’apparence) a certes totalement relancé l’intérêt des téléspectateurs, ainsi que le projet de cinq saisons supplémentaires, mais gageons que cela ressemble davantage à une dernière tentative de capter l’audience, d’introduire un dernier coup de théâtre avant de quitter la scène.

Car à la télé, comme au cinéma, les suites (ou les remakes) ont la vie dure. Comme pour Lost ou Les Sopranos, on attend tout de même l’ultime épisode en grelottant d’impatience. Une idée : la série VGE s’était achevée sur un glacial, grotesque mais cultissime «Au revoir», pourquoi ne pas ponctuer NS d’un simple «Gros bisou» suivi d’une Marseillaise?

Thomas Pietrois-Chabassier

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