Monde

Sommet arabe: il n'y a plus que les Syriens pour demander le départ d'Assad

Xavier Baron, mis à jour le 03.04.2012 à 9 h 17

Le sommet de la Ligue arabe a montré ses divisions et l'absence réelle de volonté de voir partir Assad.

Jeune réfugié syrien, en Jordanie, manifeste avec un drapeau de l'opposition, en mars 2012. REUTERS/Muhammad Hamed

Jeune réfugié syrien, en Jordanie, manifeste avec un drapeau de l'opposition, en mars 2012. REUTERS/Muhammad Hamed

Très attendu sur la question de la Syrie, le premier sommet arabe organisé depuis le Printemps arabe s’est cantonné dans les  généralités et les bons sentiments, faisant même une marche arrière spectaculaire par rapport à ses dernières prises de position sur le drame syrien.

A l’issue de cinq heures de discussion à Bagdad, le sommet s’est limité jeudi à appeler dirigeants et opposition à un «dialogue national sérieux», comme si cela était suffisant pour mettre fin à un drame qui a fait quelque 9.000 morts depuis un an, selon l’ONU. Il a également demandé aux dirigeants syriens et aux groupes d’opposition d’adopter une «attitude positive» à l’égard du plan de l’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan. 

Or, au moment même où se tenait le sommet, l’armée syrienne intensifiait ses bombardements contre des quartiers des villes de Homs et d’Idleb, en dépit d’un nouvel appel de Kofi Annan pour un cessez-le-feu immédiat.

Des chefs d'Etat ne sont pas venus

La Syrie ayant été suspendue de la Ligue arabe en novembre dernier et la répression des manifestants n’ayant fait que d’intensifier, les 21 pays arabes étaient attendus pour des décisions plus contraignantes que les divers plans déjà approuvés par la Ligue les mois derniers et restés jusqu’ici sans effet. Au lieu de cela, plus de la moitié des chefs d’Etat ne sont pas venus à Bagdad et se sont fait représenter, et le sommet n’a pas traité en profondeur la crise syrienne.

Le sujet à l’ordre du jour à propos de la crise syrienne est actuellement le plan élaboré par Kofi Annan qui prévoit  la fin des violences par toutes les parties, l’assistance humanitaire aux nécessiteux, et la mise en place d’un processus politique «ouvert, animé par les Syriens»,  pour répondre aux préoccupations de la population.

Contrairement aux projets de résolution au Conseil de sécurité sur lesquels ils ont mis par deux fois leur veto, la Russie et la Chine ont déclaré soutenir le plan Annan. Pourtant, le sommet de Bagdad n’a apporté aucune précision sur l’aide concrète et immédiate que pourrait apporter la Ligue pour mettre en application ce plan qui a été officiellement accepté par les dirigeants syriens mais avec de telles conditions qu’il est probable qu’il connaitra le même échec que les précédents.

Désaccord sur l'armement des rebelles

En effet, Bachar al-Assad a souligné que le plan Annan ne réussira que si cessent «les actes terroristes», c’est-à-dire les actions des opposants contre le régime, si les rebelles déposent les armes et si les pays concernés cessent d’armer et de financer le soulèvement, ce qui vise principalement les pays du Golfe. Ainsi, le gouvernement syrien promet d’appliquer le plan Annan lorsqu’il n’aura pratiquement plus d’objet, puisque le calme sera revenu dans le pays.

Le désaccord entre les Etats arabes s’est notamment manifesté à propos de l’armement de l’opposition préconisé par les Etats du Golfe, et notamment l’Arabie saoudite, alors que d’autres pays, comme l’Irak, y sont fermement opposés parce que, selon le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, cela conduirait «à une guerre régionale et internationale par procuration» en Syrie.

En conséquence, le sommet a écarté l’envoi d’armes ce qui est un pas en arrière par rapport à la décision de la Ligue, en février dernier, de fournir une aide politique et matérielle à l’opposition et de demander une force mixte pays arabes-ONU, au Conseil de sécurité.

Le recul du sommet arabe est encore plus évident à propos de Bachar al-Assad. En janvier dernier, la Ligue arabe avait demandé que le chef de l’Etat remette ses pouvoirs au vice-président syrien, et qu’un gouvernement d’union nationale prépare des élections présidentielles. Changement de ton. Le ministre irakien des Affaires étrangères Hochyar Zebari a déclaré à la veille du sommet de Bagdad qu’il «est clair que le départ de Bachar al-Assad ne sera pas» à l’ordre du jour.

Le départ de Bachar al-Assad pas à l’ordre du jour

Cette timidité de la Ligue arabe à l’égard de la situation en Syrie est d’autant plus surprenante que les résolutions du sommet qualifient la campagne de bombardements contre le quartier résidentiel de Baba Amr à Homs, de «massacre» et ajoutent qu’il s’agit de «crimes contre l’humanité».

Les opposants syriens, déjà échaudés par l’échec de la mission d’observateurs arabes au début de l’année, n’ont pas tardé à dénoncer la passivité des Etats arabes, et certains ont aussitôt condamné le «lâchage» des dirigeants de la Ligue.

Des milliers de Syriens ont manifesté dans les villes syriennes vendredi pour exprimer leur colère au lendemain du sommet de Bagdad. Après l’absence d’initiative à Bagdad, la conférence des «Amis de la Syrie» qui s’est tenu pendant le week-end à Istanbul, sans la Russie et la Chine, aura du mal à atteindre son objectif qui est d’accroître la pression sur le régime syrien, et de le contraindre à appliquer le plan Annan.

Au contraire, pour les dirigeants syriens, le sommet de Bagdad offre un répit bienvenu car non seulement  la communauté internationale est divisée, comme le montre la paralysie du Conseil de sécurité, mais les pays arabes eux-mêmes ne parviennent à s’entendre que sur des considérations générales sans conséquences pour le régime.

Désorientés par le printemps arabe

De toute façon, avant même l’ouverture du sommet, le ministère syrien des Affaires étrangères, avait annoncé que la Syrie refusera toute initiative de la Ligue arabe. C’est sans doute pour manifester sa confiance dans l’avenir que Bachar al-Assad s’est rendu il y a quelques jours dans le quartier Baba Amr de Homs, dévasté par des semaines de bombardements de l’armée syrienne, et a promis aux quelques habitants survivants présents que leur quartier sera reconstruit et sera plus beau qu’avant. Tout est fait aussi pour donner l’impression d’une normalité, et après l’adoption d’une nouvelle constitution, en février, des élections législatives sont promises pour les semaines à venir.  

Après avoir adopté des positions audacieuses comme l’acceptation d’une zone d’interdiction aérienne en Libye, la mise à l’écart de la Syrie, puis l’envoi d’observateurs arabes, la Ligue arabe paraît aujourd’hui s’en remettre à d’autres pays ou à d’autres instances, comme l’ONU, pour gérer les crises de ses Etats membres.

En raison de ses divisions, ou de son incapacité à intervenir dans une crise intérieure comme celle de la Syrie, la Ligue semble désorientée et ne pas réussir à prendre en compte les bouleversements apportés par le Printemps arabe. Fait significatif, le seul dirigeant arabe à demander le départ de Bachar al-Assad, au sommet de Bagdad, a été le président de la Tunisie Moncef Marzouki, issu lui-même du Printemps arabe.

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