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Avec la campagne, revient le salaire des femmes

Gilles Bridier, mis à jour le 05.04.2012 à 7 h 11

Depuis des générations, le principe de l'égalité professionnelle est affirmé. Mais dans les faits, les femmes ne gagnent toujours pas autant que les hommes.

REUTERS/Russell Boyce

REUTERS/Russell Boyce

Le mouvement de rapprochement des salaires entre  les hommes et les femmes, engagé à partir de 1960, semble s’être arrêté en 1990. A tel point que, encore aujourd’hui et bien que le préambule de la Constitution de 1946 rappelle que «la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme», des députés se sentent obligés de déposer des propositions de loi pour consacrer l’égalité salariale hommes/femmes dans la Constitution.

C’est dire si la parité semble encore inaccessible. Alors, les candidats à l’élection présidentielle se saisissent tous du dossier, sans exception. Mais force est de constater, au regard des politiques menées jusqu’à ce jour, leur impuissance à dépasser le stade des promesses.

Méthodiquement, pourtant, le législateur continue de travailler pour parvenir à cette parité: depuis le 1er janvier 2012, un nouveau décret est entré en application, instaurant une pénalité pour les entreprises d’au moins 50 salariés qui ne prévoiraient pas un accord ou un plan d’action relatif à l’égalité professionnelle. Mais globalement, les femmes gagnent toujours 20% de moins que les hommes. Encore ne s’agit-il là que d’une comparaison pour des emplois à plein temps. La réalité est un peu plus complexe pour les deux tiers des femmes qui, en France, sont présentes sur le marché de l’emploi (contre une sur deux en 1975).

Pas d’amélioration en dix ans

Tous temps de travail confondus, c'est-à-dire pour ce qui intéresse les femmes dans leur vie quotidienne, l’écart atteint jusqu’à 27%. Et à poste, statut et expérience identiques, c'est-à-dire sans aucune différence qui le justifie, un écart de 10% semble totalement incompressible.

Aucun doute: les hommes et les femmes ne sont pas égaux devant le travail bien que celles-ci-représentent 41% du nombre des travailleurs. Et bien que les écarts de rémunération alimentent régulièrement la chronique, ils ont peu évolué au cours des dernières années: «ils étaient du même ordre en 2002 et 2006» qu’en 2009, note le ministère du Travail dans plusieurs études de la Dares de mars 2012.

Reprenant une enquête de l’Insee, le ministère décortique ces différences. Il constate même que «depuis 1993, le salaire net moyen des femmes est d’environ 25% inférieur à celui des hommes. Comme les femmes travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel que les hommes, une partie de cet écart provient de leur durée moyenne de travail moins élevée. Pour les salariés travaillant à temps complet, l’écart entre le salaire moyen des hommes et des femmes est d’environ 15% en 2010, soit du même ordre qu’au début des années 1990». Ainsi, le travail à temps partiel est un facteur aggravant des écarts de rémunération. Il concerne 31% des femmes, contre 7% des hommes.

Ce n’est pas le seul élément de différenciation. Les hommes sont aussi plus nombreux à percevoir une rémunération pour heures supplémentaires (53% pour eux, contre 37% pour elles), à toucher des primes de performances (33% contre 28%), à bénéficier de primes liées à des contraintes de poste pour astreintes, pénibilité, risque (30% contre 16%). Ce qui explique que, partant d’un écart de 15% du salaire horaire, on parvienne à 25% en salaire net mensuel.

Plus d’inégalités chez les cadres

L’univers des cadres est le moins égalitaire. Il est celui où les salaires sont les plus élevés, mais aussi celui où les disparités salariales entre les hommes et les femmes sont les plus marquées. «En 2009, dans les entreprises de 10 salariés et plus du secteur concurrentiel, le salaire horaire moyen des femmes cadres est inférieur de 21%  à celui des hommes cadres», note la Dares, contre 14% parmi les ouvriers, 8% parmi les professions intermédiaires et 7% chez les employés.

Plus précisément encore, l’écart est nettement plus fort parmi les cadres administratifs et commerciaux (23%) que parmi les ingénieurs et cadres techniques (13%). Et d’une façon générale, il est plus difficile pour une femme d’accéder au statut de cadre: elles sont 9% à en bénéficier, contre 13% pour les hommes. Ce qui renvoie toujours au «plafond de verre» auquel se heurtent les femmes pour progresser dans leur carrière professionnelle.

Le corps social n’a toujours pas tordu le cou à une perception machiste du travail à cause du rôle de la femme à l’intérieur du foyer qui la rendrait moins disponible à l’extérieur pour ses activités professionnelles, et à cause des interruptions de carrière liées à la maternité. Ainsi, pour poursuivre leur activité, les femmes sont obligées d’accepter davantage de compromis professionnels pour concilier travail et vie personnelle et familiale. C’est la raison pour laquelle le différentiel de salaire, plutôt plus faible parmi les jeunes salariés (de l’ordre de 8% avant 35 ans), s’accentue avec l’âge (24% en moyenne à 55 ans et plus).

La question de la parité salariale, qui ne se pose pas dans certains pays scandinaves et qui a évolué plus vite en Italie qu’en France par exemple, est révélatrice de l’évolution d’une société non égalitaire. On peut s’étonner qu’il faille en passer par la loi pour que les écarts disparaissent entre des hommes et des femmes de formation, de statut et d’expérience comparables. Aussi, il est normal que des candidats à la fonction présidentielle s’en saisissent, parce qu’une partie de la réponse est de la compétence des gouvernements. Mais une autre partie appartient aux entreprises elles-mêmes, dans leur gestion des ressources humaines. Et c’est là que résident les freins, tout comme les solutions.

Gilles Bridier

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