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L'Allemagne, terre d'asile de l'Europe en crise

A Berlin en 2012 / visualpanic via FlickrCC Licence by

A Berlin en 2012 / visualpanic via FlickrCC Licence by

Locomotive de l'UE, l'Allemagne attire de plus en plus de travailleurs des pays durement touchés par la crise économique, les Espagnols et les Grecs en tête. Condamnés au chômage chez eux, ils font le choix d'émigrer et de tenter leur chance sur un marché du travail dynamique, malgré la barrière de la langue.

Avec un taux de croissance de 3% en 2011 et un taux de chômage de 7,2%, le marché de l'emploi allemand affiche une santé insolente au beau milieu d'une Europe mise à genoux par la crise, où près d'un quart des actifs sont sans emploi en Espagne, un cinquième en Grèce et 15% au Portugal. Pour ces travailleurs que la crise a laissé sur le carreau, l'Allemagne est devenue une seconde chance, une terre d'asile en Europe où trouver un emploi est encore possible.

Selon les derniers chiffres publiés par l'Office fédéral des statistiques, sur les 381.000 étrangers qui se sont installés en Allemagne au premier semestre 2011 –soit un cinquième de plus par rapport au premier semestre 2010–, la part de ressortissants européens a bondi de près de 30%. Et en particulier celle des Grecs, qui sont 4.880 à être venus s'installer en Allemagne sur cette période, ce qui représente une envolée de 84% par rapport à l'an passé, et des Espagnols, avec 4.890 arrivées, soit une augmentation de 49%.

«Ça va certainement durer très longtemps»

Dans les petits locaux de To Spitià la maison», en grec), ces chiffres records se traduisent par un téléphone qui sonne sans arrêt et une salle d'attente qui ne désemplit pas. Fondée dans les années 1970 par des «travailleurs invités» à reconstruire l'Allemagne d'après-guerre, cette association de migrants grecs nichée dans un quartier populaire de Berlin propose soutien juridique et social aux primo-arrivants.

«Depuis 2010, à cause de la crise financière, le nombre de Grecs qui émigrent en Allemagne a beaucoup augmenté. Ça s'est vraiment intensifié depuis septembre, parce qu'avant les gens pensaient que la situation allait s'améliorer, qu'il valait donc mieux rester en Grèce, qu'ils pourraient continuer à travailler. Mais la situation est désormais encore plus dramatique, le pays est en panne à cause de toutes les mesures d'économies, de la suppression des prestations sociales. Les Grecs n'ont plus du tout de perspectives. Et vu qu'une reprise économique ne se profile pas, ça va certainement durer très longtemps», estime Pigi Mourmouri, travailleuse sociale chez To Spiti.

La plupart des gens qu'elle voit défiler dans son bureau sont de jeunes diplômés âgés d'entre 25 ans et 40 ans, qui étaient au chômage en Grèce ou dont le maigre salaire ne suffisait plus à payer le loyer. «Ce que je trouve très triste, c'est que les jeunes scientifiques qui devraient reconstruire la Grèce quittent aujourd'hui le pays. Ça signifie que la Grèce a investi des millions dans les études de ces jeunes qui sont maintenant obligés d'aller chercher du travail ailleurs», explique Pigi Mourmouri.

Apprendre l'allemand

C'est le cas de Vasileios Tzimiropoulos, qui a quitté Thessalonique pour Berlin début mars faute d'avoir réussi à trouver un nouvel emploi depuis que son dernier contrat s'est achevé en 2011. Ce jeune ingénieur du bâtiment de 31 ans a choisi l'Allemagne en raison du dynamisme de son secteur de la construction:

«Je m'intéresse beaucoup aux nouvelles technologies et aux évolutions dans ce domaine. Je voudrais trouver du travail et en profiter pour élargir mes connaissances, dans ma profession c'est très important.»

Mais son niveau d'allemand l'empêche pour l'instant de décrocher un job dans son domaine. Un poste de project manager dans une grande entreprise de construction lui est passé sous le nez il y a quelques semaines pour cette raison.

«Ce qui est très important d'abord, c'est d'apprendre l'allemand, même si vous parlez anglais. Cela dépend bien sûr de la branche dans laquelle vous travaillez, mais on a plus de chances de trouver un travail quand on maîtrise la langue du pays», conseille Pigi Mourmouri lors de ses consultations.

Depuis 2005, l'Allemagne a mis en place un cours d'intégration obligatoire pour les migrants qui ne viennent pas de pays membres de l'Union européenne: 660 heures de cours d'allemand et d'orientation. Les frais de participation sont en grande partie couverts par le ministère de l'Immigration, les élèves devant débourser un euro par heure de cours. Les citoyens de l'UE qui émigrent en Allemagne ne sont pas soumis à cette obligation, mais peuvent tout de même faire une demande et participer à ce cours en fonction des places disponibles.

Quelque peu dérouté de voir arriver de plus en plus de citoyens d'Europe du Sud sur le marché de l'emploi, le ministère du Travail allemand vient de réformer les conditions d'attribution du Hartz IV, l'équivalent du RSA en Allemagne, imposant désormais aux citoyens de l'UE un délai de carence de trois mois à compter de la date de leur arrivée en Allemagne. Une décision qui a été très critiquée par la gauche, arguant que le nombre de ressortissants grecs et espagnols qui recevaient des aides sociales n'avait que très peu augmenté entre 2010 et 2011, passant de 31.900 à 32.000 pour les premiers et de 6.500 à 7.000 pour les seconds.

«Ici je peux trouver quelque chose»

Jorge Roda, 24 ans, parlait déjà allemand avant de déménager à Berlin fin février. Après avoir achevé des études de tourisme à Majorque, il a fait un stage de plusieurs mois l'an dernier en Autriche.

«C'est quand je suis rentré chez moi à la fin de l'été que j'ai réalisé à quel point la situation est difficile en Espagne, parce que j'ai passé quatre mois à chercher un job. Se réveiller chaque matin et ne faire absolument rien de la journée, remplir des formulaires et envoyer des mails partout. C'était très difficile, alors que j'ai des contacts, un diplôme, je parle quatre langues, j'ai un profil avec lequel on peut facilement trouver un job.»

Grâce au programme de mobilité européen Leonardo da Vinci, il vient de décrocher un stage rémunéré de six mois dans un hôtel de luxe, où il travaille à plein temps comme réceptionniste. Il n'envisage pas de rentrer en Espagne une fois son stage terminé:

«A l'heure actuelle, il n'y a rien qui montre que les choses vont s'améliorer. Le gouvernement ne fait rien et le taux de chômage n'arrête pas de grimper. Alors qu'ici, j'ai réalisé que je peux trouver quelque chose. C'est bien sûr difficile de trouver du travail, mais ça n'est pas comparable avec l'Espagne. Ma mère est sans emploi, mon père était sans emploi il y a deux ans, bien qu'il ait travaillé toute sa vie, et j'ai de nombreux amis qui sont au chômage en Espagne. En Allemagne, il est possible de trouver un job.»

Annabelle Georgen

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