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L'Azerbaïdjan, le terrain d’atterrissage secret d’Israël

Le pilote israélien d'un F-16I en 2007. REUTERS/Gil Cohen Magen.

Le pilote israélien d'un F-16I en 2007. REUTERS/Gil Cohen Magen.

Les responsables américains pensent que les Israéliens ont obtenu l’accès à des bases aériennes en Azerbaïdjan. Cela les rapproche-t-il d’une guerre contre l’Iran?

En 2008, l’assistant chef de mission de l’ambassade américaine à Bakou, Donald Lu, avait envoyé au quartier général du département d’État à Foggy Bottom un câble titré «La symbiose discrète de l’Azerbaïdjan avec Israël». Ce mémo, publié plus tard par Wikileaks, cite le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev décrivant la relation de son pays avec l’État juif comme un iceberg:  

«Neuf dixièmes en sont sous la surface.»

Pourquoi cela importe-t-il? Parce que l’Azerbaïdjan se situe stratégiquement sur la frontière septentrionale de l’Iran et parce que selon plusieurs sources de haut rang à qui j’ai parlé au sein du gouvernement américain, des responsables de l’administration Obama pensent aujourd’hui que la partie «immergée» de l’alliance israélo-azerbaïdjanaise, la coopération militaire entre les deux pays, augmente les risques d’une attaque israélienne sur l’Iran.

En particulier, quatre diplomates et officiers de renseignement de haut rang disent que les Etats-Unis estiment désormais qu’Israël a récemment obtenu l’accès à des bases militaires à la frontière nord de l’Iran. Pour quoi faire exactement, cela n’est pas clair. «Les Israéliens ont acheté un terrain d’atterrissage», m’avait dit un responsable de l’administration Obama au début du mois de février. «Et ce terrain d’atterrissage, c’est l’Azerbaïdjan.»

 


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Des responsables de haut rang du renseignement américain sont de plus en plus inquiets qu’une expansion militaire d’Israël en Azerbaïdjan complique les efforts américains pour réduire les tensions israélo-iraniennes, selon ces sources. Les stratèges militaires, m’a-t-on dit, doivent maintenant planifier non seulement un scénario de guerre incluant le Golfe persique mais qui inclurait également le Caucase.

La relation naissante entre Israël et l’Azerbaïdjan est aussi devenue prégnante dans les relations des deux États avec la Turquie, un poids lourd régional qui craint les conséquences économiques et politiques d’une guerre avec l’Iran. Les responsables turcs au plus haut niveau ont exposé leurs inquiétudes à leurs homologues américains, tout comme aux Azerbaïdjanais, ont déclaré les sources.

L’ambassade israélienne à Washington, les Forces de Défense Israéliennes et le Mossad, l’agence nationale israélienne de renseignement ont tous été contactés pour réagir à ces informations, mais n’ont pas répondu.

Des bases d'assistance

L’ambassade azerbaïdjanaise aux Etats-unis n’a pas non plus répondu aux requêtes d’informations concernant les accords de sécurité passés avec Israël. Lors d’une récente visite à Téhéran, cependant, le ministre de la défense azerbaïdjanais a publiquement écarté l’idée d’une utilisation de l’Azerbaïdjan pour des frappes sur l’Iran :

 «La république d’Azerbaïdjan, comme toujours par le passé, n’autorisera jamais aucun pays à utiliser son territoire, ou ses aérodromes, contre la République islamique d’Iran, comme nous considérons comme un pays ami, un pays frère.»

Mais même si son gouvernement s’en tient à cette promesse, l’Azerbaïdjan pourrait bien fournir à Israël un soutien essentiel. Un officier de renseignement américain a noté que le ministre de la Défense azerbaïdjanais n’avait pas explicitement affirmé que des bombardiers israéliens ne pourraient pas atterrir en Azerbaïdjan après une frappe. Il n’a pas non plus écarté la possibilité que des unités de recherche et d’assistance israéliennes soient basées dans le pays.

Pourvoir de telles autorisations d’atterrissage et mettre en place des opérations de recherche et d’assistance à proximité de l’Iran rendrait une attaque israélienne sur l’Iran plus aisée. 

«Nous observons attentivement ce que fait l’Iran», a confirmé une des sources américains, un officier du renseignement chargé d’évaluer les ramifications d’une potentielle attaque israélienne.

«Mais nous observons maintenant ce que fait Israël en Azerbaïdjan. Et nous n’en sommes pas satisfaits.» 

Détérioration des relations Bakou-Téhéran

L’approfondissement des relations avec le gouvernement de Bakou avait été cimenté en février par un contrat d’armement de 1,6 milliard de dollars qui prévoit de fournir à l’Azerbaïdjan des drones sophistiqués et des systèmes antimissiles. En même temps, les relations de Bakou avec Téhéran se sont assombries: l’Iran a présenté le mois dernier à l’ambassadeur azerbaïdjanais une note affirmant que Bakou a soutenu des équipes d’assassinat ciblé formées par Israël et visant des savants iraniens, une accusation que le gouvernement azerbaïdjanais a désignée comme «un mensonge».

En février, un membre du parti au pouvoir Yeni Azerbadzhan a demandé au gouvernement de transformer le nom du pays en «Azerbaïdjan du nord», suggérant implicitement que les 16 millions d’Azéris qui vivaient dans le Nord de l’Iran («Azerbaïdjan du Sud») attendaient une libération.

Ce mois-ci, Bakou a annoncé que 22 individus avaient été arrêtés pour espionnage au bénéfice de l’Iran, accusés d’avoir été chargés par les Gardiens de la Révolution Iranienne de «commettre des actes terroristes contre les ambassades des États-Unis, d’Israël et d’autres États occidentaux». Ces allégations ont provoqué de multiples démentis courroucés de la part du gouvernement iranien.

Les raisons pour lesquelles les Israéliens accordent une grande valeur à leurs relations avec l’Azerbaïdjan, et pour lesquelles les Iraniens s’en irritent fortement, sont claires. L’armée azerbaïdjanaise dispose de quatre aérodromes abandonnés datant de l’époque soviétique qui pourraient être disponibles pour les Israéliens, ainsi que quatre bases aériennes pour leur propre aviation, selon le Military Balance 2011 publié par l’International Institute for Strategic Studies.

Un «atout significatif» pour l'aviation israélienne

Les responsables du renseignement et de la diplomatie américaine m’ont dit qu’ils croyaient qu’Israël avait obtenu l’accès à ces bases aériennes grâce à une série d’accords militaires et politiques discrets. «Je doute qu’il y ait quoi que ce soit d’écrit», a ajouté un ancien diplomate qui avait effectué sa carrière dans la région. «Mais je pense qu’il n’y aucun doute, si des avions israéliens souhaitent atterrir en Azerbaïdjan après une attaque, qu’ils seront autorisés à le faire. Israël est très bien implanté en Azerbaïdjan depuis deux décennies.»

La perspective de voir Israël utiliser les terrains d’aviation azerbaïdjanais pour une attaque contre l’Iran devint publique pour la première fois en décembre 2006 lorsque le général israélien en retraite Oded Tira dénonça avec colère le manque d’action de l’administration de George W. Bush contre le programme nucléaire iranien.  

«Pour notre part, écrivait-il dans un commentaire très souvent cité depuis, nous devrions aussi nous accorder avec l’Azerbaïdjan pour utiliser des terrains d’aviation sur son territoire et aussi obtenir le soutien de la minorité azérie en Iran. »

La «coordination» que Tira appelait de ses vœux est maintenant une réalité m’ont affirmé mes sources américaines.

L’accès à de tels terrains d’aviation est important pour Israël, parce que cela signifie que des chasseurs-bombardiers israéliens F-15I et F-16I n’auraient pas besoin de refaire le plein de carburant en vol pendant une frappe contre les infrastructures nucléaires iraniennes, mais continueraient simplement vers le nord et atterriraient en Azerbaïdjan.

L’analyste des questions de défense David Isenberg décrit la possibilité d’utiliser les aérodromes azerbaïdjanais comme un «atout significatif» pour toute frappe israélienne, en calculant que le voyage de 3.550 kilomètres d’Israël jusqu’à l’Iran et retour pousserait les avions de chasse israéliens jusqu’à leurs limites. «Même s’ils rajoutaient des réservoirs de carburant supplémentaires, ils toucheraient leurs réserves», m’a déclaré Isenberg, «c’est pourquoi être autorisé à utiliser les aérodromes azerbaïdjanais serait crucial».  

Moins de carburant, plus d'armes

L’ancien commandant du Centcom (le commandement de l’armée américaine pour la zone du Grand Moyen-Orient, NDT), le général Joe Hoar, a résumé les calculs israéliens: «Ils économisent 1.300 kilomètres de carburant», m’a-t-il déclaré lors d’un récent entretien téléphonique.

«Cela ne garantit pas qu’Israël va attaquer l’Iran mais cela le rend plus faisable.»

Utiliser des bases aériennes en Azerbaïdjan assurerait qu’Israël n’aura pas besoin de compter sur sa modeste flotte d’avions de rechargement en vol et sur sa propre expertise en la matière, qu’un officier du renseignement américain considère «plutôt limitée». Des stratèges ont pu observer des exercices israéliens de rechargement en vol, rajoute-t-il, et ils n’ont pas été favorablement impressionnés. «C’est juste qu’ils ne sont pas très bons pour ça.»

Le colonel de l’Air Force en retraite Sam Gardiner, qui a dirigé pour un centre de recherche affilié au ministère de la Défense suédois une étude sur les scénarios probables d’attaques israéliennes en mars 2010, a déclaré qu’Israël est capable d’utiliser sa flotte d’avions de chasse F-15I et F-16I dans une frappe contre l’Iran sans recharger après avoir initialement pris de l’altitude au dessus d’Israël. «Ce n’est pas le poids qui pose problème», dit-il, «mais le nombre d’armes qui sont montées sur chaque avion».

En clair, plus un chasseur-bombardier doit parcourir de distance, plus il a besoin de carburant, et doit donc réduire le nombre d’armes qu’il peut porter. Limiter la distance permet de gagner en puissance de feu, et augmente les chances d’une frappe d’atteindre son but.

A quoi pourrraient servir ces bases

«Le problème, ce sont les F-15, dit Gardiner, qui partiraient pour protéger les bombardiers F-16 et rester au dessus de la cible». S’il advenait, comme cela est probable, que l’Iran fasse décoller ses avions de combat pour intercepter les avions israéliens, les F-15 seraient utilisés pour leur faire face. «Ces F-15 brûleraient du carburant au dessus de la cible, et devraient atterrir.»

Pourraient-ils atterrir en Azerbaïdjan? «Eh bien, il faudrait faire cela discrètement pour des raisons politiques, ce qui veut dire qu’il faudrait faire cela loin de Bakou et il faudrait que cela ne soit pas trop rudimentaire.» L’Azerbaïdjan possède un tel lieu: l’aérodrome de Sitalcay, qui est situé à 65 kilomètres à peine au nord-ouest de Bakou, à 550 kilomètres de la frontière iranienne.

Avant la chute de l’Union soviétique, les deux tarmacs de Sitalcay et les infrastructures adjacentes étaient utilisés par un escadron de Sukhoi Su-25 soviétiques, et sont donc parfaits pour les avions de chasse et les bombardiers israéliens. «Dans ce cas, avait déclaré Gardiner après qu’on lui avait décrit le site, c’est là que cela se passerait.»

Même si les avions de chasse israéliens n’atterrissaient pas en Azerbaïdjan, l’accès aux aérodromes azerbaïdjanais accorde un certain nombre d’avantages pour les Forces de Défense Israéliennes. Les aérodromes ont non seulement des infrastructures pour des avions de chasse-bombardiers, mais un officier du renseignement américain note qu’Israël pourrait certainement y baser des unités héliportées de recherche et d’assistance dans les jours précédant une frappe, pour pouvoir mener de possibles missions de recherche et d’assistance.

L’officier se référait à l’exercice israélo-roumain de juillet 2010 qui avait permis de tester les capacités aériennes israéliennes dans des régions montagneuses, similaires à celles auxquelles l’aviation israélienne ferait face pendant une mission de bombardement des sites nucléaires iraniens que les Iraniens ont enterré sous des montagnes.

Relations approfondies Israël-Azerbaïdjan

Des officiers américains ont observé attentivement l’exercice, non seulement parce qu’ils s’opposaient au grand nombre d’avions de chasse israéliens qui opéraient depuis les bases aériennes d’un pays membre de l’Otan, mais aussi parce que 100 avions de chasse israéliens avaient survolé la Grèce dans le cadre d’une simulation d’une attaque sur l’Iran.

Selon cet officier, les Israéliens avaient finalement interrompu leurs activités militaires en Roumanie lorsque les États-Unis avaient exprimé leur malaise quant à ce que le bombardement de l’Iran soit l’objet d’un exercice sur le territoire d’un pays membre de l’Otan.

Ce même officier de haut rang dans le renseignement américain émettait l’hypothèse selon laquelle la composante «recherche et assistance» de ces opérations serait transférée en Azerbaïdjan «si cela n’a pas déjà été fait». Il rajouta qu’Israël pourrait utiliser l’Azerbaïdjan comme une base pour ses drones, soit dans le cadre d’une deuxième attaque immédiate contre l’Iran, soit pour mettre en œuvre une mission d’observation pour évaluer les conséquences de l’attaque.

L’Azerbaïdjan bénéficie clairement de ses relations approfondies avec Israël. L’État juif est le deuxième plus grand client de pétrole azerbaïdjanais, transporté par le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan, et ses ventes d’armes permettent à l’Azerbaïdjan de développer ses capacités militaires après que l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OSCE) l’ait frappé d’un embargo sur les armes suite à son conflit avec l’Arménie sur la région du Haut-Karabagh. Enfin, moderniser l’outil militaire azerbaïdjanais signifie clairement à l’Iran qu’une intervention en Azerbaïdjan lui coûterait cher.  

L'inquiétude turque

«L’Azerbaïdjan a ses propres soucis», dit Alexandre Murinson, un universitaire israélo-américain qui a écrit une monographie reconnue sur les relations israélo-azéries pour le Begin Sadat Center for Strategic Studies, de Tel Aviv. «Le gouvernement de Bakou a expulsé des Iraniens qui prêchaient dans ses mosquées, démantelé des groupes terroristes pro-iraniens et contré les efforts de propagande iraniens sur sa population.»

La relation de plus en plus forte entre Israël et l’Azerbaïdjan a également précipité la dispute entre Israël et la Turquie, qui avait commencé lorsque des commandos israéliens avaient abordé un bateau turc en direction de Gaza en mai 2010, tuant neuf citoyens turcs.

Lorsque la Turquie avait réclamé des excuses, Israël avait non seulement refusé, mais avait également annulé un contrat de 150 millions de dollars avec la Turquie portant sur le développement et la fabrication de drones avec l’armée turque, puis avait entamé des négociations avec l’Azerbaïdjan pour fabriquer ensemble 60 drones israéliens de divers types.

Selon un diplomate américain en retraite, la signature d’un contrat d’armement de 1,6 million de dollars entre Israël et l’Azerbaïdjan aurait laissé le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan «bafouillant de rage».

La pièce centrale du contrat d’armement récent est l’acquisition par l’Azerbaïdjan de drones israéliens, ce qui a encore accru les inquiétudes turques. En novembre 2011, le gouvernement turc récupéra les restes du naufrage d’un drone israélien «Heron» en mer Méditerranée, au sud de la ville d’Adana, à l’intérieur de ses frontières maritimes.

Une cour de 17 ans

Le gouvernement d’Erdogan pensait que ce drone avait volé depuis les régions kurdes du nord de l’Irak et avait demandé des explications à Israël, mais n’en avait pas eue. «Ils ont menti. Ils nous ont dit que le drone n’était pas à eux», m’a déclaré un ancien responsable turc le mois dernier. «Mais il portait leurs signes de reconnaissance.»

Israël a commencé à cultiver des relations étroites avec Bakou en 1994, lorsque l’entreprise israélienne de télécommunications Bezeq avait acheté une part importante de la société nationale de téléphonie. En 1995, le marché azerbaïdjanais était plein de biens israéliens: «Les glaces Strauss, les téléphones portables produits par Motorola en Israël, la bière Maccabee et les autres exportations israéliennes sont partout», écrivait un journaliste israélien dans le Jerusalem Post.

En mars 1996, le ministre de la Ssanté d’alors, Ephraïm Sneh, devint le premier responsable israélien de haut niveau à se rendre à Bakou, mais certainement pas le dernier. Benjamin Netanyahou fit le voyage en 1997, et une délégation de la Knesset en 1998, le vice Premier ministre Avigdor Lieberman et la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni en 2007, le Président israélien Shimon Peres en 2009 et Lieberman à nouveau, en tant que ministre des Affaires étrangères, en février dernier. Peres avait été accompagné lors de sa visite à Bakou par Avi Leumi, le PDG d’Israel Aeronautics Defense Systems, un ancien responsable du Mossad qui avait préparé la voie pour l’accord sur les drones.

Les responsables du renseignement américain ont commencé à prendre au sérieux en 2001 la cour que faisait Israël à l’Azerbaïdjan, selon un des officiers du renseignement. En 2001, le fabricant d’armes Elbit Systems s’était allié à l’entreprise géorgienne Tbilissi Aerospace Manufacturing pour développer l’avion soviétique SU-25 Scorpion, un avion d’appui aérien rapproché, et un de ses premiers clients avait été l’Azerbaïdjan.

La kleptocratie azérie

Plus récemment, la société israélienne Elta Systems avait collaboré avec l’Azerbaïdjan pour construire le système de reconnaissance satellite TecSar et, en 2009, les deux pays avaient ouvert des négociations sur la production par l’Azerbaïdjan du véhicule d’infanterie Namer.

Des entreprises israéliennes «ont construit et gardent les grilles autour de l’aéroport international de Bakou, surveillent et aident à protéger les infrastructures pétrolières azerbaïdjanaises, et s’occupent de la sécurité lors des visites du président azerbaïdjanais à l’étranger», selon une étude publiée par Ilya Bourtman dans le Middle East Journal.

Bourtmann notait que que l’Azerbaïdjan partageait des données confidentielles sur l’Iran avec Israël, tandis que Murinson évoquait la possibilité que les Israéliens aient mis en place des stations d’écoute électronique le long de la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Iran.

Les responsables israéliens minimisent leur coopération militaire avec Bakou, pointant le fait que l’Azerbaïdjan est l’une des rares nations musulmanes où les Israéliens se sentent bienvenus. «Je pense que dans la région du Caucase, l’Azerbaïdjan est une icône de progrès et de modernité», avait ainsi déclaré Ephraïm Sneh en juillet 2010 à un magazine azerbaïdjanais.

Beaucoup ne partageraient pas cette description. Selon un ancien diplomate américain, l’affirmation de Sneh est «risible». «L’Azerbaïdjan est une kleptocratie dirigée par une famille-voyou et un des régimes les plus corrompus au monde.» L’ambassade américaine à Bakou a également été très critique: un câble du département d’État de 2009 décrivait Aliyev, le fils de l’ancien général du KGB Heydar Aliyev qui fut longtemps à la tête du pays, comme une figure «digne de la mafia», comparable aux personnages de Sonny et Michael Corleone dans Le Parrain.

Une plateforme et un marché

Sur les questions intérieures en particulier, le câble soutenait que les politiques d’Aliyev étaient devenues «de plus en plus autoritaires et hostiles à la diversité des opinions politiques».

Mais l’armée américaine s’inquiète moins des intérêts économiques israéliens à Bakou, qui sont bien connus, que de la façon dont Israël emploierait son influence en Azerbaïdjan, si ses dirigeants venaient à décider de frapper les infrastructures nucléaires iraniennes. Le câble continue pour confirmer qu’Israël se concentre sur l’Azerbaïdjan en tant qu’allié militaire:  

«Le principal objectif d’Israël est de garder l’Azerbaïdjan comme allié face à l’Iran, une plateforme de reconnaissance vers ce pays et un marché pour ses équipements militaires.»

C’est précisément ce que l’on ne connaît pas de cette relation qui empêche les stratèges américains de dormir. Un ancien analyste de la CIA doute qu’Israël lance une attaque depuis l’Azerbaïdjan, jugeant cette hypothèse «politiquement un peu trop incertaine». Cependant, il n’écarte pas la possibilité qu’Israël utilise les aérodromes azerbaïdjanais pour mettre en place ce qu’il appelle des «opération de récupération immédiate». Il rajoute:

«Bien sûr, s’ils font ça, cela élargit le conflit, cela le rend plus compliqué. C’est extrêmement dangereux.»

Un des officiers de haut rang familier des plans de guerre américains n’est pas aussi circonspect. «Nous étudions toutes les options, toutes les variables, et tous les facteurs envisageables dans une possible frappe israélienne», m’a-t-il déclaré. Est-ce que cela inclut l’utilisation de l’Azerbaïdjan comme plateforme depuis laquelle lancer une frappe ou accueillir l’aviation israélienne ensuite? Il n’a qu’un moment d’hésitation. «Je crois que j’ai déjà répondu à cette question...»

Mark Perry

Traduit par Felix de Montety

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