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Climat ou croissance, pourquoi choisir?

Gérard Horny, mis à jour le 30.03.2012 à 5 h 48

Avec la crise financière et économique, les préoccupations écologiques se sont envolées. Priorité est donnée à l’emploi et à la croissance, comme si la lutte contre le réchauffement climatique devait nécessairement se faire contre l’activité économique.

Pékin, octobre 2011. REUTERS/Jason Lee

Pékin, octobre 2011. REUTERS/Jason Lee

Comme il paraît loin le temps où les médias se passionnaient pour le sommet de Copenhague, en décembre 2009, où il s’agissait de définir la suite qui serait donnée au protocole de Kyoto.  Après le Grenelle de l’environnement, la loi Grenelle 1 venait d’être promulguée, la loi Grenelle 2 était en préparation et l’actuel Président s’intéressait encore à l’écologie.

Avec le chômage qui remonte et une croissance incertaine, la question du réchauffement climatique est passée à la trappe. Le parti écologiste est inexistant. Indépendamment du point de savoir si sa candidate a été bien choisie, il est manifeste que notre système politique ne permet pas le débat d’idées: tout se joue sur la personnalité des prétendants. Quant au PS, qui joue le consensus, il laisse soigneusement de côté tout ce qui peut fâcher. Pour satisfaire les Verts, il leur a concédé la fermeture de Fessenheim, mais cela ne fait pas une politique de l’énergie et de l’environnement.

Nucléaire ou gaz à effet de serre?

D’ailleurs, vouloir réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité n’est pas forcément un bon signal donné à tous ceux qui s’inquiètent avec raison du réchauffement climatique (seul Claude Allègre, qui a oublié qu’il avait été lui-même scientifique autrefois, continue de nier une réalité que la majorité des scientifiques reconnaissent, même si des divergences  tout à fait normales et compréhensibles existent sur l’ampleur et les conséquences possibles de ce phénomène).

Car que se passe-t-il si l’on veut se passer du nucléaire dans un pays comme la France? Ou on fait comme l’Allemagne qui compte importer de l’électricité (y compris de l’électricité d’origine française et nucléaire…) et construire de nouvelles centrales au charbon et au gaz  (très bien pour l’effet de serre!), ou alors on met en péril sa croissance, parce qu’on n’a pas d’énergie de substitution abondante et compétitive dans l’immédiat. L’écologiste et pro-nucléaire Jean-Marc Jancovici a au moins le mérite de poser clairement le débat:

«Si on est pour la sortie rapide du nucléaire, on est donc pour la baisse rapide de sa fiche de paye… ça peut se discuter (de vouloir la décroissance), mais il faut bien comprendre ce que l’on achète quand on veut moins de nucléaire rapidement

Agir sans attendre

Faut-il en conclure qu’on n’a le choix qu’entre trois solutions: l’effet de serre avec les énergies fossiles, le nucléaire ou la décroissance? Ainsi présenté, le choix n’est guère facile… Mais ce pourrait être le moment de chercher à composer au mieux entre de multiples contraintes, sachant que, de toute façon, au niveau mondial, on en a encore pour un bon moment avec les énergies fossiles et le nucléaire.

En fait, il n’y a pas vraiment le choix: compte tenu de la durée de vie des gaz déjà présents dans l’atmosphère et du temps nécessaire pour transformer les infrastructures de transport, de logement et de production d’énergie, si l’on veut éviter un réchauffement climatique trop brutal dû aux activités humaines, il faut s’atteler à la tâche sans plus attendre. Et ce ne se sera pas forcément mauvais pour la croissance.

De ce point de vue, saluons le travail de deux économistes, Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis, dont l’ouvrage Et si le changement climatique nous aidait à sortir de la crise? combat avec intelligence bon nombre d’idées reçues sur le sujet.

Le marché ne peut pas tout…

Première idée fausse: laissez faire le marché, il résoudra le problème de lui-même. Le raisonnement tenu par certains économistes est le suivant: il n’y a pas besoin d’interventions des pouvoirs publics, la hausse des cours du pétrole incitera producteurs et consommateurs à se tourner vers d’autres sources d’énergie. L’expérience prouve que cela ne va de soi.

La hausse des cours du brut conduit certes à des changements de sources d’énergie, mais au profit du charbon, très abondant sur toute la surface du globe et encore plus nocif pour le climat, ou du gaz. Par ailleurs, un cours plus élevé du cours du brut rend plus rentable l’exploitation de nouveaux gisements d’énergie fossile.

…La science non plus

Autre tentation à laquelle il faut résister: croire que le progrès technique va résoudre tous les problèmes. Ainsi que le soulignent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis, cette croyance présente un grand avantage:

«Celui d’éluder toute remise en question du modèle actuel de développement économique.»

Miser exclusivement sur la science et le progrès technique permet d’éviter de modifier notre propre fonctionnement (comme par exemple l’extension indéfinie des lotissements individuels en ce qui concerne l’habitat ou l’usage de la voiture) et de ne pas chercher d’autres modes de développement permettant aux pays pauvres d’élever leur niveau de vie sans pour autant copier notre modèle de consommation d’énergie.

Les Etats-Unis vivent actuellement une véritable révolution technologique. Celle-ci leur permet d’accroître fortement leur production de gaz  naturel et de bénéficier d’un prix en forte baisse (ce qui leur permet de supporter la hausse du prix du pétrole). Et ce qu’ils ont déjà fait pour le gaz, il sont en train de le faire pour le pétrole aussi, à tel point que l’on voit poindre des études dans lesquelles des économistes s’interrogent sur une éventuelle autosuffisance des Etats-Unis en ce domaine d’ici à 2020. C’est un élément positif pour l’économie américaine et même pour l’économie mondiale, cela ne fait pas d’avancer d’un pouce la question de la lutte contre l’effet de serre.

Politique créatrice d’emplois

Très clairement, il est urgent d’agir. Evidemment, cela a un coût: par exemple les économies d’énergie que l’on peut réaliser en construisant des logements «verts» impliquent des dépenses de construction plus élevées de 10% ou 15%. Si les ménages ne peuvent y faire face, imposer des normes écologiquement plus sévères ne conduira qu’à faire baisser l’activité dans le secteur de la construction.

Si l’on veut que cette politique réussisse et soit créatrice d’emplois (il faudra de nouvelles compétences dans le bâtiment), il faut qu’elle soit accompagnée par l’Etat. Et cela se retrouve dans tous les secteurs (quand on parle d’émissions de gaz à effet de serre, on pense tout de suite à l’industrie, au logement et au transport, on oublie souvent l’agriculture et les conséquences de la déforestation, notamment dans les zones tropicales) et dans tous les pays (quelles que soient leurs responsabilités historiques dans l’émission de gaz à effet de serre, les pays développés ne sont pas seuls à devoir réfléchir à de nouvelles stratégies de développement).

Bref, si nos dirigeants ont le sens des responsabilités, ils doivent très vite définir des politiques claires en ce domaine, les expliquer et les appliquer.

Ambitieux et stimulant

Le rapport Stern de 2007 est très explicite: plus nous agirons tardivement, plus cela nous coûtera cher. Sinon, on peut compter sur les crises économiques pour résoudre le problème: on estime que la crise de 1929 avait fait reculer d’un quart les émissions mondiales de CO2 et que celle de 2008-2009 les a fait baisser de 10% environ en Europe et aux Etats-Unis. Mais il nous semble possible de trouver des solutions plus intelligentes… Et ce serait tellement bien d’avoir enfin des projets un peu ambitieux et stimulants. A défaut de partir à la conquête de Mars avec Jacques Cheminade, on pourrait peut-être songer à rester sur une Terre un peu plus vivable pour tout le monde.

Gérard Horny

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Journaliste
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