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Sacré Cheminade

Eric Le Boucher, mis à jour le 29.03.2012 à 5 h 00

Que propose le candidat de Solidarité & Progrès? En dehors de sa curieuse attirance pour tout ce qui est extraterrestre, pas grand-chose. Mais le tout est présenté très doctement.

Jacques Cheminade, le 25 mars 2012. JOEL SAGET / AFP

Jacques Cheminade, le 25 mars 2012. JOEL SAGET / AFP

Jacques Cheminade, le candidat du «sursaut», celui qui se veut distinct de tous les autres, s’est fait connaître pour vouloir investir dans des projets intergalactiques. En dehors de cette attirance extraterrestre, qui reste  imprécise dans son programme, Jacques Cheminade est assez banal. Il s’en prend à l’«oligarchie», propose de «sortir de l’économie casino», d’en finir avec «l’empire de la City», de nationaliser les banques, de créer un gigantesque ministère du Plan et de donner la priorité à la «créativité humaine».

Quel est son but?

«Je veux redonner à la politique le temps long des projets mobilisateurs car sans lui, l’on ne peut rompre avec la règle du jeu de la cupidité destructrice qui règne depuis plus de quarante ans. C’est un pari sur l’avenir pour retrouver l’estime de soi et nous réapproprier notre pays. Pour ne pas promettre de tenir ce qui ne peut être tenu, je commencerai par les initiatives à prendre pour faire sauter les verrous financiers qui, aux niveaux international, européen et national, empêchent le progrès économique, la solidarité et la sécurité sociales et la paix par le développement mutuel.»

Quels sont les moyens? Concrètement, Jacques Cheminade veut abandonner l’euro, porter le smic à 1.700 euros, offrir «un toit à chacun», revaloriser «immédiatement» toutes les retraites et porter le débat sur le vrai sujet:

«Il faudra améliorer nettement les conditions de travail, ce qui suppose un changement radical des priorités économiques et sociales de toute la société.» 

Ces mesures sont finalement proches comme un copier-collé de celles de Jean-Luc Mélenchon. Et comme les siennes, elles ne font l’objet d’aucun chiffrage des coût.

La première différence entre les deux est que le candidat du Front de Gauche borne son ambition au niveau national, le candidat Cheminade voit plus loin.

«Au niveau européen et mondial, le Pont terrestre eurasiatique et les grands projets Nord-Sud et Est-Ouest, et au niveau national, le Plan de développement: ces deux ambitions à long terme seront naturellement complémentaires en se fondant toutes deux sur l’essor des pouvoirs créateurs de l’être humain et la transformation volontaire de la nature et de la biosphère, en rejetant le profit à court terme, le pillage financier et l’économie casino.»

La seconde différence est que Jacques Cheminade plonge ses courtes propositions dans un immense discours destiné à faire savant. Il le fait d’abord par la technicité. S’il veut abandonner l’euro, il propose un franc «polytechnique». Et il précise «par référence à la conception de l’économie physique des fondateurs de l’École (Gaspard Monge, Lazare Carnot et Prieur de la Côte d’Or)». Personne ne voit ce qu’il veut dire, mais voilà qui en jette!

Dans les passages très fournis contre les banques, il veut en revenir au Glass Steagall Act avant d’avouer qu’il faut plus simplement nationaliser le crédit. Comment? Très simple, il faut abroger trois textes.

«Le premier est la loi n° 93-980 du 4 août 1993, qui abroge la loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 en aggravant ses effets. Déjà, par son article 25, la loi Pompidou-Messmer-Giscard d’Estaing du 3 janvier 1973 contraignait le Trésor public à ne plus être “présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France”»…

On épargne au lecteur les texte 2 et 3 qu’il faut aussi abroger…

Ensuite, Jacques Cheminade utilise le fumeux. Ainsi de l’avenir.

«La notion de densité est ici essentielle: une technologie et une forme d’énergie plus dense, plus productive par unité de surface et par tête, correspondent à une densité de travail mental plus élevé mis au service des générations futures. Au contraire, des formes moins denses ne seront pas capables d’assurer des conditions de vie dignes à plus d’êtres humains ou même au nombre d’êtres humains vivant actuellement sur Terre, en raison de l’usure des ressources correspondant à tout mode technologique donné et à toute paresse mentale. C’est pourquoi l’oligarchie financière promeut une idéologie “verte”, associée à un pessimisme culturel et considérant l’homme comme un animal domestiqué qui doit s’adapter à son environnement et non en devenir le créateur responsable. La conséquence qu’elle en tire est la promotion de la dépopulation, car pour tout mode technologique et mental donné, les ressources deviennent fatalement insuffisantes.»

CQFD non?

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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