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Campagne officielle: le printemps des outsiders et des petits candidats?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 28.03.2012 à 17 h 04

Marqué notamment par l'égalité du temps de parole, le dernier mois de campagne profite-t-il à ceux qui ne seront pas au second tour? Pas forcément, montrent les scrutins précédents.

Moyenne des sondages BVA/CSA/Ifop/Ipsos/LH2/TNS Sofres du 24 au 29 mars 2007 et résultats du premier tour le 22 avril 2007. Source: Le Monde. Calculs: Slate.fr. Infographie: Fred Hasselot.

Moyenne des sondages BVA/CSA/Ifop/Ipsos/LH2/TNS Sofres du 24 au 29 mars 2007 et résultats du premier tour le 22 avril 2007. Source: Le Monde. Calculs: Slate.fr. Infographie: Fred Hasselot.

Election présidentielle, jour J-26. Depuis le 19 mars et la publication de la liste des candidats, la France est entrée en campagne officielle, même si celle-ci a été occultée dans un premier temps par les événements de Toulouse: jusqu’au 8 avril, les médias audiovisuels doivent respecter l’égalité du temps de parole entre candidats, puis, jusqu’au premier tour, l’égalité du temps d’antenne, en les programmant dans les mêmes conditions.

Une période qui est souvent vue comme une chance par les «petits candidats», auparavant réduits à la portion congrue par le match à quatre ou cinq en tête. Voire par les «poids moyens», tel François Bayrou et sa dénonciation de la «sarkhollandisation» des débats. «On espère que les choses bougent avec la campagne officielle», expliquait ainsi Philippe Poutou début mars, espoir partagé par sa rivale à l’extrême gauche Nathalie Arthaud:

«A chaque intervention télé, des gens nous envoient des courriers et me découvrent, ça ne peut qu'aller dans ce sens-là.»

«C'est une autre campagne qui commence. Cela va permettre d'atténuer un peu la bipolarité qui règne depuis maintenant un an dans les médias», affirmait le 20 mars à L’Express Sergio Coronado, le directeur de campagne d’Eva Joly. Nicolas Dupont-Aignan s’est lui plaint de la raréfaction des émissions politiques avec le début de la campagne officielle, de même que Jean-Luc Mélenchon.

Cette hypothèse d’une dernière ligne droite qui profiterait aux outsiders et aux petits candidats se confirme-t-elle historiquement? Pour le vérifier, nous avons comparé les sondages à un mois environ de l’élection —la dernière semaine de mars— au résultat final des candidats depuis 1981, afin de tenter, en tenant compte des marges d’erreur des sondages (plus ou moins 2,5 points pour un score supérieur à 20%, moitié moins pour 5%, moitié moins encore pour 1%), de déceler les dynamiques à l’œuvre.

1. La dernière ligne droite ne profite pas toujours au bloc des petits candidats

En 1981, 1995 et 2007, les plus importantes fluctuations avaient surtout eu lieu entre les quatre grands candidats, ceux situés à plus de 10%, et la fin de campagne n’avait pas vraiment profité au bloc des petits. En 1988, les trois plus grands candidats avaient tous baissé et les petits connu des hausses, généralement modestes.

Reste 2002, où une tempête avait soufflé sur le dernier mois de campagne: le «troisième homme» (Jean-Marie Le Pen) et le deuxième (Lionel Jospin) avaient échangé leur place et le «quatrième homme», en l’occurrence une femme (Arlette Laguiller), n’avait décroché que la cinquième. Mais même là, chez les petits candidats, on comptait des gagnants et des perdants…

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2. Les deux favoris du second tour ne baissent pas forcément

Plusieurs ont connu des baisses importantes: François Mitterrand —sans grande conséquence pour lui— en 1988 (-3 points), Jacques Chirac en 1995 (-6), Lionel Jospin en 2002 (-4)…

Mais là encore, ce scénario est loin d’être automatique: en 2007, Nicolas Sarkozy était donné à 27,5% en moyenne par les sondages fin mars, et au coude-à-coude avec Ségolène Royal selon beaucoup d’instituts (sauf Ipsos, qui avait des résultats très proches du résultat final). Le 22 avril, il recueillait pourtant un score qu’il n’avait pas atteint dans les sondages depuis février: 31,2%. Entre temps, il s’était appuyé sur les événements de la Gare du Nord et avait évoqué les racines chrétiennes de la France pour mordre à l’extrême droite et au centre droit.

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3. Le vote Le Pen est très volatil

Marine Le Pen connaîtra-t-elle le 22 avril, comme son père, une surprise (positive ou négative)? Le score de Jean-Marie Le Pen a connu systématiquement une dynamique en fin de campagne: positive en 1988 (+3,5 points), 1995 (+3) et 2002 (+6), puis négative en 2007 (-3). Soit parce que le contexte politique (les cohabitations de 1988, 1995 et 2002, une vague d’événements violents et médiatisés en mars-avril 2002) a fini par jouer en sa faveur, soit, tout simplement, parce que les intentions de vote pour le FN sont celles à prendre avec le plus de prudence.

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4. Besancenot, le modèle pour les petits candidats

Une scène de la série documentaire de Serge Moati Elysée 2012, la vraie campagne montre Cécile Duflot motiver Eva Joly avant un meeting en lui rappelant le destin de la candidature d’Olivier Besancenot en 2002: scotché entre 0,5% et 1% dans les sondages pendant quasiment toute la campagne, le candidat de la LCR avait décollé dans la dernière ligne droite et récolté plus de 4% au premier tour, grâce notamment à ses passages au journal télévisé.

D’autres candidats avaient connu des percées plus modestes, gagnant un ou deux points en partant de scores très inférieurs à 5%: Antoine Waechter en 1988, Arlette Laguiller en 1995 (à l’issue d’une campagne où, comme l’expliquait Libération, elle avait fini par «faire partie du paysage» —y compris musical), François Bayrou, Bruno Mégret, Christiane Taubira et Corinne Lepage en 2002 ou Philippe de Villiers en 2007.

5. Quel petit candidat peut profiter de la campagne officielle cette année?

Sur les six sondages publiés depuis une semaine, les deux favoris, Nicolas Sarkozy (28,3% en moyenne) et François Hollande (27,8%) représentent plus de 56% des voix, chiffre qui n’était dépassé, à ce stade la campagne, qu’en 1988. Avec les scores des outsiders Marine Le Pen (15,2%), Jean-Luc Mélenchon (12,8%) et François Bayrou (11,8%), les petits candidats —Eva Joly (2,2%), Nicolas Dupont-Aignan (1%), Nathalie Arthaud (0,5%), Philippe Poutou (0,5%) et Jacques Cheminade (moins de 0,5%)— représentent moins de 5%, total historiquement faible.

L’un d’entre eux pourrait-il se distinguer? Dans une note récente sur le début de la campagne officielle, le directeur du département stratégies d’opinion de TNS Sofres Emmanuel Rivière estime que «la logique de vote utile en faveur des candidats les mieux placés semble largement l'emporter sur l'effet de dispersion» et qu’il «semble donc peu probable que la ponction des petits sur les gros soit importante». Selon lui, le mieux placé pour effectuer une éventuelle percée à la faveur de la campagne officielle est Nicolas Dupont-Aignan, moins connu qu’Eva Joly et moins concurrencé sur son créneau politique que Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Jean-Marie Pottier

Infographies: Fred Hasselot

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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