Monde

Syrie: tout est dans les mains d'Assad. Et des Russes

Daniel Vernet, mis à jour le 28.03.2012 à 13 h 59

Quelle sera la réponse du dictateur syrien au plan Annan?

Le 19 mars dans le quartier de Bab Sabaa à Homs, le 19 mars 2012. REUTERS/Shaam News.

Le 19 mars dans le quartier de Bab Sabaa à Homs, le 19 mars 2012. REUTERS/Shaam News.

Entre les principes et l’espoir d’une trêve dans les massacres en Syrie, les Occidentaux ont choisi. Au Conseil de sécurité de l’ONU, ils ont accepté une «déclaration de la présidence» (moins solennelle qu’une résolution) qui demande à tous les combattants de cessez-le-feu, en mettant sur le même plan les forces de répression du régime de Bachar al-Assad et les rebelles.

Une position qu’Alain Juppé rejetait encore il y a moins d’une semaine: «Je ne peux accepter que l’on présente les oppresseurs et les victimes sur le même plan», déclarait-il dans un entretien au Monde. Il est vrai que le ministre français des Affaires étrangères ajoutait:

«Je reconnais qu’il y a un vrai dilemme. Peut-on bloquer une résolution qui ne serait qu’une résolution humanitaire sans aucune dimension politique au risque de laisser se poursuivre les massacres ? Ou faut-il accepter ce compromis peu glorieux au risque de pérenniser le régime?»

Jusqu’à maintenant la Russie qui, avec la Chine, a mis son veto à deux résolutions condamnant le régime syrien, bloquait toute prise de position du Conseil de sécurité. Sa position a évolué au cours des derniers jours. Sans lâcher formellement Bachar al-Assad, elle a pris ses distances avec le dictateur de Damas. La violence de la répression, le nombre de victimes (sans doute plus de 8.000), le risque de l’isolement ont amené le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, à reconnaître que Bachar al-Assad avait «commis de nombreuses erreurs».

La France a fini par céder

Le compromis adopté à l’ONU pour permettre la déclaration de la présidence du Conseil de sécurité est-il «peu glorieux»? Les Occidentaux ont accepté que les combattants soient mis sur le même plan. Les Britanniques et les Américains y étaient prêts depuis quelques jours déjà, au nom du réalisme. La France faisait de la résistance.

Elle a fini par céder. Non sans obtenir des contreparties. La déclaration onusienne qui apporte son soutien à la mission de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’organisation internationale, fait référence à un processus politique. Une condition posée par Paris. Le plan Annan devrait «faciliter une transition politique dirigée par les Syriens» vers un système politique démocratique, pluraliste, dans lequel les citoyens seraient tous égaux quelle que soit leur origine, grâce à un dialogue entre le gouvernement syrien et toutes les composantes de l’opposition

La référence au plan de la Ligue arabe est implicite, mais la proposition de ce plan demandant à Bachar al-Assad de laisser son vice-président pour diriger les négociations sur la transition n’est pas mentionnée. Si Bachar refuse de coopérer avec Kofi Annan, le Conseil envisage des «mesures supplémentaires» qui ne sont pas spécifiées. «Un pas dans la bonne direction», a dit le représentant permanent de la France à l’ONU, Gérard Araud.

«Un pas dans la bonne direction»

La diplomatie avance très lentement, un an après le début du «printemps syrien». Les pressions occidentales sur le régime de Bachar al-Assad se sont heurtées à l’opposition de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité. Sur place, les forces de répression ont utilisé tous les moyens d’abord contre les manifestants pacifiques puis contre les rebelles qui ont commencé à s’armer. Le président syrien a cherché, non sans succès, à s’appuyer sur les minorités religieuses ou ethniques pour faire pièces à une opposition traversée par des courants divers.

La communauté internationale a donné l’impression d’assister impuissante aux massacres. Nicolas Sarkozy a traité Bachar al-Assad d’«assassin» mais une intervention militaire, comme en Libye, semblait hors de question. Pour plusieurs raisons. D’abord, la Russie et la Chine estiment avoir été trompées par les Occidentaux quand elles ont laissé passer la résolution 1973, interprétée comme un feu vert au bombardement des forces de Kadhafi. Elles jurent qu’on ne les y reprendra plus.

Le Liban à la merci de la Syrie

Ensuite, une intervention armée apparaît beaucoup plus risquée en Syrie qu’en Libye. L’armée syrienne est plus puissante, mieux équipée —en grande partie par la Russie. Les risques de déstabilisation régionale sont plus grands. L’Iran soutient Bachar al-Assad. Le Liban est à la merci de la Syrie. Celle-ci n’a pas signé la paix avec Israël mais aucun coup de feu n’a été tiré sur la frontière entre les deux pays depuis des décennies et les Israéliens craignent l’arrivée au pouvoir à Damas d’islamistes radicaux.

La suite dépend de la réponse que donnera Bachar al-Assad au plan Annan. Lors de sa récente visite à Damas, l’ancien secrétaire général de l’ONU avait reçu un accueil plutôt froid. Mais le dirigeant syrien ne peut plus compter sur le soutien sans réserve de ses alliés moscovites dont les manœuvres lui ont permis de gagner du temps et de porter des coups à l’opposition au prix de milliers de morts. La diplomatie russe engrange au moins un succès. Elle a réussi à se replacer au centre du jeu dans une région où son influence était déclinante bien avant la disparition de l’URSS.

Daniel Vernet

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