De quels équipements non-létaux dispose le Raid?

Un membre du Raid inspecte l'appartement de Mohamed Merah à Toulouse, le 23 mars 2012. REUTERS/Jean-Paul Pelissier.

Un membre du Raid inspecte l'appartement de Mohamed Merah à Toulouse, le 23 mars 2012. REUTERS/Jean-Paul Pelissier.

Grenades paralysantes, incapacitantes et lacrymogènes, caméra thermique: retour sur quatre équipements utilisés par ce groupe d'intervention remis en lumière par l'affaire Merah.

Grenades paralysantes, incapacitantes, lacrymogènes: le Raid, à qui certains reprochent de ne pas avoir réussi à capturer Mohamed Merah vivant lors de l'assaut de son appartement le 22 mars, dispose pour ses attaques de tout un arsenal d'engins «non-létaux» (qui ne sont pas censés provoquer la mort). Comment fonctionnent-ils?

Les grenades incapacitantes (ou flashbang)

Conçues dans les années 1960 à la demande de l'armée britannique, elles servent à embrouiller, désorienter ou distraire un individu pendant 5 secondes maximum, généralement sans dommage physique grave. Elles ont la forme d'un tube hexagonal en acier, troué sur les côtés afin de permettre au son et à la lumière de sortir.

La grenade incapacitante la plus connue est la M84 Stun Grenade: contenant un mélange d'ammonium et de magnésium, elle émet un flash aveuglant de 6 millions à 8 millions de candelas (unité de mesure de l'éclat perçu par l'œil humain d'une source lumineuse) et un son de 170 décibels.

Sur la vidéo ci-dessous, on voit, en juin 2003 à Genève, un policier lancer une grenade incapacitante sur des manifestants venus protester contre le G8 d'Evian:

Les forces spéciales l'utilisent lors de l'entrée dans un bâtiment ou dans un espace clos. C'est à ce moment qu'elle a le plus de chances d'être efficace, puisque lorsque le suspect se trouve derrière une porte en train de s'ouvrir, toute son attention se focalise sur elle.

L'effet produit est redoutable: le flash lumineux active momentanément toutes les cellules photosensibles de la rétine, ce qui rend la vision impossible le temps que la rétine retrouve son état initial. Pendant ce laps de temps, l'individu affecté par une «flashbang» n'aperçoit qu'une image fixe, comme si sa vision était en pause.

Avec en plus le choc dû à l'impulsion sonore hyperviolente, le sujet est immédiatement désorienté: en effet, en perturbant la circulation du fluide des canaux semi-circulaires de l'oreille, l'explosion de la grenade provoque un déséquilibre instantané chez lui. Désorienté, confus, sujet à une perte de coordination et d'équilibre, l'individu exposé se retrouve en outre incapable d'obéir à des commandes verbales simples.   

Les grenades fumigènes

Elle sont de forme cylindrique et leur corps est en acier. Elles sont percées sur le dessus et le dessous afin de permettre à la fumée de s'échapper et contiennent un mélange de fumée HC (hexachloroéthane et zinc, nocive pour le système respiratoire) et de fumée T (acide téréphtalique).

Utilisées en tant que dispositif de marquage ou de signalement à destination des unités aériennes, elles servent à coordonner les manœuvres des différentes unités. Mais dans le cas d'un assaut, elles peuvent également servir à créer un écran de fumée et ainsi obstruer la vision de l'ennemi, facilitant une diversion ou la fuite.

Les grenades lacrymogènes

Aussi appelées paralysantes, elles sont d'un aspect similaire aux grenades fumigènes et leur mode d'action est comparable. Le produit chimique qu'elles contiennent est composé de gaz CS en combinaison avec une composition pyrotechnique qui brûle pour générer un aérosol chargé en gaz CS. Elles provoquent une intense irritation des yeux, accompagnée de larmes, ainsi qu'une irritation de nez et de la gorge si le produit est inhalé. Ici, on voit un policier s'en servir à Oakland en octobre 2011 afin de disperser des manifestants.

Le gaz lacrymogène a été utilisé pour la première fois par la police en 1913: il était employé pour neutraliser les forcenés et les individus barricadés. L'usage de ce produit se généralisa dans le monde en 1920 et commença à être utilisé massivement pour disperser les manifestations à partir des années 1930.

Aujourd'hui, les grenades lacrymogènes sont surtout utilisées contre les rassemblements de nombreuses personnes. La police s'en sert pour créer des barrières de gaz, afin de protéger les forces de l'ordre sur le point d'être submergées ou d'orienter le mouvement de la foule. En général, les grenades lacrymogènes ne sont pas employées pour faire sortir une personne d'un abri: le risque de suffocation des personnes enfermées est trop fort.

La caméra thermique

La caméra thermique enregistre et reproduit les différents rayonnements infrarouges (ondes de chaleur) émis par les corps, et qui varient en fonction de leur température. Bref, là où une caméra normale forme une image à partir de la lumière visible, une caméra thermique forme une image à partir des variations de la chaleur. Elle est utilisée par les forces militaires pour les opérations nocturnes.

L'usage militaire de ces caméras s'est développé durant la guerre de Corée; depuis, elles sont utilisées par les forces spéciales de police dans des opérations de sauvetage ou d'assaut, telle celle qui a été menée le 22 mars contre Mohamed Merah.

Les agents du Raid ont ainsi introduit une petite caméra thermique dans son appartement, visitant le logement pièce par pièce afin de savoir s'il était vivant. D'après le récit du ministre de l'Intérieur Claude Guéant, c'est lorsque la caméra a été introduite dans la salle de bains où se trouvait Mohamed Merah que celui-ci en est sorti en ouvrant le feu.

Pierre Ancery

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