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De la médiocrité de l'offre politique

Dominique Dhombres, mis à jour le 26.03.2012 à 7 h 13

Notre classe politique n'est pas très opérationnelle et pas très courageuse. Le problème n'est pas du côté de la demande des Français mais de l'offre...

A l'Assemblée nationale à Paris, 15 septembre 2010, Reuters.

A l'Assemblée nationale à Paris, 15 septembre 2010, Reuters.

La sanglante intrusion du fanatisme dans la campagne a singulièrement rebattu les cartes. Nicolas Sarkozy a repris du poil de la bête. François Hollande a un peu pâti. Marine Le Pen s’est fait voler sa troisième place par Jean-Luc Mélenchon et pousse les hauts cris devant ce vol à l’arraché perpétré par le candidat du Front de gauche. Avec la complicité d’un petit voyou toulousain prénommé, en plus, Mohamed. Elle prend la France entière à témoin. Voilà comment on traite les  femmes blondes dans ce pays! Son père aurait sûrement été plus direct dans ses propos. On finira par regretter l’original à la fille. On se moque? Et comment! Le fanatisme aime le sang et l’excès. On sait, depuis Voltaire au moins, qu’il déteste l’ironie. On serait tenté d’ajouter que rien ne l’agace plus que l’équanimité, vertu ancienne, horrifique à tous les fanatiques, religieux ou non,  et pratiquée de nos jours avec parcimonie.  

Le problème ce n'est pas le peuple, mais les candidats!

Nicolas Sarkozy doit une fière chandelle à Mohamed Merah. Et Jean-Luc Mélenchon aussi. François Bayrou? Ce n’est pas très clair. Les autres sont quasiment  invisibles à l’écran radar. Et si, justement, le problème venait des candidats eux-mêmes? Et si, le problème, en fait, c’était eux, et non pas le tueur en série tué par le RAID, les professionnels de la DCRI peut-être distraits, voire incompétents, ou je ne sais trop qui encore?

Jusqu’à l’intrusion du terrorisme, la campagne  ne passionnait pas les citoyens. Le paysage français (spleen national sur fond de crise de confiance aussi bien dans l’euro que dans l’Europe) a-t-il tellement changé en quelques semaines? L’explication habituelle de cette indifférence consiste à pointer du doigt la perte de crédit de la politique dans l’esprit de nos concitoyens. L’électeur aurait compris que la réalité du pouvoir n’était plus dans un bureau élyséen mais plutôt dans les instances européennes et surtout au sein des marchés financiers.

Comment se passionner  pour un acte a priori dévalué? Déjà que l’essentiel de la législation est communautaire, donc décidé en dehors de Paris, il faudrait être naïf pour éprouver des sentiments forts à propos de ce scrutin. Installer un nouveau locataire 55 rue du faubourg Saint Honoré ou ne pas renouveler le bail de l’actuel occupant? Pas très excitant, comme choix, quand on est persuadé que les leviers de commande ne sont plus sous les lambris dorés de la luxueuse bonbonnière jadis aménagée pour la marquise de Pompadour.

Médiocrité de l'offre politique

On peut s’en tenir à cette analyse désespérante. Mais on peut aussi prendre le problème  par l’autre bout de la chaîne. Et si la morosité de nos concitoyens, qui frise l’atonie, était due non à cette diminutio capitis du pouvoir exécutif national mais à la médiocrité de l’offre politique? Si, pour le dire autrement, notre classe politique, qui a une haute opinion d’elle-même, n’était en fait  guère opérationnelle, et pas très courageuse avec ça?

Vous allez me dire immédiatement que c’est précisément ce que crient, dressés sur leurs ergots,  les populistes, de droite comme de gauche, avec leurs slogans «Tous les mêmes !» (Marine Le Pen), «Qu’ils s’en aillent tous!» (Jean-Luc Mélenchon), «Tous pourris!» (en choeur). Certes, et alors? Est-il insensé d’envisager cette hypothèse, humiliante pour les intéressés, mais qui rend finalement assez bien compte du malaise démocratique actuel?

Un problème d'offre, pas de demande

On dit ce qu’on pense vraiment de nos chers dirigeants, que nous avons élus (souvent sans conviction), puis chassés (parfois avec délectation) sans jamais, en réalité, avoir jamais obtenu satisfaction? On le fait? On y va!

Le problème politique de la France de 2012 concerne l’offre, et non la demande. L’électeur souhaite des dirigeants efficaces et déterminés, des hommes (ou des femmes) politiques qui anticipent et qui tranchent, surtout en période de crise des dettes souveraines et de l’euro. Le sentiment dominant est que le pays décline, qu’il perd son rang dans le monde. Les politiques sont-ils à la hauteur de ce moment, qui n’a rien de plaisant, de notre histoire?  En dernière analyse, comme on disait jadis, nos concitoyens bien se moquent de savoir si les princes qui nous gouvernent sont heureux, s’ils sont amoureux, si leur vie de famille les comble, ou pas. Le lecteur de Match, de Closer ou de Gala veut savoir. Le citoyen, l’électeur, non. C’est ici qu’interviennent les médias, parfois médiocres, eux aussi. On y reviendra.

Sauf à trop regarder certaines chaînes,  le citoyen électeur ne se soucie pas de savoir si le prince a changé de favorite, ou choisi d’en afficher une nouvelle, voire de l’épouser après l’avoir emmené voir Mickey. Nos princes sont souvent intelligents, certes, et très diplômés, ce qui surprend ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis. Mais ont-ils le courage d’annoncer de mauvaises nouvelles et  les mesures, désagréables, qu’ils proposent pour y remédier? Vous entendez le silence de François Hollande, dans ce domaine? Il est assourdissant. Nicolas Sarkozy, c’est encore autre chose. Il a réussi, en cinq ans, à dire à peu près tout et son contraire. Bien malin qui s’y retrouve. C’est peut-être le but d’ailleurs. Voilà maintenant qu’il veut punir les exilés fiscaux! Renégocier les traités européens qu’il a lui-même fait approuver! Non, il n’ira plus sur un yacht de milliardaire après avoir promis de faire retraite dans un monastère! Il n’essayera plus de placer ses enfants bien au dessus de leurs (faibles) capacités! S'il a fait tout cela, c’est parce qu’il était malheureux en amour. Maintenant qu’il va bien, sur ce plan là (on est content pour lui), il sera un président épatant. On va voir ce qu’on va voir. Justement, on n’a pas envie de voir. On a déjà vu.

Au tour de François Hollande,  maintenant. Il ne dit à aucun moment comment il va obtenir, auprès des marchés financiers qu’il affirme détester, les fonds nécessaires au simple maintien à flot du pays, plombé par sa dette. Il a l’honnêteté de reconnaître que la création d’une tranche d’imposition à 75 % sur les contribuables qui déclarent plus d’un million d’euros annuels de revenus ne rapportera pas grand chose, bref qu’elle est symbolique. Mais il ne dit pas que les lendemains de son éventuelle victoire seront amers, en tout état de cause, pour la classe moyenne. Il est vrai, qu’à part Michel Rocard, et, pour remonter plus loin encore, Pierre Mendès France, ce parler vrai est une denrée rare chez celui qui brigue les suffrages du peuple souverain. François Mitterrand, qui mentait souvent, est resté nettement plus longtemps au pouvoir que Pierre Mendès France. Quant à Jacques Chirac, c’est bien simple, il n’a jamais fait, une fois vainqueur, ce qu’il avait promis de faire pendant la campagne précédente. Lui aussi est resté longtemps.

La conviction des médias: l'audience

Les médias? Ils n’ont d’autre sanction que l’audience. Ils s’emballent pour Jean-Luc Mélenchon, comme jadis pour Arlette Laguiller. Par conviction? Vous voulez rire! Parce que cela fait vendre. Ils seront les premiers à participer à l’hallali, si Mélenchon chute, comme ils ont courageusement chassé Eva Joly en meute, à cause de ses vilains sondages, et de son accent.

Même si l’intrusion du terrorisme l’a un peu réveillé, l’électeur a quelques raisons de ne pas se rendre en chantant aux rendez-vous des 22 avril et  6 mai. Ce n’est pas de sa faute si l’offre n’est pas de grande qualité. Il peut toujours se dire au moment d’entrer dans l’isoloir que la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. Il a aussi le droit de regretter qu’il ne se trouve aucun candidat qui lui promette, de façon crédible, car ce ne sont pas des mots que le premier venu peut impunément prononcer, du sang, de la sueur et des larmes. Reviens, Winston!

Dominique Dhombres

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