Economie

Le sandwich ne connaît pas la crise

Bruno Askenazi, mis à jour le 15.05.2009 à 16 h 25

Les Français mangent huit fois plus de sandwichs que de hamburgers.

Ahmed Rabea, CC Flickr

Ahmed Rabea, CC Flickr

Pouvoir d'achat en berne, peur du chômage ... les français se serrent la ceinture et réduisent leur budget repas. A la pause déjeuner, les restaurants classiques ont été les premiers à en faire les frais avec une chute spectaculaire de la fréquentation. Trop cher, le traditionnel plat du jour a perdu des adeptes au profit du sandwich, plus économique. Ce grand classique de la restauration ne s'est jamais aussi bien porté en France.

Après avoir progressé de 5 à 8% de 2003 à 2007, ses ventes ont bondi de 11% en 2008 avec une brusque poussée au second semestre, selon le cabinet Gira Conseil. Le marché dépasse maintenant les 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Pas de baisse de régime prévue en 2009, d'après les experts de la restauration rapide. Bien au contraire, la crise devrait encore pousser les consommateurs vers les repas hors domicile les moins onéreux. Avec un prix moyen de 3 à 4 euros seulement, le sandwich a encore de beaux jours devant lui.

C'est en France que la croissance du sandwich est de loin la plus spectaculaire. Alors que les géants du Fast Food à l'américaine, McDonald's en tête, imposent quasiment partout en Europe leur modèle de restauration rapide, l'Hexagone est le seul pays où le jambon-beurre fait de la résistance. Les Français consomment encore 8 fois plus de sandwichs que de hamburgers. La baguette bien de chez nous serait-elle jugée plus saine et plus équilibrée que son concurrent d'outre-Atlantique? Il semble que non et d'ailleurs les goûts des clients restent majoritairement très traditionnels: deux sandwichs sur trois sont composés de fromage et/ou de charcuterie. Pas vraiment digeste.

Si le sandwich résiste aussi bien, c'est d'abord qu'on en trouve à tous les coins de rue. En plus des milliers de boulangeries traditionnelles qui en vendent à la pause déjeuner, les fast-food à la française (Paul, La Mie Câline, Pomme de Pain) ont, en quelques années, poussé comme des champignons. Une densité de points de vente unique au monde. En milieu urbain, le traditionnel café du coin a perdu depuis longtemps le monopole du casse-croûte.

Même les supermarchés exploitent le filon en consacrant des rayons entiers à des sandwichs industriels. Un business tellement rentable que certains distributeurs vont chercher les clients pressés près de leur bureaux en ouvrant dans les centres-villes des petits magasins d'alimentation, comme les Daily Monop parisiens (Monoprix). On peut s'y offrir tout ce qu'il faut pour déjeuner sur le pouce, sandwichs compris. La percée de la grande distribution est logique : dans la plupart des cas, on avale un sandwich sur son lieu de travail ou à l'extérieur, dans un jardin par exemple. Pas besoin d'un endroit où s'attabler.

Remplacer un déjeuner traditionnel par une pause sandwich devient d'autant plus tentant que l'offre s'est diversifiée. Le traditionnel jambon-beurre représente encore les trois-quarts des ventes de sandwichs à base de baguette mais il perd du terrain. Aux basiques «low-cost» se sont ajoutées des variétés plus sophistiquées surfant sur les dernières modes alimentaires (équilibre et minceur, saveurs exotiques, terroir, biologique ...).

Certaines chaînes de restauration très tendance, comme Cojean ou Bert's, occupent ce créneau du chic et léger avec succès. La clientèle féminine qui ne s'y retrouvait pas dans le saucisson-beurre des bistros traditionnels applaudit. Dans certains quartiers de bureaux huppés, on voit même s'ouvrir certaines sandwicheries de luxe, comme Be, créée par Alain Ducasse à Paris. Si les cadres des grandes villes ont de moins en moins de temps pour déjeuner, une trentaine de minute en moyenne, pas question pour eux de bouder leur plaisir.

Bruno Askenazi

(Photo: Ahmed Rabea, Flickr)

Bruno Askenazi
Bruno Askenazi (25 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte