Life

Pourquoi les jeunes n’assurent pas (leur auto)

Hugues Serraf, mis à jour le 22.03.2012 à 5 h 43

Des centaines de milliers d’automobilistes circulent sans assurance, dont une majorité de jeunes. Ne savent-ils vraiment pas à quoi ça sert ou trouvent-ils juste que c’est trop cher?

The Suburbs / spaceabstract via FlickrCC License by

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Les jeunes ne manquent pas de confiance en eux et c’est une bonne chose dans notre pays de vieux et de frileux, mais ils ont tout de même un sacré problème d’assurance. Les 18 ans-35 ans (car on est encore «jeune» à 35 ans dans la sociologie de la bagnole même si ça s’arrête à 25 ans dans le ferroviaire) représentent en effet 60% des automobilistes circulant sans bénédiction de la MAAF ou d’AXA...

60% d’une masse comprise entre 370.000 et 740.000 personnes ―il s’agit d’une évaluation à la louche parce que les gens se vantent rarement de ce genre de chose―, ça commence à faire  du monde et ça énerve passablement le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO). Cet organisme de statut privé, chargé d’indemniser les victimes d’accidents de la route lorsque le responsable est défaillant, estime ainsi avoir englouti «près de 78 millions d’euros» dans ses différentes missions en 2010 et aimerait bien que ça change.

Et vous aussi en fait, puisque cette structure ne reçoit aucune subvention de l’Etat et que les millions en question sont directement issus des primes des conducteurs «comme il faut» qui payent leurs factures rubis sur l’ongle. Dans son dernier rapport [PDF], François Werner, le directeur général du Fonds, indique d’ailleurs que le nombre d’accidents mortels impliquant un non-assuré comme responsable a explosé de 50% de 2002 à 2009 et avec lui la contribution des assurés (environ 1,2% du total des primes à ce jour).

Mais au-delà de leur folle jeunesse, quelles sont les autres caractéristiques de nos amis réfractaires au principe de précaution? C’est assez tranché: il y a les délinquants authentiques, les privés de permis pour conduite en état d’ivresse, déjà «responsables d’infractions graves et répétées» dont les assureurs ne veulent plus et qui se débrouillent autrement («Les asociaux et les dangereux, une population pour laquelle la répression est nécessaire»), puis les simples distraits et les impécunieux, «plus réceptifs à la sensibilisation et l’information qu’à la coercition».

Un énorme fichier central

Et que faire, alors? Au FGAO, on a quelques idées pour ces deux publics et l’on assure (OK, elle est facile mais c’est la première fois que je me l’autorise depuis le début du papier), qu’elles permettraient de réduire la facture de 40 millions d’euros par an et de 50% le nombre global de véhicules hors-la-loi.

D’abord «développer un message pédagogique et concret expliquant le sens de l’obligation d’assurance» et  mettant «en évidence les conséquences, parfois dramatiques, pour l’auteur non-assuré responsable (prise en charge des soins personnels, remboursement intégral de l’indemnisation des victimes)» d’un accident. En clair, expliquer à quoi sert l’assurance auto à ceux qui, de plus ou moins bonne foi, ne l’ont pas encore compris (en 2010, les auteurs non-assurés de sinistres ont dû verser 16 millions d’euros à leurs victimes via le Fonds de garantie).

Mais, surtout, créer un «répertoire central des fichiers» recoupant les données des immatriculations et des souscriptions d’assurance, un peu comme Darty transmet les informations d’achat d’un téléviseur au fisc pour la redevance. Hum, ça semble effectivement couler de source et l’on se demande presque pourquoi ça n’existe pas déjà, même si l’idée d’un tel fichier, identifiant les «chauffards» pour les mettre «hors d’état de nuire» et géré par une structure privée, sonne un peu Big Brother SA.

L’exemple britannique fait pourtant un peu douter: chez les voisins du dessus, où une telle base de données existe, le nombre de véhicules circulant sans assurance est au minimum deux fois plus élevé qu’en France (entre 1,3 et 1, 7 million) et l’on repère même des patelins où une auto sur deux est dans ce cas...

Il reste donc peut-être une ultime suggestion, à laquelle un Fonds contrôlé par les assureurs automobiles ne songera pas spontanément: la baisse des tarifs et plus spécifiquement des surprimes appliquées aux jeunes conducteurs (jusqu’à 100% du tarif de base). Ça laisserait les «asociaux» et autres «dangereux» insensibles, c’est sûr, mais quid des distraits et des impécunieux?

Hugues Serraf

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