Nicolas Sarkozy veut se rapprocher de la méritocratie dont il s'est moqué
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Peut-être avez-vous vu ces images du Président recevant à l'Elysée une assemblée de professeurs de médecine? Un président pédagogue, appliqué, s'écartant aussi peu que possible de ses notes afin de rassurer une communauté médicale qui, à travers quelques uns de ses meilleurs représentants, était partie en guerre contre la réforme hospitalière, dite Loi Bachelot. Dans ce même décor, pour la traditionnelle cérémonie des vœux, le même Nicolas Sarkozy s'était adressé aux représentants de la communauté universitaire: là encore il avait lu son discours — rien à redire — puis, s'écartant de ses notes, avait lancé l'une de ses formules à l'emporte-pièce qu'il affectionne et dont le résultat immédiat fut un branle-bas de combat qui, par capillarité, a fini par atteindre toute la sphère intellectuelle française.
Peser ou soupeser ici la réalité du propos n'a guère d'importance: celui-ci avait été perçu par le plus grand nombre comme manifestant à leur endroit le «mépris» présidentiel. L'étincelle responsable de l'incendie, qui court encore dans quelques-unes de nos universités, avait été un décret concernant le statut des enseignants-chercheurs, c'est-à-dire l'une des applications de la nouvelle loi sur les universités accordant à celles-ci un début d'autonomie. N'oublions pas au passage les épisodes de lecture publique de la Princesse de Clèves, dont Nicolas Sarkozy s'était plaint qu'il soit inscrit au programme d'attaché d'administration.
Il ne s'agit pas ici d'alimenter la énième complainte contre Nicolas Sarkozy, ses pompes et ses œuvres: il y a en effet dans le pays un fort courant dont le plus grand dénominateur commun est l'hostilité ou l'opposition à tout ce qui vient de l'actuel Président. Le prochain scrutin européen nous permettra sans doute d'en prendre la mesure. Mais là n'est pas aujourd'hui le sujet. En revanche, il faut s'interroger, dans l'appréciation que l'on peut porter, sur l'exercice de la fonction présidentielle par son actuel titulaire, sur la forme comme sur le fond.
La forme pose problème et illustre cette formule puisée dans le vocabulaire même du chef de l'état, selon laquelle il est «son propre ennemi». Le schéma sarkozyen est en effet le suivant: il s'engage, le succès est en vue; il triomphe trop rapidement et, cédant à l'irrépressible plaisir qu'il prend ici à brocarder tel ou tel, là à dénoncer telle ou telle catégorie, il rechute. Il en prend conscience, entame sa reconstruction et, en vue du sommet, replonge à nouveau.
Exemple, anecdotique certes, mais significatif tiré de la lecture du «Journal du dimanche»: Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, fait l'objet, à son tour, d'une cour assidue. Le président l'accueille par une formule finement ciselée, en substance: «vous êtes celui qui me fait regretter de ne pas être né de l'autre côté de la Méditerranée». On ne saurait mieux dire, ni mieux faire. Mais l'instant d'après, Nicolas Sarkozy, livré à lui-même, se met à tutoyer Jean Daniel: Horreur! Malheur! C'est un raccourci de la séquence qui a braqué nombre d'intellectuels. Viendra bien un jour où, considérant les dégâts qu'il se cause à lui-même, Nicolas Sarkozy acceptera de discipliner et de mieux maîtriser, non pas la forme de ses interventions, mais ce qui vient après, lorsque, comme disent les sportifs, il se lâche...
Le fond est évidemment plus préoccupant. Car il s'agit, si l'on met bout à bout les différentes catégories de Français que le président a braquées contre lui et qu'il va désormais devoir tenter de récupérer une à une, de sa relation avec la méritocratie. D'une relation qui a pris les allures d'un divorce, qui, s'il perdurait, serait non seulement dangereux pour lui-même, mais surtout pour l'ensemble du corps social.
La méritocratie. J'entends par là tous ceux qui ont progressé par l'école, par les diplômes, qui sont l'armature de nos fonctions publiques, mais aussi de nombre de nos entreprises. Si l'on met bout à bout en effet les magistrats, les professeurs, à quelque degré de l'enseignement qu'ils appartiennent, maintenant les médecins hospitaliers, nombre d'intellectuels, ceux qui peuvent se reconnaître comme «experts», catégorie régulièrement dénoncée à chaque prise de parole présidentielle, les cadres dirigeants des entreprises ou des banques, etc, tous, à un moment ou à un autre, ont eu droit à leur «paire de baffes»!
Bien sûr, il faut tenir compte du tempérament tempétueux, éruptif du chef de l'Etat qui est, l'instant d'après, capable de la plus grande maîtrise. Mais il s'agit-là, en fait, d'une perception assez large, celle-là même que cherche à débusquer et à récupérer un François Bayrou par exemple. Il s'agit d'opposer le modèle classique de la méritocratie à la française, tenue en suspicion par un chef de l'Etat qui lui préfère le modèle des «self made men», d'un mode de réussite qui privilégie le parcours et la volonté d'un individu. Un modèle «à l'américaine», comme disait Jacques Tati.
De ce constat, qui n'est pas faux, découle souvent une surinterprétation, une théorisation a posteriori des faits et gestes du chef de l'Etat qui seraient tous reliés par le projet d'une déconstruction de tout ce qui, dans nos structures, pouvait incarner le service de l'intérêt général, pour leur substituer des structures «entrepreneuriales», tournées vers la recherche pure et simple du profit maximum. Derrière la réforme des universités ou celle de l'hôpital, on dénonce donc aussitôt leur mise en conformité avec le credo présidentiel.
Ces jours derniers ont marqué, de la part du chef de l'Etat, la conscience de l'urgence: «on peut gagner sans les intellectuels, mais on ne peut pas gagner contre eux», a-t-il dit à quelques-uns de ses proches. Donc il va reprendre son bâton de pèlerin dans un secteur qui était au cœur des dernières mobilisations; il lâche du lest sur l'hôpital, tandis que la majorité sénatoriale s'emploie à rassurer le corps médical; et par petits cercles, il va tenter d'être de nouveau entendu des universitaires.
Ces derniers sont un parfait symbole du malaise qui parcourt toutes les couches de la méritocratie: ils vivent un déclassement, qui a été celui que les professeurs du secondaire ont constaté à leurs dépens il y a quelques années. Paradoxe: l'Etat débloque des fonds (environ 1,2 milliard d'euros chaque année pendant cinq ans), mais ce n'est là qu'une partie du problème. Il serait donc urgent, vis-à-vis de personnes qui, chacune à sa place, font que l'on parle désormais, jusque dans les colonnes de «The Economist» d'un «modèle français», meilleur que le «modèle anglo-saxon», de leur montrer un minimum d'empathie. Celle-là même que le président recherche en tutoyant tel ou tel...
Jean-Marie Colombani
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Mis à jour le 16/05/2009 à 15h35














































"Il ne s'agit pas ici d'alimenter la nième complainte contre Nicolas sarKozy..."
Si justement, monsieur Colombani, il s'agit bien de cela et seulement de cela.
Il me semble qu'il y avait une certaine auto-satisfaction de Jean Daniel à citer la phrase très flatteuse que lui avait adressée Nicolas Sarkozy. C'eût été dommage pour lui que la France entière n'en profitât pas.
Quant au tutoiement, je suis assez étonnée qu'il choque à ce point un homme de gauche, car je me suis toujours laissé dire que les socialistes et les communistes avaient adopté ce mode d'expression. Alors, un tutoiement de plus ou de moins !
Tiens, vous avez omis de nous parler de monsieur Strauss-Kahn.
Très cordialement.
Nicolas Sarkozy veut se rapprocher de la méritocratie titrez-vous, Monsieur Colombani. C'est, à mon avis, plus un devoir qu'une réelle volonté.
Il suffit, pour cela, de constater où se situe les foyers de mécontentement aujourd'hui. A l'université (voir cet appel des présidents d'université au chef de l'état (LIEN)), à l'hopital aussi avec la réforme Bachelot qui s'annonce. C'est d'ailleurs ces deux corps qui forment les défilés d'aujourd'hui (LIEN).
Raymond Soubie (conseiller social de l'Elysée) a beau (r)assurer qu'il n'existe pas de risque insurrectionnel en France, que le "printemps social" s'est apaisé de lui même, la tension qui existe dans certains milieux sociaux reste forte. Et encore une fois (j'ai le sentiment d'écrire la même chose à chaque fois que je commente les faits de Nicolas Sarkozy), l'absence de premier ministre-fusible force le président à se porter attentif aux cris de désespoirs de certaines couches de la population.
Nicolas Sarkozy joue avec un ballon de baudruche. Continuer les réformes impopulaires fait gonfler le ballon, apaiser la situation permet d'en contrôler la pression. Une victoire aux européennes lui apporterais, à coup sûr, un sérieux dégonflage. Le but du jeu étant, évidemment, que le ballon n'explose pas. Reste à savoir si les manifestations du 29 janvier et du 19 mars n'étaient pas des petits explosions qui auraient permis de revenir à 0 - le raté relatif de celle du 1er mai en serait alors le témoin.
Lorsque 95% des enfants atteignant les grandes écoles sont originaire des classes supèrieure est-on dans le mérite ou, comme disait Bourdieu, « La reproduction » ou l’héritage . On est dans le culte du diplôme mais que cache ce culte ? Est-on dans l’élitisme républicain ou la république des élites ? En dessous de cette classe dirigeante vous avez les classes moyennes intermédiaires qui effectivement petit à petit ont été déclassées au profit de l’élite. La société a de plus en plus besoin de diplômés. Mais, les élites ne veulent ni partager leur statut ni le remettre en question à chaque génération. Elles cherchent à protéger les privilèges de leur classe. Il y a verrouillage. Ce n’est pas spécifique à la France ni à Sarkozy ni à notre époque. A chacun ses mythes : Aux USA, le rêve américain, en France, la méritocratie. La spécificité de la France est la surévaluation non pas des diplômes mais de certains diplômes ceux choisis par l’élite. En quoi un diplôme d’ingénieur ou même de médecin ne qualifierait il pas pour diriger une grande entreprise ou un grand hôpital. En France parachutage et pantouflage deviennent les 2 mamelles du pouvoir (Parachutage : on est nommé dans un métier qu’on ne connait pas. Pantouflage : passage public privé). Il n’est pas choquant qu’un ingénieur télecom dirige une boite de télécom, un médecin un hôpital… Bien entendu cette promotion doit se faire dans un parcours et notamment dans l’acquisition des règles de gestion. Une partie des conflits actuels trouve ces origines dans ce bras de fer.
En fait, bon nombre d'ingénieurs dirigent déjà de grands entreprises françaises et ce depuis un certain temps. Les plus connus sont les polytechniciens. Non, ce qui cloche dans le capitalisme français, ce n'est pas la méritocratie ou la non connaissance du secteur. Ce qui cloche c'est plutôt le caractère monolithique de nos élites (X-ENA pour la grande majorité, de temps en temps Normal-Sup...) et le copinage et laxisme qui règnent dans les conseils d'administration, conseils qui devraient au contraire jouer le rôle de contre-pouvoir.
Votre premier partie semble infirmer mes propos la 2 ème les confirmer parfaitement. "Bon nombre d'ingénieurs dirigent de grandes entreprises"Il ne suffit pas d'avoir fait polytechnique pour être ingénieur il faut aussi avoir exercé en tant qu'ingénieur.Le fait est qu'il y a de moins en moins de diversité des parcours et là nous sommes d'accord. Mais cela n'est pas un hasard. L'élite se resserre . Ce que vous appelez copinage, laxisme peut se nommer réseaux, corps...
La méritocratie "cloche" lorsqu'elle est invoquée et que l'ascenseur social ne fonctionne plus . Dans une période de croissance on a ouvert les portes maintenant elles se sont refermées. C'est la raison pour laquelle le nombre d'école permettant d'accéder aux postes les plus élevés se sont resserrés et les parcours unifiés.
"La non connaissance du secteur n'est pas un problème" peut-être mais il n'est pas normal que de le connaître devienne un obstacle majeur.
Les ca sont des moyens d'auto-contrôle ils font partie du système.
Cet article (LIEN) réponds en partie à mon propos de tout à l'heure. Nicolas Sarkozy a décidé de répondre aux universitaire par le bras de fer, le gouvernement s'aligne. Qui sont les victimes ? Les étudiants, principalement.
Merci de relever l'autosatisfaction de Jean Daniel ! Il me semble en effet évident que cette anecdote malicieuse était justement rapportée uniquement dans ce but. Une lecture un peu plus second degré ne vous serait pas inutile pour une compréhension plus fine des articles de Slate.fr.
Entre Slateurs heureux, on peut tout se dire !
Boo Radley.
Si vous le dites, monsieur Radley, ça doit être vrai. Mais reconnaissez que je fais des efforts en ce sens.
Quant à la lecture au second degré, il n'est pas donné à tout le monde d'y recourir. Mais quelle importance ? Il y a tant de beaux esprits sur Slate.
Si le modérateur le permet, en effet, on peut tout se dire entre slateurs heureux.
Très cordialement.
(Annule et remplace le premier commentaire "Si vous le dites". Merci)
Excellente analyse, Monsieur Colombani. Vous avez raison de dire que si les chercheurs ont bien des raisons de se plaindre, ils ont tort de voir dans les réformes une transformation de l'université en "entreprise" et de dénoncer la concurrence.
Cependant, on peut s'interroger : lorsqu'on voit les réformes de l'hôpital et de l'université, qui misent tout sur le pouvoir du directeur ou du président du conseil d'administration, Sarkozy n'essaie-t-il pas d'appliquer sa conception de la fonction présidentielle à tous les domaines ?
Guy de Guisbourne
Vous quittez volontairement l'antisarkozisme primaire (ça commence à se faire) pour entrer dans une analyse qui centre sur le comportement et les convictions personnelles de Nicolas Sarkozy l'explication des vives tensions liées aux réformes.
Le modèle de la méritocratie qui a formé nos élites s'opposerait à celui du self made man et l'habitude de "se lâcher" du président serait source de l'animosité et de "la théorie" de la destruction systématique de l'intérêt général au profit de l'intérêt particulier.
Ce faisant vous personnalisez un problème français qui ne doit rien à Nicolas Sarkozy sauf de s'y être attaqué avec courage.
On pourrait pointer que les corporatismes renforcés par l'auto-sacralisation catégorielle ne sont pas le meilleur garant de l'intérêt général ou alors très particulier. En fait nous sommes au coeur d'un problème que l'on aimerait voir considéré par les responsables de tous ordres. Politiques, médias, intellectuels et mêmes des élites qui justifieraient ainsi leur position magistrale d'avant garde.
La méritocratie dans notre pays est un système de sélection des meilleurs sur une certaine échelle. Or cette échelle a été adossée à l'Etat jacobin et aux valeurs rationalistes sacralisées associant principe de connaissance, principe de valeurs et principe d'action dans la maîtrise mentale (intellectuelle) des problèmes selon la raison.
Ainsi ce sont les hauts fonctionnaires de l'Etat qui gouvernent, qui sont investis du sacré républicain et qui savent mieux que les autres la réalité du monde.
Ils ont été formés pour cela dans les grandes écoles conçues à cet effet. Il y a peu que les universités sont censées se préoccuper d'autres étudiants que ceux qui sont destinés à l'enseignement ou à la recherche.
Faut-il parler de l'école Polytechnique, de l'ENA et de toutes celles, prestigieuses qui ont formé "les cadres de l'Etat".
Il faut rappeler aussi à qui l'aurait oublié que les dirigeants des grandes entreprises ou institutions sont aussi sortis du même moule (on n'oubliera pas cependant les évolutions récentes d'écoles vouées à d'autres services et aux entreprises privées). Il s'agit en effet d'un moule et c'est là le problème.
Quel est-il?
D'abord la sélection sur des capacités de rationalisation et des vertus de conformité. Si elles valent en temps de reconstruction, de stabilisation, d'optimisation de l'existant elles ne sont pas les meilleures en période de mutation, d'innovation et surtout d'autonomisation.
La maîtrise des situations nouvelles, l'initiative, la créativité, la participation, la gouvernance communautaire, mais aussi la mise en perspective prospective, réclament de donner un Sens aux situations et à l'action. Il ne s'agit plus de référence à une norme, un modèle, une procédure établis, mais de discernement singulier, de prises de positions personnelles qui engagent la communauté, d'appropriation collective, de processus de maturation.... Formalismes, stabilités structurelles, actions a-temporelles, ne sont plus la panacée.
On n'est plus dans une vision rationaliste hiérarchisée ni dans son avatar systémiste mais dans la complexité et le mouvement des affaires humaines.
Voilà le problème. Le modèle français des élites a été construit sur une philosophie rationaliste sacralisée, sur une hiérarchie entre l'Etat et la nation sous tutelle, sur des méthodes qui doivent plus aux procédures et aux références de conformité qu'à l'initiative et la créativité. La méritocratie n'en est que le système de production, rationnel donc. Ce modèle est mis à mal par le mouvement du monde tant par sa dynamique qui bouleverse les cadres établis supposés universels et indépassables que par sa compréhension qui échappe aux capacités sélectionnées.
Dans l'ensemble les élites ne comprennent pas le Sens de la mutation et voient leurs modèles devenir obsolètes. Ils ne voient pas ce que vivent déjà beaucoup, notamment les jeunes qui ne l'ont pas évidemment encore conceptualisé.
Dire ici que c'est la civilisation des représentations (mentales) dont la raison a été l'instrument de maîtrise qui a forgé l'excellence de nos élites et que c'est une civilisation du Sens et de l'intelligence symbolique qui se dessine risque de rester inaccessible à la plupart.
Dire que c'est le Sens du bien commun qui doit servir de repère de valeurs individuel et collectif plutôt qu'un intérêt général conflictuel avec les intérêts particuliers ne le sera pas plus.
C'est pour cela que le projet du Président de la République élu leur reste incompris et interprété de façon inappropriée dans un modèle devenant obsolète. La réaction des électeurs, de ceux qui ne sont pas aussi formatés en a fait la politique de la nation. Ils en ont l'intuition et se livrent au combat au lieu de s'attacher à conduire la mutation. Les maladresses de Nicolas Sarkozy sont anecdotiques même si les méthodologies du changement peuvent être sensiblement améliorées.
A vous lire j'ai l'impression que Sarkozy est révolutionnaire.
Vous me donnez l'occasion de préciser ce que j'en pense. Sans doute pas révolutionnaire Nicolas Sarkozy mais iconoclaste. Souvenez-vous du thème de la rupture. La remise en question des figures de l'élite ou de la "bien pensance" en est caractéristique. L'iconoclasme s'oppose à un sacralisation des représentations, des images, figures, formes classiques, académiques, des modèles, normes et structures. Soit parce qu'elles sont prises pour le Sens (l'esprit, le sacré) et qu'elles deviennent l'apanage des clercs, élites sacralisées elles aussi par contamination. Soit parce qu'elles sont prises pour la cause intangible des choses conférant à ceux qui les détiennent (savoir) un "pouvoir" qui s'impose aux autres.
L'iconoclasme sarkozien s'oppose au conservatisme élitaire, sacralisé pour des raisons historiques et philosophiques (rationalisme). Est-ce parce qu'il est un philosophe visionnaire masqué? Il est surtout l'homme d'une situation. Son origine familiale et son parcours personnel le placent sur une toute autre trajectoire que celle des élites que je décris et du monde dont ils sont issus. Ce qui, vu de l'intérieur, du milieu, n'apparaît pas d'évidence est beaucoup plus criant vu de l'extérieur du système, de son point de vue donc. Son succès s'est tenu face à des concurrents tous sortis de l'ENA n'oublions pas. Il en a une longue expérience.
Par ailleurs il y a la mutation de civilisation qui remet en question les systèmes de représentations (mentales) traditionnels et surtout leur statut de niveau supposé indépassable de conscience et de maîtrise. Un autre stade d'intelligence du Sens et de formation des communautés de Sens se profile qui dépasse justement les cadres formels anciens. La crise financière en est un signe avec la défaillance de la croyance systémique et l'émergence de la question du Sens sous le mode du Sens du bien commun.
La France et son système élitaire sont particulièrement déstabilisés, remis en question, indépendamment de Nicolas Sarkozy mais il tombe au bon moment. Souvenez-vous des réformes, refondations qui sont en question depuis longtemps, des maux français, retards et résistances à l'innovation...
Nicolas Sarkozy est l'homme de la situation pour "réformer" les cadres élitaires de ce pays, notamment au moment ou la mutation utilise le mode de la crise pour changer de paradigme. Son talent singulier lui donne une pertinence qui dépasse nos frontières on l'a vu déjà. Seulement il n'est pas conforme à bien des égards notamment aux normes de comportement classiques. Il est notable que ce qui crève les yeux apparaisse comme illisible aux yeux des élites qui lui attribuent toutes sortes de mobiles simplistes et interprètent dans leurs schémas classiques une politique qu'ils ne voient pas. La référence aux schémas idéologiques anciens est symptomatique, faute de comprendre le Sens de ce qui se passe réellement. L'opposition s'oppose à son fantasme plus qu'à la réalité qui la fuit sans cesse. Elle essaie de se reconstruire sur des représentations manichéennes classiques pour tenter de sauver justement l'étatisme élitaire, protecteurs des faibles dit la légende. Plus conservatrice tu meurs! tout le monde le voit. Même Ségolène Royal (ENA) qui a tenté un moment de se démarquer de la doxa du parti s'est réfugiée dans la défense contre l'iconoclaste.
Qu'on ne s'y trompe pas les travaux d'Hercule de la réforme de l'Etat et sa "modernisation" "post modernisation" devrait-on dire sont engagés et même en bonne voie. Voyons le décalage qu'il y a entre ceux qui sont effectivement victimes de la crise (chômeurs) et ceux qui manifestent avec violence et qui n'en ont rien à craindre. Ils craignent plus Nicolas Sarkozy que la crise et ses victimes qu'ils exploitent.
L'homme de la situation n'est pas un fondateur il est seulement l'homme de la rupture qui prépare le terrain, pour les refondation à venir. En effet il n'en a ni la profondeur de vue ni la hauteur ni peut être les qualités de gouvernance. Son courage et les limites de ses capacités sont néanmoins à saluer.
A ceux qui veulent être les élites responsables de demain (sur d'autres modèles) d'éclairer la situation mais surtout d'entreprendre les chantiers de refondation en commençant par en éclairer aussi les enjeux et les contextes de la mutation du monde. Si on a besoin de lumières ce ne sont pas seulement celles classiques de la raison, insuffisantes, mais celles du Sens qui transcende les représentations, pour innover, en créer de nouvelles plus contingentes que sacrées.
Le thème de la rupture est intéressant à analyser. Sarkozy a voulu que les politiques reprennent un peu de pouvoir. Cela ne peut se faire que dans une mise en scène de la confrontation. Il fait un peu comme Alain Minc, il veut rappeler aux élites qu’ils ont aussi des devoirs. « Si vous voulez garder le pouvoir soyez en digne, sinon j’en appellerai au peuple ». C’est populiste, ce n’est pas révolutionnaire, mais ça secoue le cocotier. Pour que ce soit efficace il faut qu’il sur-joue en faisant croire qu’il n’est pas sur le cocotier ! D’où ces provocations. Cela ne lui déplait pas (cela correspond à sa personnalité)Mais il n’y a pas de volonté de remettre en question des privilèges . Il ne se situe pas en dehors du système. Il n’est pas iconoclaste parce qu’il cherche à placer le mieux possible sa propre icône . J’ai l’impression que vous vous faîtes piéger par ce que vous dénoncez. C’est à partir des pratiques que l’on doit analyser l’action d’un homme politique et non à partir de la représentation théâtrale(cette fois ci) qu’il nous donne et des représentations mentales qu’il essaie de nous inspirer.
Vous êtes aussi victime de votre idéologie(comme tout le monde) : « Voyons le décalage qu'il y a entre ceux qui sont effectivement victimes de la crise (chômeurs) et ceux qui manifestent avec violence et qui n'en ont rien à craindre. Ils craignent plus Nicolas Sarkozy que la crise et ses victimes qu'ils exploitent. » Sincèrement pouvez vous dire qu’un chercheur précaire jusqu’à 35 ans est un exploiteur ? Pouvez vous dire qu’un cheminot, un enseignant… sont des exploiteurs. Que vous considériez que la grève ne soit pas justifiée ou opportune certes mais de là à parler d’exploitation. Mais je partage le début de votre phrase.
Un slateur qui essaie de vous lire jusqu’au bout.
Cordialement.
Sincèrement pouvez vous penser que je puisse penser que les chercheurs, enseignants, etc. soient des exploiteurs au sens où vous l'entendez (sauf exceptions)? Mais que ces corporations aient "exploité la situation" ne fait aucun doute. Quant aux grèves il y a le problème des salariés victimes du chômage et des fonctionnaires qui n'ont aucun risque de ce type et qui ont formé le gros des bataillons. Certains parlent aussi des retraités amenés par cars entiers. Voilà de quoi je parle et je n'insinue aucunement ce que vous croyez pouvoir interpréter.
Pour le reste chacun peut avoir son opinion mais constats objectifs, analyses, ou discernement, bien que discutables ne sont pas des opinions. Difficile de discuter de sujets aussi importants sans que les règles soient dites, ce que l'échange permet d'établir progressivement. Mais ici il s'agit de commentaires et les échanges sont bien difficiles.
Pourtant comprendre la politique de Nicolas Sarkozy justifierait d'aller au-delà des apparences, de contextualiser historiquement et sur le plan de l'environnement actuel, de problématiser pour savoir ce qu'on veut éclairer ou du moins approfondir.
Justement les méthodes trop empreintes d'idéologie (jeu de représentations à priori) sont inefficaces autrement que pour situer par rapport à une référence existante comme vous le croyez être indépassable. "Il n’est pas iconoclaste parce qu’il cherche à placer le mieux possible sa propre icône".
Or si, c'est dépassable par le discernement des Sens. On peut interpréter les choses comme vous le dites mais on peut aussi discerner le Sens qui court derrière les apparences et propose de les interpréter autrement. Ca s'appelle l'intelligence symbolique.
Salutations d'en face (26)
concernant le mot "exploitent", mon interpellation a permis de préciser votre pensée et j'admets bien volontiers que j'aurais pu interpréter autrement vos écrits.
Pour le reste il me semble en toute modestie que j'essaie d'aller au delà des apparences .
Beaucoup de commentaires avec le mot élite c'est à dire : qui se distingue par de grandes qualités.
Il y a eu effectivement des élites Mr Pasteur,Mr Dassault, Mr Riboud et autres puis il y a eu les élites de naissance les filles ou fils: Dassault, Riboud, Parisot et autres qui dans le fond ont "gagné" leur place dans cette classe que par le bien né sans compter les politiques plus médiocres qu'élites, mais il est important de croire que l'on est quelqu'un même si dans bien des cas les compétences ne sont qu'une ombre, même le syndicalisme est touché,la famille Chérèque. Ne parlons pas des "grandes écoles" où la vie professionnelle des sortants est toute tracée même pour les plus médiocres. Les usurpateurs car bien souvent mis en place par des minorités soit votantes soit influentes.
La conséquence un pays qui se traîne, qui vie dans le passé, qui n'innove pas, qui parle de grandeur, qui oublie sa décadence qui a peur du lendemain, qui ne respecte pas les plus humbles.
La France a besoin d'une refondation pour cela il faut redonner au mot élite sa place: qui se distingue par de grandes qualités.
Il y a du travail pour quelques décennies.
Pour commencer: refuser de voter pour les médiocres de tout bord, pour cela imposer aux politiques que le bulletin blanc soit considéré comme un vote sanction, annuler toute élection dont le % est inférieur à 50%, des inscrits.Interdire plus de 3 mandatures.... Faire tourner les membres des conseils d'administration, mettre dans ses derniers,avec de réels droits, les représentants des actionnaires et des salariés....
Je suis certain que les idées ne manquent pas pour renouveler le droit à gérer notre pays , un moyen de redonner de l'enthousiasme à chacun pour relancer la "machine" France.
Vous dites "Interdire plus de trois mandatures..." Pourquoi trois ?
A partir du moment où le Président de la République ne peut se présenter que deux fois, il serait tout à fait normal qu'il en soit de même pour tous les autres élus.
Quittes à se faire réélire après être retournés quelques années à la vie civile, au cas où les électeurs les aient regrettés.
Cordialement.