Monde

La vie privée des dictateurs

Grégoire Fleurot, mis à jour le 22.03.2012 à 23 h 13

De Bachar al-Assad à Mouammar Kadhafi en passant par Kim Jong-il, panorama des petites habitudes et goûts personnels des dictateurs contemporains.

Mouammar Kadhafi le 12 janvier 1986, REUTERS

Mouammar Kadhafi le 12 janvier 1986, REUTERS

Le quotidien britannique The Guardian a publié mercredi 14 mars le contenu de plus de 3.000 messages datant de juin 2011 à début février 2012 récupérés sur la boîte mail du chef de l’Etat syrien Bachar al-Assad. Ces documents, qui semblent authentiques, offrent un aperçu inédit de la vie privée du dictateur, alors même que son pays connaît un mouvement de rébellion populaire sans précédent. On y apprend que le dictateur, qui mène une campagne de répression et de torture systématique des opposants, télécharge des chansons de Chris Brown et LFMAO sur iTunes et fait des blagues sur les réformes qu'il avait promises à son pays.

Les détails sur la vie privée de Bachar al-Assad viennent s’ajouter à une longue liste de petites habitudes de dictateurs qui ont été révélées au grand public ces dernières années, le plus souvent à la suite de leur chute et après la découverte de leurs luxueuses demeures et effets personnels. De véritables mines d’information qui permettent de dresser un panorama des goûts et des excentricités des tyrans de ce monde.

Le dictateur est un mélomane

Le dictateur est un passionné de musique, et plus particulièrement de tubes américains. Les emails de Bachar al-Assad révèlent une liste d’achat plutôt éclectique sur iTunes. Le chef d’Etat syrien sait se faire romantique quand il offre à sa femme Asma la chanson God Gave Me You de la star de la country Blake Shelton, beaucoup plus gangster avec Look At Me Now des rappeurs américains Cris Brown, Lil Wayne et Busta Rhymes ou connaisseur de pop britannique avec Bizarre Love Triangle de New Order ou une compilation des plus grands tubes de Cliff Richard.

Cliff Richard dont le Zimbabwéen Robert Mugabe est également un grand fan. Pourquoi un tel succès? Peut-être les dictateurs admirent-ils l’incroyable longévité de l’artiste, sur qui le temps ne semble pas avoir d’emprise. Mouammar Kadhafi a quant à lui réussi à faire venir son idole Lionel Richie à Tripoli en 2006 au cours d’une fête où il aurait demandé au lover américain un autographe. Le Serbe Slobodan Milosevic, plus old schoolaimait écouter My Way de Sinatra dans sa prison en attendant son procès pour génocide et crime contre l’humanité, tandis que le Philippin Ferdinand Marcos a tout tenté pour faire venir les Beatles, en tournée dans le pays, à une de ses réceptions. Leur refus a provoqué des émeutes.

Le dictateur est un poète

Certains dictateurs ne se contentent pas d’être de grands amateurs de musique et d’art, et se découvrent des talents de poète, avec des résultats souvent mitigés. Mouammar Kadhafi a publié Escapade en enfer, un recueil de nouvelles et d’essais décrit par un critique comme «un grumeau de vomi littéraire inégal et partiellement digéré», tandis que les romans de Saddam Hussein ont été traduits en anglais et en japonais. Kim Jong-il revendiquait la paternité de quelque 1.500 livres, ce qui en ferait l’auteur le plus prolifique au monde.

Le dictateur est un cinéphile

Les dictateurs essayent aussi de comprendre le monde extérieur et plus particulièrement la société américaine à travers les films hollywoodiens. Kim Jong-il, grand cinéphile, avait une collection personnelle de 15.000 films et réalisait ses propres images de propagande. Il appréciait particulièrement Rambo, James Bond, Vendredi 13 et les films d’action de Hong Kong.

Saddam Hussein adorait pour sa part les films d’espionnage comme Ennemi d’Etat avec Will Smith et Gene Hackman, qui nourrissaient sa paranoïa légendaire, et les trois films de la trilogie du Parrain, tandis que Mao Zedong admirait Bruce Lee. Bachar al-Assad est à la page des derniers blockbusters, et a commandé en novembre 2011 Harry Potter et les reliques de la mort – partie 2.

Le dictateur est un excentrique

La passion du dictateur Idi Amin Dada pour l’Ecosse, devenue célèbre avec le film Le Dernier roi d’Ecosse, allait jusqu’à l’obsession: il écoutait de la cornemuse à longueur de journée et a donné des noms de clans écossais à ses fils qui étaient habillés de tartans. Autre obsessionnel, le Tunisien Ben Ali qui vouait un véritable culte au chiffre sept et l’a imposé sur les timbres, les cartes d’identité et comme indicateur téléphonique du pays. En Irak, Saddam Hussein avait décoré son palace de peintures représentant «des vierges blondes menacées par des dragons et des trolls» et des «guerriers se battant contre des dragons».

Le dictateur a des goûts de chiottes

Parmi les dictateurs contemporains, Mouammar Kadhafi était sans doute un des plus excentriques, avec des tenues vestimentaires pour le moins décomplexées. Il avait offert à sa fille ce magnifique double canapé orné d’une sirène dorée à son effigie, de quoi faire passer le Président français Nicolas Sarkozy, surnommé par certains de ses adversaires le «président bling bling», pour un exemple de sobriété.

Sa chute et la fouille de ses nombreux palais et résidences ont été l’occasion de découvertes parfois surprenantes. Le leader libyen s’était fait plaisir avec un jet privé doté d’un lit double, d’un canapé, d’un lecteur de DVD mais aussi d’un jacuzzi et de douches. Le fils de Mouammar Kadhafi, Hannibal, était en train de se faire construire un somptueux bateau pouvant accueillir 3.500 invités et qui devait contenir un aquarium géant pour six requins, avec quatre biologistes à temps plein, avant de devoir prendre la fuite vers l’Algérie au moment de la chute du régime de son père.

La femme du dictateur a des goûts de luxe

Plusieurs profils se dessinent chez les femmes de dictateurs. La femme de Bachar al-Assad, Asma, correspond aux clichés traditionnels: adepte du shopping et grande dépensière, elle est une bonne cliente des bijouteries de luxe parisiennes et des boutiques de Chelsea et a récemment commandé un vase Ming d’une valeur de 2.650 Livres (3.192 euros) et des chaussures Louboutin. L’ex-femme du dictateur haïtien Jean-Claude «Baby Doc» Duvalier, Michèle Bennett, fit aménager une pièce complètement réfrigérée dans le palais présidentiel pour pouvoir porter ses manteaux de fourrure sous le climat tropical.

Autre profil, celui de la femme aussi avide de pouvoir et d’argent que son mari. Jiang Qing en Chine, Eva Peron en Argentine et Elena Ceausescu en Roumanie ont ainsi incarné le passage de la femme au foyer effacée à la femme de pouvoir. Leïla Trabelsi fait aussi partie de cette catégorie. L'épouse de Ben Ali avait recours à la sorcellerie et à la magie noire pour, pensait-elle, garder le contrôle sur son mari.

Le dictateur est un monstre avec les femmes

Si l’on met de côté la relation étrange qu’il entretenait avec Condoleeza Rice, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine dont il gardait un album photo et à qui il offrit en en 2008 pour 212.000 dollars de cadeaux, la relation de Kadhafi avec les femmes passait souvent du bizarre au sinistre. Il avait fait construire un repaire sous-terrain sous la plus grande université de Tripoli avec un lit, un jacuzzi et une salle d’opération équipée de matériel de gynécologie. Ses «amazones», formées à l’académie militaire féminine qu’il a fondée et qui le suivaient dans tous ses déplacements, ont accusé le dictateur libyen et son entourage de viol.

Grégoire Fleurot

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Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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