Culture

Plaidoyer pour Patrick Poivre d’Académicien

Jean-Marc Proust, mis à jour le 26.04.2012 à 17 h 06

PPDA ne sera pas immortel. Pourtant, notre meilleur romancier télévisuel méritait incontestablement cette distinction.

PPDA en 2010. Charles Platiau / Reuters

PPDA en 2010. Charles Platiau / Reuters

La nouvelle est tombée le 26 avril 2012 sur le site du Parisien: Patrick Poivre d’Arvor n’a pas été élu à l’Académie française. Il se présentait au fauteuil 40 des Immortels, laissé vacant par le décès de Pierre-Jean Rémy, décédé en 2010. Il n’a obtenu que trois voix. Une nouvelle élection devra avoir lieu, précise le site, car aucun candidat n’a obtenu le nombre de suffrages suffisants. Trois voix.

Bien sûr, l’annonce de la candidature de Patrick Poivre d’Arvor au fauteuil 40 de l’Académie française avait fait ricaner les jaloux et persifler les envieux. Pourtant réputé pour la pertinence de ses critiques littéraires, le magazine littéraire Voici s’échauffa: et pourquoi pas «Loana à la Villa Médicis?»

 

Tout cela est bien mesquin.

Oui: PPDA méritait amplement de s’installer dans les accoudoirs de Pierre-Jean. En vérité, son talent est grand et ses moqueurs petits. Plaidoyer en acrostiche (écrit avant la tragique nouvelle, bien sûr).

P comme plagiat

Extirpons le mal à la racine. Il est de bon ton de se moquer de la biographie d’Hemingway pour laquelle, selon Jérôme Dupuis (L’Express aurait dû licencier ce perfide), PPDA aurait repris quelque 100 pages dans une biographie écrite par Peter Griffin. Bon prince, PPDA s’en est expliqué, confessant:

«Trois erreurs: écrivant à la main, je fais taper par l'éditeur et cette suite d'aller-retour peut entraîner quelques problèmes d'inversion de fichiers. [...] Deux, j'ai validé le bon à tirer téléphoniquement. [...] Troisième faute, j'ai dédicacé des livres sans les relire.» [1]

C’est pas trognon, ça? Trois erreurs de rien du tout, c’est faire bien d’honneur à ce jaloux de Griffin inconnu. Toute faute avouée est déjà à moitié pardonnée. En plus, Hemingway, cet alcoolo amateur de corridas et de carcasses de poisson, ON S’EN FOUT.

A tous ces médiocres, PPDA apportera la meilleure réponse possible: il plagiera son propre discours de récipiendaire.

O comme œuvre

Elle est immense. C’est évidemment un handicap car l’Académie ignore plus souvent le talent qu’elle ne l’accueille. Il y a eu un Balzac sous la Coupole, manque de bol, ce n’est pas le bon. Et on y trouve des tas de gens sympathiques dont, parfois, quelqu’un de talentueux. Autant dire que si Flaubert (<3 <3 <3) n’en fut pas, c’était pour de bonnes raisons.

Rassurons les futurs votants. L’œuvre de PPDA est immense en quantité: 60 titres. Et elle se vend bien. Il faut le dire car les best-sellers, c’est un atout, l’Académie ayant fort besoin de prestige,

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de people

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et de glamour

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pour redorer son blason [2]. Sur les livres de PDDA, mieux vaut s’en remettre à Pierre Desproges. Critique littéraire à France Inter, il avait salué la pureté virginale des Enfants de l’aube (1982):

«Les Enfants de l'aube nous conte l'histoire d'un adolescent leucémique qui rencontre dans un hôpital leucémique une jeune Anglaise leucémique. Dans un style leucémique également, l'auteur nous conte la passion brûlante et désespérée de ces deux êtres fragiles mais tremblants d'amour qui vont vers leur destin, la main dans la main et la zigounette dans le pilou-pilou.»

Que reste-t-il aujourd’hui de ces «203 pages exactement, de romantisme décapant pour le prix d'un kilo de débouche-évier»? Rien. Et c’est parfait pour entrer à l’Académie.

I comme Immortel

Il est donc peu probable de voir un jour les œuvres de PPDA dans le Lagarde et Michard et tout sera, o tempora o mores, bien vite oublié. Mais là sera sa postérité, sa grandeur d’Académicien, celle que souligna Rostand dans Cyrano de Bergerac:

«Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…

Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau!»

Ce qui pourrait arriver de mieux à PPDA, c’est de devenir comme Caumartin un inconnu célèbre pour sa station de métro.

V comme Vu à la télé

Sans doute le chef d’œuvre de PPDA, l’interview de Fidel Castro lui vaudra la reconnaissance de toute une génération. Ce jour-là, il crée mieux qu’un genre: une école. Désormais, les reportages bidonnés sont l’honneur de la profession (et leur dénonciation un jeu prisé).

Avec un sens de la dérision qui lui fait honneur, le Petit journal dénonce ainsi les reportages bidonnés de TF1 pour mieux en réaliser à son tour, ce que dénonce l’Acrimed. L’art et la critique d’art à la fois: PPDA était à l’avant-garde, le voici devenu un classique. Osons le mot: un académique.


PPDA l'escroc démasqué par Pierre Carles par patria_o_muerte

R comme Repose en paix

Né en 1947, PPDA peut envisager d’être encore immortel vingt ou trente ans. Il sera alors parfaitement chenu, répondant à la promesse de  Bernanos: «Quand je n'aurai plus qu'une paire de fesses pour penser, j'irais l'asseoir à l'Académie.» C’est une loi de la physique générale: tout académicien doit atteindre l’état de Bouddha, coma semi-liquide où l’on tutoie les astres.

Ex-jeune giscardien, PPDA pourra même s’asseoir tout près de son amour de jeunesse (fauteuil n°16) et finir vieux giscardien. Une consécration.

E comme écran (petit)

JT de TF1 et PPD des Guignols de l’info: du vrai OLD. Comme la télé est désormais un dinosaure, il est temps de l’inviter 23, quai de Conti (Academic Park). D’ailleurs, PPDA ne sera pas la première vedette cathodique: avec Cousteau, l’Académie avait déjà touché le fond.

D comme d’Arvor

Ce pseudo est sans doute le critère décisif. En ajoutant d’Arvor à son nom Poivre (idée reprise à son grand-père maternel. C’est joli d’Arvor, ça bretonne. Et puis, compte tenu de sa calvitie, mieux valait éviter «Hessel» par exemple), notre candidat sait qu’il vise haut. Car le pseudo en habit vert, ce n’est pas boncoup75 ou chaudedu39 mais plutôt Voltaire (François-Marie Arouet), Daniel-Rops (Henri Petiot) ou Zourachbivili (Hélène Carrère d’Encausse) sans oublier le prédécesseur de PPDA, Pierre-Jean Rémy (de son vrai nom Jean-Pierre Angremy). Masques et bergamasques, l’académicien est bien fantasque.

A comme Alopécie

Implants? Moumoute? Patrick, ta mèche est ton talon d’Achille. Regarde crânement la vérité: il est temps, cher Poivre, de te réconcilier avec tes cheveux enfuis (et crois-moi, je m’y connais). A l’Académie, tu trouveras des femmes, des chevelus, des bien dégarnis et de vrais chauves. Ton discours de récipiendaire pourrait être celui d’un coming out alopécique, avec des hommages à Charles le Chauve, Yul Brynner et au Dalaï Lama. Ou à ton frère Olivier?

R comme (quarantième) Rugissant

Viserais-tu l’habit vert galant? A l’Académie, la concurrence est rude. Avec 5 femmes pour 35 hommes, le 5 à 7 ressemble à 1/7e. Mais tu devrais t’en sortir honorablement. Pour écrire peut-être un nouveau chef d’œuvre? Fragments d’une mamie perdue, ce serait bien.

On imagine déjà le retour d’Alexis, «journaliste académicien écrivain, au beau corps d’octogénaire, séducteur, podagre, aux yeux de chien battus et au sonotone mordoré. Comment eût-elle résisté à la vigueur de son épée?»).

Attention cependant à ne pas dépasser les Bornes en copiant tout sur Danièle ou Simone [3] qui sont pas commodes.

V comme Vite (plus)

A peine un tome par décennie! La rédaction du dictionnaire de l’Académie traîne en longueur… Et le dernier tome de la 9e édition, de «maquereau» à «quotité», vient de paraître (avec le mot «plagiat», dommage). Autant dire que beaucoup d’immortels ne verront pas le tome 4 de leur vivant. Sauf si PDDA s’en chargeait en plagiant le Robert, le Larousse ou, mieux, Wikipedia. En quelques jours, ce serait torché.

O comme On Oublie

Chapitre marginal que cette condamnation à quinze mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende (30.000 euros, une misère) dans l’affaire Botton! Mis à part que le choix des billets d’avion et des hôtels témoigne d’un goût très sûr (Venise, c’est une tentation littéraire bien connue), on oubliera cette histoire avec le mépris de Margaret Mitchell: Botton en emporte le vent.

R comme Respect

Le 41e fauteuil? L’expression est d’Arsène Houssaye, qui en fit un livre: comme l’Académie ne compte que 40 fauteuils, le 41e  est celui des auteurs qui n’y sont jamais entrés, faute de s’y présenter ou d’y être élus. La liste des 41 est bourrée d’exclus prestigieux: Baudelaire, Beaumarchais, Diderot, Flaubert (<3 <3 <3) Gide, Mallarmé, Maupassant, Péguy, Proust, Stendhal, Verlaine, Zola... Il faut donc en sortir PPDA au plus vite.

Jean-Marc Proust

Article mis à jour le 26/04/12 avec l'annonce selon laquelle PPDA n'a pas été élu.

1 • Nous pompons ce passage sur Wikipedia, bien sûr. Retourner à l'article

2 • Par ordre d’apparition: Joseph Joffre, Philippe Pétain, Marcel Prévost. Tous les immortels sont ici. Retourner à l'article

3 • Sallenave et Veil. Retourner à l'article

Jean-Marc Proust
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Journaliste
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