France

Militaires tués à Montauban: quelle était l'arme utilisée? Que font les régiments des victimes?

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot, mis à jour le 16.03.2012 à 20 h 50

Arme utilisée, mode opératoire, victimes... Tour d’horizon de ce que l’on sait des affaires de Montauban et de Toulouse et de leur contexte en quelques questions clés.

Sur la scène de l'attaque contre trois militaires à Montauban le 15 mars 2012, ERIC CABANIS / AFP

Sur la scène de l'attaque contre trois militaires à Montauban le 15 mars 2012, ERIC CABANIS / AFP

L'attaque contre trois militaires à Montauban jeudi 15 mars et le meurtre d’un autre soldat à Toulouse quatre jours plus tôt sont liés. C’est ce qu’a annoncé le procureur de Toulouse vendredi 16 mars pour expliquer la décision de dessaisir le tribunal de Montauban et de regrouper les deux procédures à Toulouse: 

 «Le lien a été fait de façon certaine entre les deux événements de Toulouse et de Montauban. Il est possible de dire que la balle tirée à Toulouse et les balles tirées à Montauban proviennent d'une seule et même arme.»

Tour d’horizon de ce que l’on sait de ces deux drames et de leur contexte en quelques questions clés.

Qui sont les victimes?

Quatre militaires, trois morts et un blessé. Tous les quatre visés à la tête. A Toulouse, le sous-officier Imad Ibn-Ziaten, 30 ans et habillé en civil, a été tué dimanche 11 mars. A Montauban, les trois militaires visés étaient en uniforme: le soldat de première classe de 26 ans Mohamed Legouad et le caporal de 24 ans Abel Chenoulf ont été tués; le caporal Loïc Lieber, 28 ans, qui a tenté sans succès de se mettre à l’abri, est hospitalisé à Toulouse. La compagne de l’un d’eux est enceinte de sept mois, a indiqué Brigitte Barèges, la maire de Montauban. Les enquêteurs ont relevé que trois victimes sont d’origine maghrébine, la quatrième antillaise, et un haut responsable policier a dit au Monde ne pas croire «aux coïncidences».

Que font exactement les régiments auxquels appartenaient les militaires?

Les trois militaires pris pour cible à Montauban appartenaient au 17e régiment du génie parachutiste (RGP), implanté dans cette ville depuis 1974 et qui compte environ 1.000 hommes. Créé en Afrique du nord en 1946, le régiment a notamment participé aux guerres d’Algérie, d'Indochine, de Corée ainsi qu’aux actions de Suez et de Bizerte.

Plus récemment, ils ont été mobilisés au Tchad, au Liban et en Afghanistan. Des hommes du régiment ont été déployés récemment en Afghanistan, dont ne faisaient pas partie les victimes. 150 d’entre eux sont rentrés de ce pays en novembre 2011.

Seul régiment du génie chez les parachutistes, l’unité est spécialisée dans le déminage et la dépollution, mais ses membres sont également des experts en explosifs qui sont capables de miner un terrain eux aussi et de fabriquer des engins explosifs plus ou moins artisanaux.

Le militaire abattu dans des conditions similaires à Toulouse le dimanche 11 mars était un sous-officier du Train parachutiste de Francazal, une unité spécialisée dans l'aérotransport, l'aéroportage et l'aérolargage. En d’autres termes, ce régiment s’occupe de la logistique nécessaire pour le transport des hommes et du matériel dans les airs. Quand ils partent en Afghanistan, le matériel des hommes du 17e RGP est donc empaqueté par le 1er régiment du train parachutiste.  

Quelle est l’arme utilisée pour les meurtres?

La même arme a été utilisée pour tuer les militaires à Toulouse et Montauban. Un pistolet automatique de calibre 11.43 («11.43» désigne la taille des munitions, de 11,43 millimètres donc, un peu plus grand qu’un centimètre de diamètre).

C’est un gros calibre, utilisé au départ dans le Colt 45, un pistolet automatique adopté par l’armée américaine en 1911. Depuis, d’autres constructeurs que Colt fabriquent des modèles d’armes avec ce type de munition.

Comme c’est un gros calibre, il a une onde de choc (une force de frappe) importante, mais pas une très bonne pénétration, contrairement aux petits calibres, explique un expert en ballistique. Le meurtrier a tiré à bout portant, soit une distance en théorie suffisamment réduite pour que la force de frappe compense la largeur de la balle et que celle-ci pénètre dans le crâne de ses victimes.

C’est un calibre passé de mode, plus utilisé depuis longtemps par l’armée (qui dès la Seconde Guerre mondiale se servait plutôt de 7.65, les armes de guerre étant aujourd’hui de calibre 5.56) ou la police (aujourd’hui équipée de 9 millimètres). Une arme utilisée notamment dans le milieu du banditisme.

Le tueur a vidé plusieurs chargeurs, et a laissé des douilles et un chargeur sur la scène du crime à Montauban, que les enquêteurs examinent maintenant dans l’espoir de trouver des empreintes ou des traces ADN.

Quel a été le mode opératoire?

Les quatre soldats ont été visés selon le même mode opératoire: le tueur est descendu de son scooter, s’est approché pour les viser à la tête et a tiré à bout portant. A bout portant, c’est-à-dire à une distance de 20 cm à 30 cm environ, alors que pour un tir à bout touchant son arme aurait littéralement touché le crâne de ses victimes.

Le Monde fait le récit suivant de l’attaque contre les trois militaires à Montauban

«Un homme, posté à proximité sur un scooter puissant, s'est alors approché du groupe. Le visage dissimulé sous un casque noir à visière, armé d'un pistolet automatique de calibre 11,43, il a tiré à bout portant dans la tête du soldat de première classe Mohamed Legouad, 26 ans, et du caporal Abel Chenoulf, 24 ans. Le caporal Loïc Lieber, 28 ans, a tenté de se mettre à l'abri, et, à quelque distance du distributeur, il a été lui aussi froidement visé au crâne. […]

Le tueur, décrit comme un homme de petite taille, a agi avec un grand calme. Après avoir vidé un chargeur, abandonné sur place, il en a introduit un autre dans son arme. Selon des témoins, il aurait également écarté une vieille dame avant de tirer sur les militaires.»

Impossible de dire d’après ces éléments s’il s’agissait d’un tireur «expérimenté» ou d’un tireur «lambda». Il pourrait très bien s’agir aussi d’un déséquilibré. Anders Breivik avait été décrit comme «calme» au moment de son acte par des témoins qui ont survécu à la tuerie d’Utoya en Norvège.

De quoi meurent les militaires?

Les militaires ont un taux de mortalité bien inférieur à celui de la population civile. D’après le dernier rapport du Haut Comité d'évaluation de la condition militaire, les trois premières causes de mortalité dans les armées sont les maladies, les accidents de la voie publique et les suicides.

Le dernier militaire assassiné en uniforme dans l’espace public était René Audran, tué par des membres d’Action directe en 1985 alors qu’il rentrait chez lui.

Comme l’explique ce reportage de France 2 (Antenne 2 à l’époque), ce haut fonctionnaire au ministère de la Défense a été également tué à bout portant avec des balles de calibre 11.43, deux dans la tête, six dans le corps.

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot

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