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Christine Lagarde, ministre de l'optimisme

François Hollande, mis à jour le 13.05.2009 à 22 h 18

Christine Lagarde. Andrew Winning / Reuters

Christine Lagarde. Andrew Winning / Reuters

Christine Lagarde a bien du mérite. Quoi qu'il se produise dans le monde, quoi qu'il advienne en France, rien ne l'atteint. Car telle est sa mission: faire profession de bonne humeur. Nicolas Sarkozy l'a nommée à cette fin. Son rôle: nier l'évidence, et assener la confiance. Alors elle s'y plie, avec une ardeur désarmante qui transforme le noir en blanc, l'ombre en lumière, et le drame en comédie.

La crise des subprimes éclate à l'été 2007: rien à craindre. Le nuage toxique des produits dérivés ne touchera pas l'Europe et encore moins la France, protégée qu'elle est par la nouvelle présidence de Nicolas Sarkozy.

La croissance fléchit au début de l'année 2008! Allons donc, un simple accès de faiblesse, le remontant du paquet fiscal aura tôt fait de mettre l'économie française sur ses rails.

Août 2008, la récession pointe! C'est l'Insee qui l'annonce. Que nenni! répond notre indémontable ministre. Les fondamentaux de l'économie française sont bons, et la Loi de finances pour 2009 peut sans risque afficher un objectif de croissance supérieur à 1%. Elle nous l'affirme, pour une fois, sans rire.

Arrive l'automne noir, les catastrophes s'accumulent. Le système bancaire craque. Christine Lagarde est encore là avec son sourire dont on ne sait s'il traduit une naïveté ou une ironie: tout est sous contrôle. Le pire est derrière nous, et la voilà prophète. Le plus gros de la crise est passé, l'horizon s'éclaircit, le bout du tunnel arrive, Christine Lagarde veut y croire. Elle n'y voit plus, mais elle sait où elle va. Elle est perdue, mais sur le bon chemin. Et haro sur les oiseaux de malheurs de l'opposition qui parlent d'une récession supérieure à 3%.

Et pourtant, quelques mois plus tard, c'est bien le chiffre officiel qu'indique le gouvernement. Rien de grave, nous dit la boutefeu, la chasseuse de pessimisme, l'enjouée des statistiques. C'est plus terrible ailleurs nous dit-elle, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre. Là-bas, c'est le drame, la tragédie. Ici, un oasis. Rendez-vous compte: le nombre de chômeurs progresse de plus de 60.000 par mois, la production industrielle recule, la consommation se rétracte. Pas de quoi s'affoler nous, dit la vestale de Bercy.

Et voilà que l'OCDE nous annonce pour l'année 2010 un déficit public supérieur à 8% du PIB et un endettement des administrations publiques qui pourrait atteindre plus de 80% de la richesse nationale avant 2011. Pas de quoi faire ciller d'inquiétude notre grande argentière sans argent. Il n'y aura pas d'impôts en plus, pas d'avantage de cotisation et ne lui parlez pas de la CSG ou de la TVA sociale. Non. Nos comptes publics se rééquilibreront tout seuls, d'un bond, mécaniquement dès lors que la croissance aura retrouvé son rythme fracassant de 2% l'an. Un miracle!

Brave Madame Lagarde. Elle voudrait nous rassurer, nous cajoler, nous cacher notre misère ou plus exactement celle de sa gestion. Et à force de paroles aussi creuses que les brèches de son budget, de prévisions aussi fumeuses que les promesses de son chef, elle voudrait rétablir la confiance avec ce que les Britanniques appellent le «wishful thinking» qui consiste à affirmer ce que l'on voudrait faire croire aux autres, peut-être en y adhérant soi-même, et qui relève tout simplement de la méthode coué. Drôle de jeu que celui de Madame Lagarde.

Préposée aux bonnes nouvelles en période de crise, confinée à la publication de communiqués victorieux, sans rapport avec la réalité de nos déboires quotidiens, assignée à convaincre nos partenaires en Europe et dans le monde que la France est la terre de résistance à la crise, le centre d'un nouveau capitalisme, la matrice d'une stratégie de relance exemplaire. Elle imagine faire de la communication, et la voilà propagandiste: tant de bonne volonté au service d'une si mauvaise cause. Elle croit que l'économie, ce sont des mots, des paroles, de la psychologie, et qu'il suffit de dire que tout va bien pour que le ciel, par miracle, s'éclaircisse. Comme si la météo obéissait à Madame soleil.

Elle-même s'attache avec constance, abnégation, dévouement. Sans rechigner, au point même de mettre un béret sur la tête dans une émission de la télévision américaine, et avec un maniement parfait de la langue anglaise pour montrer combien la France a changé avec Nicolas Sarkozy et combien elle est prête à adopter la langue de Shakespeare pour convaincre les Anglo-saxons que, désormais, leur modèle est le nôtre.

Alors, en ce moment si difficile pour les Français, j'aurais mauvaise grâce à accabler Madame Lagarde. Il en faut au moins une dans notre pays qui pense sincèrement que la politique économique actuelle est la bonne.

Nicolas Sarkozy lui doit bien une promotion. A Bruxelles, elle sera libérée de ce rôle ingrat de «Madame tout va bien» et nul doute qu'un jour elle sera, à la commission européenne, appelée dans quelques mois à sanctionner la France pour déficits excessifs. Et elle le fera avec le même zèle qu'aujourd'hui.

François Hollande

Image de une: Christine Lagarde. Andrew Winning / Reuters

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