Partager cet article

La Formule 1 et le paradoxe français

Mark Webber lors d'une séance de qualification lors du GP d'Australie, le 16 mars 2012. REUTERS/Mark Horsburgh

Mark Webber lors d'une séance de qualification lors du GP d'Australie, le 16 mars 2012. REUTERS/Mark Horsburgh

Retour de trois Français sur la grille de départ, possible retour d'un GP de France en 2013, Renault toujours aux avant-postes... Mais toute la France n'aime pas le sport auto.

Comme en Australie, les deux McLaren partiront de la première lignedu Grand Prix de Malaisie, 2e manche du Championnat du monde de Formule 1, dimanche 25 marssur le circuit de Sepang, et l'ordre sera le même: Lewis Hamilton devant Jenson Button. Romain Grosjean, premier pilote français sur la grille, sera en sixième position au départ sur sa Lotus.

***

Si le circuit de l’Albert Park à Melbourne est loin d’être le plus ébouriffant de la saison, ce premier Grand Prix de l’année permettra de voir où en sont vraiment les écuries après la période des essais hivernaux qui ne lèvent pas toujours le voile sur les événements à venir.

Sacré champion du monde en 2010 et 2011, Sebastian Vettel reste favori pour se succéder à lui-même. Dans le sillage de Juan-Manuel Fangio et Michael Schumacher, l’Allemand, âgé de 24 ans, espère devenir le troisième champion de l’histoire à triompher trois années de suite lors d’une saison qui verra —c’est du jamais vu— six anciens champions du monde sur la grille de départ, soit le quart du total des engagés: Sebastian Vettel, Lewis Hamilton, Fernando Alonso, Jenson Button, Michael Schumacher et Kimi Räikkönen de retour en F1 après un passage en rallye.

D’un point de vue hexagonal, l’événement de ce Grand Prix d’Australie sera constitué par la présence de trois Français sur la ligne de départ d’un championnat du monde alors qu’il n’y en avait pas eu un seul en lice en 2010 et 2011.

Trois Français sur la ligne de départ

En effet, pour la première fois depuis le Grand Prix du Brésil en 1999, quand Jean Alesi, Olivier Panis et Stéphane Sarrazin s’étaient élancés à Sao Paulo, le sport automobile français aura trois pilotes pour le représenter: Romain Grosjean, 25 ans, Charles Pic, 22 ans et Jean-Eric Vergne, 22 ans (Jules Bianchi, 22 ans, en réserve chez Ferrari et Force India, pourrait faire son apparition en cours de saison ici ou là en fonction des événements).

Aperçu lors de sept courses en 2009, Grosjean courra pour Lotus aux côtés de Räikkönen. Pic pilotera une Marussia (ex Virgin) et Vergne conduira une Toro Rosso, propriété et antichambre de Red Bull, écurie avec laquelle Sebastian Vettel s’était fait les dents et avait remporté le premier Grand Prix de sa carrière, à Monza en 2008.

Pour le sport automobile français, c’est naturellement une grande nouvelle même si quantité ne rimera probablement pas avec victoire. Les trois écuries en question ne sont pas les plus en vue du plateau et ne seront pas en mesure de venir contrarier l’hégémonie de Red Bull, McLaren ou Ferrari.

Le dernier Français à avoir triomphé en F1 reste Olivier Panis au Grand Prix de Monaco en 1996 et il devrait le demeurer en novembre prochain quand se bouclera cette saison 2012. Une place sur le podium pour l’un des trois serait déjà un premier résultat significatif.

Une anomalie française due au manque d'argent

Ce retour en force est au moins la fin d’une anomalie dans un sport où, après tout, la France continue de tenir le haut du pavé par le biais de Renault, motoriste de quatre (contre trois pour Mercedes) des 12 écuries de F1, à commencer par Red Bull, championne du monde en titre.

Même s’il est évidemment loin le temps où, pêle-mêle, Alain Prost, quatre fois champion du monde, René Arnoux, Jean-Pierre Jabouille, Jacques Laffite, Jean Alési, Patrick Tambay sans oublier le défunt Didier Pironi occupaient les premiers rangs de la discipline au volant, parfois, d’écuries françaises comme Renault ou Ligier.

Comme il devient aussi de plus en plus nostalgique le souvenir de l’époque du Grand Prix de France, rayé du calendrier en 2008 et resté au stade de fiction depuis que le circuit de Magny-Cours, perdu dans la campagne nivernaise, a été jugé indigne de recevoir Bernie Ecclestone et son grand cirque de la F1.

Comment expliquer cette débandade de la discipline reine du sport automobile dans un pays qui peut s’enorgueillir néanmoins d’avoir un Sébastien Loeb dominateur jusqu’à l’outrance en rallye? Le manque d’argent en est la première (et la principale) raison.

Pour constituer une écurie purement française comme dans le passé, des fonds colossaux sont nécessaires à l’instar de ceux du milliardaire autrichien, Dietrich Mateschitz, fondateur de Red Bull, qui s’est payé sa marotte à prix d’or pour valoriser sa marque à travers le monde. Pour valider son ticket d’entrée en tant que jeune pilote, le seul talent ne suffit plus non plus dans la majorité des cas.

Même si la F1 tente de diminuer ses budgets avec un plafond à 200 millions d’euros, ils restent encore trop importants. Cela rend donc les équipes les plus petites dépendantes de financements extérieurs. L’un des moyens est de trouver un pilote apportant des fonds. Les espoirs doivent donc arriver les poches pleines des aides fournies par des mécènes qui garantissent à leurs écuries un bon niveau de trésorerie.

Un nouvel amour français pour la F1?

Au-delà de leur talent, nos trois jeunes Français, Grosjean, Pic et Vergne, ont su générer la confiance et l’attrait d’investisseurs. Grosjean a l’appui de Genii Capital, propriétaire de Lotus, et de Total. Pic est soutenu par le groupe Lagardère, nostalgique de l’épopée Matra dans les années 1960, et Total. Vergne est un produit de la filière Red Bull et doit beaucoup à Renault.

Ce renversement de tendances, après des années de morosité pour les téléspectateurs français, va peut-être réussir aussi à tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la France n’aimerait plus le sport automobile et la F1. Jugée trop polluante, même si elle s’apprête à prendre un virage important en 2014 en devenant plus verte (nous y reviendrons bientôt), cataloguée comme inutile alors qu’elle a des impacts sur la voiture de série (nous y reviendrons aussi), la F1 est la cible fréquente de lobbies, écologistes de gauche comme de droite, qui ne veulent pas ou plus d’un Grand Prix en France.

La présidentielle et la F1

C’est le paradoxe de la situation: les politiques se lamentent dès lors que les marques françaises ne vendent plus assez de voitures à l’international, mais se pincent le nez lorsque est évoquée l’organisation d’une course telle que le Grand Prix de France, capable de drainer 100.000 spectateurs et de célébrer un savoir-faire comme celui de Renault. Comme si la France oubliait ce qu’elle a apporté et ce qu’elle doit à l’automobile.

Heureusement, tout n’est pas perdu. Après l’échec de la création d’un circuit à Flins, en région parisienne, il n’est pas exclu de revoir un Grand Prix en France dès 2013 par le biais d’une alternance avec le Grand Prix de Belgique déficitaire. Le circuit du Castellet, dans le Var, serait alors l’objet d’un toilettage afin d’accueillir les bolides.

Le gouvernement de François Fillon —un fan de sport automobile–, n’a cessé de réitérer son intérêt auprès de Bernie Ecclestone, dont on connaît le vorace appétit financier (il réclamerait une vingtaine de millions d’euros pour l’accueil d’une telle compétition). Mais il reste à connaître l’évolution politique du pays dans les semaines à venir.

En cas d’élection de François Hollande, soutenu par Europe Ecologie, il est possible que certains ennemis du sport automobile jugent à nouveau ce projet inconciliable avec l’environnement et la rigueur budgétaire du moment.

Ce qu’Alain Prost appelle volontiers les autophobes français. Dans ce cas-là, Romain Grosjean, Charles Pic et Jean-Eric Vergne pourraient ne jamais rouler en France à bord d’une F1…

Yannick Cochennec

GP d'Australie, TF1, DIMANCHE À 6H45.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte