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Eric Abidal: questions autour d’une greffe de foie

Jean-Yves Nau, mis à jour le 28.09.2013 à 13 h 31

Le défenseur de l'équipe de France et du FC Barcelone devrait bientôt subir une greffe de foie. Sa situation est-elle exceptionnelle?

Eric Abidal, au stade Bernabeu de Madrid, le 18 janvier 2012. REUTERS

Eric Abidal, au stade Bernabeu de Madrid, le 18 janvier 2012. REUTERS

Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l'équipe de France et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui en attente d'une greffe de foie. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011– pour une «tumeur au foie». Les services médicaux du Barça ont fait savoir qu’Abidal devrait bénéficier d’une greffe de foie «dans les prochaines semaines». Eric Abidal pourrait, selon RMC Sport, se faire opérer à Barcelone (même si Paris est également évoqué).

«Il rejouera après», a déclaré à l'AFP le Pr. Jean-Daniel Chiche, responsable du Pôle réanimation de l'Hôpital Cochin à Paris. Le Pr Chiche est préside également une fondation médicale soutenant les activités de réanimation médicale dont Abidal est un des ambassadeurs. «C'était une des options envisagées il y a un an. Il est prêt à se battre et il va se battre. Il rejouera au football, c'est son projet», assure le Pr Chiche.

«Si on pose la question de sa participation à l'Euro 2012, c'est peu vraisemblable, ajoute le médecin. Aujourd'hui, le plus important, c'est la santé d'Eric. Pour un athlète de haut niveau, l'indisponibilité est très difficile à établir car ses capacités de récupération sont bien au-delà de la moyenne.»

La transplantation hépatique est envisagée par un comité de médecins et de chirurgiens spécialisés lorsque qu’un malade est situation d’«insuffisance hépatique terminale»: lorsque son foie ne parvient plus à assurer les multiples fonctions qui sont les siennes.

Cette situation peur survenir sur un mode aigu (hépatite aiguë ou fulminante). C’est alors une urgence. Elle peut aussi apparaître lors de l’évolution d’une maladie chronique conduisant à l’apparition progressive d’une cirrhose dont la cause peut être diverses origines (malformations, affections cancéreuse, infections, maladie alcoolique, etc).

Dans le cas d’Eric Abidal, cette transplantation hépatique est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente.

La situation du joueur est-elle donc exceptionnelle?

En 2010, environ 2.400 personnes étaient en attente d’une greffe de foie. Près de 1.100 patients ont reçu un organe. Dans le même temps, on a pratiqué 2.900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11.600 personnes.

Existe-t-il une pénurie de donneurs?

Tout dépend de quel organe on parle. La pénurie de greffons concerne pour l’essentiel le rein. Un phénomène qui va croissant du fait du vieillissement de la population (il n’est plus exceptionnel aujourd’hui de greffer un rein chez des sujets âgés de plus de 70 ans). C’est ainsi qu’il existe en France près de 14.000 personnes inscrites sur une liste d’attente et que le nombre de greffons disponibles n’est pas suffisant.

La situation est notablement différente pour ce qui est du foie. D’abord parce que l’information n’a pas encore pleinement circulé sur les nouvelles indications de cette thérapeutique qui peut, par exemple, bénéficier à des personnes souffrant d’une maladie alcoolique.

Ensuite parce que cette greffe ne peut être bénéfique que si elle est pratiquée dans un délai très particulier. Soit en extrême urgence (dans le cas des hépatites aiguës) soit à un moment bien précis (ni trop tard ni trop tôt) en cas de maladies d’évolution chronique. Les médecins spécialisés ont sur ce thème développé un «score» qui permet de déterminer la période la plus propice pour cette intervention.

L’attribution des greffons hépatiques selon un score a débuté en mars 2007. Ce système prend en compte à la fois des logiques d’accès à la greffe adaptées à la maladie initiale (indicateur dit «MELD» pour les cirrhoses, complété de la prise en compte de la durée d’attente pour les autres maladies), et les aspects logistiques (distance entre le lieu de prélèvement et le lieu de greffe).

Une attente de 4,7 mois

Ainsi, s’il n’y a pas de malade prioritaire dans le cadre des super-urgences, tout greffon hépatique prélevé sur le territoire national est proposé au malade ayant le score le plus élevé en France.

L’indicateur MELD (Mayo End Stage Liver Disease) permet d’identifier à la fois les malades les plus exposés au risque de décès en attente de greffe de foie et les malades dont l’état ne justifie pas encore de prendre le risque du geste chirurgical majeur et de l’immunosuppression que représente la greffe de foie.

Si l’on exclut les malades inscrits en super urgence (SU) et les greffes issues de donneurs vivants apparentés, la durée médiane de séjour en liste d'attente avant greffe hépatique est de 4,7 mois.

Tout comme pour le rein, le don d’organe par un membre vivant de la famille est possible. Le donneur, volontaire et bénévole, offre un lobe de son organe hépatique.

Les lois françaises de bioéthique ont progressivement élargi le nombre des personnes pouvant se porter donneurs volontaires de leur vivant. On est ainsi passé des parents les plus proches à un cercle nettement plus large. La loi de 2011 autorise en substance le don par un membre vivant à toute personne pouvant établir l’existence d’un lien affectif avec la personne malade.

Mais cette pratique est encore peu développée et concerne essentiellement des adultes qui se portent volontaires pour permettre de greffer de très jeunes enfants souffrant d’une malformation congénitale, l’«atrésie des voies biliaires». Le reste des cas est très réduit, de l'ordre d'une dizaine.

Le cas particulier de l'Espagne

L’activité de prélèvement et de greffes d’organes est bien plus développée en Espagne qu’ailleurs en Europe.

Dans ce pays on effectue environ 35 prélèvements (sur donneurs morts) par million d’habitants. La France se situe à 24, le Royaume-Uni, le Canada et l’Allemagne étant à 13. L’Espagne, avec deux grandes équipes médicales à Madrid et Barcelone, est à la pointe dans le domaine. Une dynamique similaire commence à être observée au Portugal où les médecins et chirurgiens collaborent avec leurs homologues espagnols.  

Jean-Yves Nau

L’Explication remercie Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine.

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