Économie

La menace d'un nouveau choc pétrolier

Temps de lecture : 5 min

Dans une économie mondiale qui se remet à une vitesse inégale, selon les zones, des épreuves de ces dernières années, une nouvelle flambée des cours du pétrole serait le choc de trop. C’est une hypothèse que l’on ne peut tout à fait écarter.

Des puits de pétrole à Edmonton, au Canada, en 2009. REUTERS/Dan Riedlhube
Des puits de pétrole à Edmonton, au Canada, en 2009. REUTERS/Dan Riedlhube

Le mois de février 2012 a été marqué par une nette remontée des cours du pétrole, à partir de niveaux déjà élevés. Depuis un an, le cours du Brent de mer du Nord se maintient avec constance au-dessus de 100 dollars le baril. Au printemps 2011, l’agitation dans le monde arabe l’avait propulsé à plus de 125 dollars. Les craintes d’une aggravation des tensions provoquées par le programme nucléaire iranien lui ont de nouveau permis de retrouver ce niveau.

On est encore à une certaine distance du record de 145 dollars enregistré en juillet 2008, mais la menace d’un nouveau choc pétrolier commence à être envisagée par les économistes, un peu partout dans le monde. Et la façon dont les gouvernants doivent réagir face à la hausse du prix des carburants est l’objet d’une assez vive polémique entre les candidats à l’élection présidentielle en France.

Tension avec l’Iran

Les tensions sur les prix proviennent toujours d’un décalage entre l’offre et la demande, mais les caractéristiques d’une crise pétrolière ne sont pas exactement les mêmes selon que ce déséquilibre résulte d’un excès de demande ou d’une insuffisance de l’offre.

Dans le cas présent, nous sommes plutôt dans une crise du second type: la tension sur les prix s’explique par l’embargo sur les importations de pétrole iranien, les dirigeants de ce pays ayant répliqué par un refus de vendre le moindre baril aux pays qui ne s’engageraient pas dans des contrats à long terme. En annonçant que le processus d’enrichissement de l’uranium en Iran s’était accéléré, l’Agence internationale de l’énergie atomique a ensuite renforcé les craintes d’une intervention militaire aérienne sur les installations iraniennes.

Dans le même temps, des problèmes réels de production ou des incertitudes pour le futur proche au Yémen, au Sud-Soudan, au Nigeria, ont encore pesé sur le climat ambiant à un moment où, il faut le souligner, la demande mondiale de pétrole est malgré tout assez élevée.

Du fait de la montée en puissance des pays émergents, la demande de brut se montre désormais plus résistante aux aléas de la conjoncture: même si l’année 2011 a été marquée par un net ralentissement en Chine, la croissance du PIB y a tout de même été de 9,2 %. Résultat: la demande mondiale est à son plus haut niveau de ces deux dernières années tandis que les stocks des pays industrialisés se situent depuis plusieurs mois au-dessous de leur moyenne de long terme.

Va-t-on vers un véritable choc pétrolier? Les économistes sont bien incapables de répondre à cette question, qui sort de leur domaine de compétence: s’il doit y avoir prochainement une réduction brutale de l’offre, ce sera à la suite d’une crise politique internationale.

En revanche, à défaut de pouvoir prédire une hausse brutale des cours qui serait la conséquence de problèmes géopolitiques, ils peuvent prévoir les conséquences du maintien des cours à un niveau égal ou un peu supérieur à celui est enregistré actuellement.

Sérénité aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, on se montre assez confiant. Si les remous sur le marché pétrolier ont freiné la remontée de l’indice Dow Jones vers le seuil de 13.000 points fin février, il ne l’a pas empêchée. Si l’on en croit des déclarations du président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, la situation commencerait à devenir dangereuse si le prix du carburant devait franchir certains seuils psychologiques. Celui de 4 dollars le gallon est envisagé avec une relative sérénité: les Américains l’ont déjà connu, avec un record en moyenne nationale à 4,11 dollars en juillet 2008.

En revanche, la barre des 5 dollars pourrait poser un problème. Fin février, la moyenne nationale s’établissait à 3,73 dollars, mais la Californie est déjà à 4,32 dollars (plus très loin du record absolu enregistré dans cet Etat à 4,61 dollars en juin 2008).

La confiance des économistes américains se fonde sur un constat: l’économie va mieux et l’emploi repart de façon plus soutenue qu’on ne l’imaginait il y a encore quelques mois. Il y a toutefois un bémol: avec un taux de chômage qui s’inscrivait encore à 8,3% en janvier, les pressions à la hausse sur les salaires demeurent faibles.

Dans ce contexte, des tensions sur les prix du pétrole pourraient venir peser sur le pouvoir d’achat et freiner la consommation. Mais ce scénario n’est pas celui qui est privilégié: les prévisions d’inflation pour les prochaines années sont remarquablement modérées, pour les Etats-Unis comme pour l’ensemble du monde.

Les tensions sur les cours du pétrole ne se sont pas généralisées à l’ensemble des matières premières, comme ce serait le cas si on était en excès de demande et en situation de surchauffe. La plupart des matières premières industrielles sont en hausse depuis le début de l’année, mais restent en recul sur un an. Le pouvoir d’achat des consommateurs américains devrait être préservé.

Le brent plus cher en euros

Le contexte est différent en Europe. D’abord, la conjoncture est moins favorable. Même si les dernières nouvelles sont plutôt moins sombres qu’à la fin de 2011 et si le sentiment dominant est celui d’une récession modérée dans la zone euro, l’économie de la plupart des pays de la zone est assez fragile et résisterait assez mal à une nouvelle ponction sur le pouvoir d’achat des ménages. La situation est encore aggravée par le fait que si l’euro est cher par rapport aux autres devises, il est en repli par rapport aux cours enregistrés lors des dernières tensions sur le marché pétrolier.

Le brent, nous l’avons vu, est loin de ses records de 2008. Exprimé en dollars, le prix du baril importé par la France s’est situé à 111,50 en janvier de cette année, soit à un niveau inférieur aux 123,60 dollars d’avril 2011 et encore plus loin des 133,40 dollars de juillet 2008.

Mais si l’on raisonne en euros, on arrive à des résultats sensiblement différents. 86,50 en moyenne en janvier 2012 contre 85,20 euros le baril en juin 2008. Le pétrole nous coûte plus cher aujourd’hui qu’au moment où il atteignait des records historiques sur les marchés mondiaux! Mais, rappelons-le, en juillet 2008, l’euro s’échangeait à plus de 1,60 dollar.

Si l’on regarde le prix du supercarburant à Rotterdam, on arrive à des chiffres qui situent bien à la fois les difficultés de l’industrie du raffinage et les surprises actuelles du consommateur: en juin 2008, l’hectolitre se payait 719,80 euros en moyenne, en décembre de la même année, il ne valait plus que 248,30 euros et en janvier 2012, il était au plus haut, à 755,60 euros. Il n’est pas étonnant que, dans la semaine du 24 février, l’automobiliste français ait payé en moyenne son sans plomb 95 à près de 1,61 euro le litre, plus cher qu’en juin 2008.

Déjà, il va falloir refaire certains scénarios de baisse des prix en Europe. En janvier, les statisticiens d’Eurostat ont pu annoncer une baisse des prix dans la zone euro. Mais les premières indications fournies par l’Allemagne pour le mois de février laissent craindre une interruption du mouvement: les prix ont remonté outre-Rhin de deux dixièmes de point (à 2,3%) du fait, notamment, des hausses de prix dans l’énergie.

Pour l’Europe, la poursuite d’une hausse des cours du pétrole accompagnée d’une nouvelle baisse de l’euro (ce que prévoient bon nombre de spécialistes du marché des changes) serait une très mauvaise nouvelle. Pour les mois qui viennent, ce n’est peut-être plus ce qui se passe à Athènes qu’il faudra surveiller, mais l’évolution de la situation à Téhéran.

Gérard Horny

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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