Culture

Jack White en solo, la libération

Temps de lecture : 2 min

Avec son premier album solo, Blunderbuss, l'ancien guitariste des White Stripes sort enfin l'album qui lui permettra de gagner la considération qu'il mérite.

Jack White avec les Raconteurs à Coachella, 2008. Mario Anzuoni / REUTERS
Jack White avec les Raconteurs à Coachella, 2008. Mario Anzuoni / REUTERS

Cela fait déjà plus d'une décennie que Jack White sort des albums, mais il semblerait qu'il ne se soit jamais autorisé à produire le son qu'il mérite. On ne dira jamais assez de bien de Meg White et de son style de batterie, brut et swing à la fois (la retenue est une qualité incroyablement sous-évaluée chez les batteurs), mais elle avait de toute évidence ses limites.

Dans ses collaborations avec des groupes comme The Raconteurs, Jack White s'efface derrière des musiciens de grand talent mais moins charismatiques, comme Brendan Benson. Il a consacré une grande partie de son temps à donner un coup de jeune, en tant que producteur, à des artistes comme Loretta Lynn ou Wanda Jackson, et dans les Dead Weather, il a littéralement choisi l'arrière-plan, à savoir le tabouret du batteur. Jack White semble se complaire dans le rôle du gratteux sans ego.

Aujourd'hui, il se lance enfin en solo avec un premier album, Blunderbuss, qui sort le 24 avril, dont vous pouvez avoir un avant-goût avec le titre «Sixteen Saltines». C'est du Jack White tel qu'on s'en souvient: Sixteen Saltines aurait pu figurer sur n'importe lequel des premiers albums des Stripes. Mais cette fois, dès que s'abattent les premiers accords de guitare disto, ils sonnent plus gros que jamais, grâce à une production plus soignée —avant d'être rapidement rejoints par des claviers et le fracas d'une batterie, plus efficace que jamais (quoique toujours aussi sobre, heureusement).

Les paroles du morceau évoquent une sorte de triangle amoureux au bahut —les amours du lycée sont un sujet de prédilection pour White. Après quelques lignes consacrées aux stickers, aux vestiaires ou aux magic markers, White énonce une espèce de métaphore sexuelle qu'on peine à cerner tout à fait, technique favorite de l'auteur (voir également Ball and biscuit). Lorsqu'il clame: «I eat sixteen saltine crackers then I lick my fingers» (je mange seize Tuc de suite et je me lèche les doigts), on peut supposer qu'il évoque quelque chose de moins innocent qu'une compétition à qui mangera le plus de Tuc.

Les métaphores à peine voilées tournant autour de la nourriture renvoient à une époque où les textes plus explicites étaient privés de passage radio —encore une fois, on a l'impression que Jack White vit dans une version à peine actualisée de la fin des années cinquante ou du début des années soixante. C'est la raison pour laquelle je ne me suis jamais enthousiasmé autant que ses autres fans pour Jack White. Dans la catégorie rock vintage, il reste néanmoins le meilleur —désolé pour les Black Keys— et je suis ravi qu'avec Blunderbuss, il s'autorise enfin à en recueillir tout le crédit.

Forrest Wickman

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Traduit par David Korn

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