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Shaun White, une «tomate volante» aux X Games de Tignes

Yannick Cochennec, mis à jour le 15.03.2012 à 9 h 30

La station de ski de Tignes accueille pour la première fois la plus grande star mondiale des sports extrêmes au cours d'une compétition toute en démesure.

Shaun White aux Jeaux olympiques de Vancouver en 2010, REUTERS/Mike Blake

Shaun White aux Jeaux olympiques de Vancouver en 2010, REUTERS/Mike Blake

Pour la troisième année de suite, la station de Tignes est l’épicentre du ski mondial à l’occasion des célèbres X Games organisés du 14 au 16 mars. Loin de leur célèbre base d’Aspen, dans le Colorado, où ils se déroulent chaque année au mois de janvier, les X Games ont créé leur propre version européenne depuis 2010.

Le succès a été immédiat à l’instar de l’édition 2011 qui avait attiré 74.500 spectateurs en trois jours devant les caméras de Canal+, également partie prenante dans la mise sur pied de cet impressionnant barnum des neiges.

L’idée des X Games remonte à 1993 et est celle d’un certain Ron Semaio, producteur pour le compte de la chaîne sportive américaine ESPN, qui cherchait à doper les audiences d’ESPN2, son deuxième réseau. Niche dédiée aux seuls sports extrêmes, ESPN2 a alors explosé en termes de notoriété. Dans l’ordre chronologique, les X Games d’été, paradis du skateboard, ont devancé les X Games d’hiver devenus avec le temps la compétition phare du ski freestyle, du snowboard et des sports alternatifs et dont le succès est allé crescendo.

Les X Games, c’est l’occasion de s’envoyer en l’air en tout bien tout honneur sur les pistes du Colorado ou de la Haute-Tarentaise ainsi dévolues au ski freestyle le plus spectaculaire.

Du divertissement à l'olympisme

Depuis 2002, Aspen en est devenu La Mecque et Tignes le nouvel écrin avec, en marge des compétitions, une fête permanente animée par les DJs les plus réputés, sans compter les multiples aires de défoulement réservées au public. Chacun a le droit à ses émotions fortes dans un cadre spectaculaire. Le succès que se sont taillé les X Games vient aussi du Net et des réseaux sociaux où ils ont su très rapidement capter la meilleure exposition et les meilleurs relais d’audience.

Au programme de Tignes, huit épreuves (SuperPipe et SlopeStyle –Ski et Snowboard– hommes et femmes) sont proposées, sachant que toutes sont désormais inscrites à l’agenda des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014.

Au printemps dernier, le Comité international olympique (CIO) a pris la décision d’ajouter au programme, à la fois chez les hommes et chez les femmes, le SuperPipe ski ainsi que le SlopeStyle ski et snowboard aux côtés du SuperPipe snowboard, devenu sport olympique depuis 1998 (half-pipe)

Jacques Rogge, le président du CIO, qualifié à l’époque ces nouvelles épreuves de «passionnantes et divertissantes  en arguant qu’elles «complètent parfaitement celles déjà inscrites au programme sportif», offrant «un attrait supplémentaire et permettent d’augmenter le nombre de concurrents aux Jeux».

Cette intégration ne va pas de soi dans la pratique car les as du freestyle, très loin des stars compassées du sport «traditionnel», n’entendent pas renoncer à leur liberté dans le moule restrictif du CIO.

«Même si les Jeux Olympiques sont très solennels, je ne vois pas pourquoi nous devrions changer, m’avait dit l’an dernier Kevin Rolland, star du ski freestyle en France, avant la décision finale rendue en deux temps par le CIO. Depuis 1998, le freestyle apporte beaucoup aux Jeux olympiques en termes de modernité, en attirant un autre public et sans renoncer à son esprit fun. Ce sera une occasion supplémentaire de prouver que nous sommes aussi de grands champions au-delà de l’image très décontractée que nous pouvons avoir

A Tignes, un SuperPipe (demi-tube) aux normes identiques à celles d’Aspen, c’est-à-dire gigantesque, long de 240 mètres et haut de 7 mètres, près du double d’un SuperPipe olympique, a été bâti. Le SlopeStyle de ces X de Tignes est, lui, tracé sur 600 mètres de long avec 190 mètres de dénivelé et jalonné de modules ou obstacles appelés big air, tables, hips ou rails. 115.000m3 de neige sont nécessaires pour construire ce terrain de jeu immense, soit l’équivalent d’un mètre de neige recouvrant 16 terrains de football. Car le dénominateur commun des X Games d’Aspen et de Tignes, c’est leur démesure.

En 2011, le Français Kevin Rolland a remporté le SuperPipe ski de Tignes dans le sillage de son triomphe à Aspen. Malheureusement, cette fois, il est absent en raison d’une rupture des ligaments croisés survenue à l’entraînement voilà quelques jours. Son forfait est toutefois compensé par la première participation à Tignes du roi des X Games en la personne de Shaun White, surnommé «The Flying Tomato», alias la tomate volante, à cause de son opulente chevelure rousse.

Depuis son adolescence, cet Américain est LA star du spot extrême dans le monde et une star à part entière du sport aux Etats-Unis. Consacré cinq fois de suite à Aspen en SuperPipe snowboard, il a également construit sa légende en décrochant deux médailles d’or dans la discipline aux Jeux olympiques de Turin en 2006 et de Vancouver en 2010.

Il ne se contente pas des pistes enneigées et glacées puisqu’il est aussi un maître en skateboard et a autant brillé lors des X Games d’été que des X Games d’hiver, même s’il se dit plus à l’aise sur la neige où sa créativité est mieux récompensée.

Cet inventeur de figures, âgé de 25 ans, maître dans l’art du «Double McTwister 1260», n’en finit pas de défier ses limites au point d’avoir établi lors des derniers X Games d’Aspen, fin janvier, un record qui ne sera jamais battu avec une note de 100 sur 100 alors que sa précédente meilleure marque était de 97,33.

Dans le genre, c’est l’équivalent du 10 récolté par Nadia Comaneci aux Jeux de Montréal en 1976. Cette performance, que les amateurs ne se lassent pas de revoir, était d’autant plus incroyable qu’une blessure à la cheville lui causait alors quelques difficultés (si bien qu’il avait dû renoncer à l’épreuve du slope).

Shaun White, qui souffre d’asthme et déteste… le froid, a fait fructifier son immense talent. Il est devenu millionnaire et se comporte en véritable businessman, ambassadeur depuis des années de la marque de vêtements Target avec laquelle il vient de dessiner une ligne de mobilier maison.

Il se situait récemment à la 8e place d’un palmarès des sportifs américains les plus bankables, capables d’allier résultats, popularité et pouvoir économique établi par Business Week. En 2011, après une nouvelle année olympique triomphante, il s’était même retrouvé 2e devant Tiger Woods selon la méthodologie de ce classement.

Cette célébrité lui laisse des marges de manœuvre, comme lorsqu’il a tenté d’obtenir plus d’argent de la part de Red Bull, un sponsor historique, qui lui proposait un million de dollars par an alors qu’il en réclamait visiblement trois à la marque de boissons énergétiques, qui n’avait pas hésité à lui construire une piste de half-pipe privée dans le Colorado afin qu’il prépare les Jeux de 2010 dans les meilleures conditions. Le contrat s’est arrêté en juillet dernier.

Sa venue à Tignes est évidemment un événement considérable, d’autant plus attendu que Shaun White avait dû déclarer forfait en 2011 au grand regret des organisateurs. Une prime de 150.000 euros pourrait lui avoir été versée pour garantir sa venue. Des broutilles au regard de l’impact d’un champion plus que parfait à l’instar de ce 100 sur 100 et qui a fait des émules, comme Torin Yater-Wallace, 16 ans, nouveau prodige du freestyle en qui certains voient un possible successeur de Shaun White et également en lice lors de ces X Games européens…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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