Monde

Bonne nouvelle: la pauvreté recule et l'intelligence progresse

Moisés Naím, mis à jour le 19.03.2012 à 6 h 51

Malgré la crise et les conflits internationaux, faisons une pause pour célébrer ces deux informations.

Des enfants rient, en Angola en 2010. REUTERS/Rafael Marchante

Des enfants rient, en Angola en 2010. REUTERS/Rafael Marchante

Israël va-t-il bombarder les installations nucléaires de l’Iran? Si la Grèce s’effondre, l’Europe sera-t-elle plongée dans un chaos économique qui déstabilisera la planète? La Chine va-t-elle sortir des rails de la croissance? Rien de plus simple que de dresser une liste de sombres pronostics sur l’évolution du monde. Les mauvaises nouvelles, nous en avons plus qu’il n’en faut.

Mais pourquoi parle-t-on si peu des bonnes? Il y a d’abord ce constat réjouissant: la pauvreté dans le monde en 2010 a diminué de moitié par rapport à l’année 1990. Dans toutes les régions du globe, le nombre de pauvres a baissé.

La pauvreté extrême a reculé

Selon un rapport qui vient d’être publié par la Banque mondiale, entre 2005 et 2008, de l’Afrique subsaharienne à l’Amérique latine, en passant par l’Asie et l’Europe de l’Est, la part des individus vivant dans des conditions de «pauvreté extrême» (ayant un revenu inférieur à 1,25 dollar par jour) a diminué.

C’est une première depuis que l’on tient des statistiques relatives à la pauvreté dans le monde. Ce constat est d’autant plus surprenant que cette chute de la pauvreté est intervenue durant la plus grave crise économique mondiale depuis la Grande dépression de 1929. En 2010, le président de la Banque mondiale avait lui-même exprimé sa profonde inquiétude au sujet de l’impact de la crise sur la pauvreté: les experts qui l’entourent estimaient qu’elle engendrerait des dizaines de millions de pauvres supplémentaires.

Fort heureusement, ils se sont trompés. A tel point que l’on atteindra plus tôt que prévu les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), auxquels ont souscrit 193 pays membres de l’ONU en l’an 2000. Conformément à l’un de ces objectifs, il s’agissait de réduire de moitié la pauvreté extrême au niveau mondial d’ici 2015. Eh bien, c’est chose faite –avec 5 ans d’avance!

Objectifs pour le millénaire: mission accomplie plus tôt que prévu

Cela s’explique par le fait que, malgré la crise, la croissance économique des pays les plus pauvres et les plus peuplés s’est poursuivie, continuant de créer de l’emploi. Cette dynamique s’est amorcée il y a 30 ans: à titre d’exemple, depuis 1981, 660 millions de chinois ont été arrachés à la pauvreté. En Asie, la pauvreté extrême qui frappait 77% de la population dans les années 1980 est tombée à 14% en 1998.

Ce phénomène s’est produit en Chine, en Inde, au Brésil et dans d’autres pays émergents aux résultats économiques très favorables, mais aussi sur le continent africain. Selon une étude[PDF] réalisée par les économistes Maxim Pinkovskiy et Xavier Sala-i-Martin, entre 1970 et 2006, la pauvreté africaine a diminué à un rythme rapide. Leur conclusion, fondée sur une rigoureuse analyse statistique, est la suivante:

«Tous les pays [d’Afrique], y compris ceux qui présentent des handicaps géographiques et historiques, ont vu leur pauvreté diminuer. Elle a reculé aussi bien dans les pays à l’intérieur des terres que dans les pays côtiers, dans les pays riches en ressources minérales et dans ceux qui n’en possèdent pas, dans les pays bénéficiant de conditions favorables à l’agriculture comme dans ceux moins avantagés à ce niveau. [La pauvreté a baissé] dans tous les pays, indépendamment de leur diverses histoires coloniales (…)»

En 1998, pour la première fois depuis que nous disposons de chiffres, il y avait plus d’Africains vivant au-dessus du seuil de pauvreté qu’en deçà.

Malgré cela, des centaines de millions de gens continuent de vivre au quotidien dans une misère ineffable. Naturellement, tous ceux qui gagnent 4 ou 5 dollars par jour (c’est-à-dire plus que le seuil officiel de pauvreté de 1,25 dollar) sont loin d’avoir un niveau de vie acceptable. Pour le plus grand nombre, la misère reste la norme. Mais le fait que la situation des plus démunis s’améliore est encourageant.

QI à la hausse

Il y a une autre nouvelle dont je veux croire qu’elle est synonyme de progrès: l’humanité est de plus en plus intelligente. Les tests de quotient intellectuel révèlent que la moyenne mondiale augmente chaque année. Cette question demeure très controversée, car nombreux sont ceux qui considèrent que ces tests sont biaisés ou qu’il existe différentes formes d’intelligence, qu’il est d’ailleurs impossible de mesurer. Mais pour ceux qui pensent que ces mesures reflètent des réalités, le fait est que la moyenne mondiale obtenue aux tests d’intelligence progresse. (Même si les experts ne s’accordent pas sur les causes de cette tendance.)

Il est facile de mépriser ces résultats ou d’affirmer que, étant donné les nombreuses crises que nous traversons, cette croissance de l’intelligence moyenne ne se traduit pas par un monde meilleur. Peut-être bien. En tout cas, les données sur la diminution de la pauvreté et l’amélioration de nombreux autres indicateurs de bien-être devraient mettre sceptiques et pessimistes sur la défensive.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

Moisés Naím
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Editorialiste
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