Economie

L'Europe traîne à tester ses banques

Dominique Mariette, mis à jour le 13.05.2009 à 15 h 12

Contrairement à ce qui se fait aux Etats-Unis, les régulateurs européens ne jouent pas la transparence au risque d'alimenter la crise de confiance.

Les plus récalcitrants ont fini par s’incliner. L’Union européenne (UE) va sur le modèle américain faire des tests de résistance de son secteur bancaire à la crise. Il s'agit d'évaluer, enfin, précisément et en fonction de différents scénarios conjoncturels les besoins en capitaux des établissements bancaire européens. Il était temps. Les résultats seront présentés aux ministres des Finances en septembre prochain.

Sous la pression du Fonds Monétaire International (FMI) et après les stress test (test de résistance) menés aux Etats-Unis, l’UE ne pouvait donner l’impression de ne rien faire ou d'avoir des choses à cacher. Mais cette initiative à peine révélée de sources diplomatiques bruxelloises, des voix se sont déjà élevées pour en diminuer fortement la portée. Le résultat des tests ne sera pas rendu public comme aux Etats-Unis. Autant dire que la transparence fait peur en Europe, ce qui ne va pas vraiment rassurer, à tort ou à raison, sur la santé réelle des banques européennes.

Le Comité des régulateurs européens (CESB) va coordonner les stress test réalisés par les régulateurs nationaux pour définir une méthodologie commune. Mais un porte-parole du CESB s’est empressé de préciser que le Comité n’avait nullement l’intention d’identifier les banques qui pourraient nécessiter une recapitalisation. Pour le CESB, cet exercice revient aux dirigeants et aux régulateurs de chaque pays.

Les autorités de tutelles du secteur bancaire ou les banques centrales ne se livreront pas non plus à un exercice de transparence. Si elles rappellent depuis plusieurs jours qu’elles se livrent régulièrement et dans la plus grande discrétion à des stress test dans leurs pays respectifs, elles indiquent qu’elles ne communiqueront pas les conclusions des travaux réalisés sous la houlette du CESB.

Ainsi en France, la Commission bancaire estime que les banques françaises sont «saines» et qu’une publication des résultats des stress tests pourrait être «anxiogène». Etrange raisonnement. Si elles sont «saines», les chiffres des stress tests devraient rassurer... Le Royaume-Uni et l’Allemagne campent sur les mêmes positions que la France. On aura donc en Europe des tests de résistance à l’abri des regards indiscrets. L’écran de fumée est tel qu’on se demande si les annonces de l’Union européenne ne se limitent pas à une simple opération de communication, pour ne pas avoir plusieurs trains de retard sur les Etats-Unis.

Les pays du Vieux Continent pourront ainsi continuer à agir en ordre dispersé en entretenant l’incertitude sur la situation de leurs banques. Avoir une idée précise des conditions qui permettront aux banques de restaurer leur solvabilité et leur capacité bénéficiaire, aurait pourtant beaucoup de mérites. La nature ayant horreur du vide, jouer la transparence redonnerait sans doute confiance à tous ceux, qui, faute d’informations, doutent de la fiabilité du système financier et craignent ses répercussions sur l'ampleur et la durée de la crise. Le résultat des tests de résistance constituerait un bon indicateur pour savoir à quel horizon les banques pourront jouer leur rôle premier pour sortir de la récession, à savoir recommencer à prêter aux consommateurs et aux entreprises.

On dispose aux Etats-Unis aujourd'hui d’une estimation des fonds propres supplémentaires qu’il faudra injecter dans le capital des principales banques du pays. Le chiffre, depuis sa divulgation la semaine dernière, suscite une belle polémique, atteint 74,6 milliards de dollars. Le gouvernement américain a décidé au début de l’année de lancer sous l’égide de la Réserve Fédérale (Fed) des stress test sur le bilan des 19 principales banques américaines. L’objectif était d’évaluer le niveau de réserves nécessaire pour couvrir leurs pertes potentielles d’ici à deux ans. La liste des banques a été publiée très officiellement et les plus mal loties en fonds propres ont un délai de six mois pour atteindre le niveau évalué par la Fed.

Dernière de la classe Bank of America doit lever 34 milliards de dollars, ce qu’elle vient de commencer à faire en cédant l’essentiel de sa participation dans China Construction Bank, pour 7,3 milliards. Wells Fargo devra être recapitalisée à hauteur de 13,7 milliards tandis que Citigroup n'a besoin bizarrement que de 5,5 milliards de dollars. Ces trois grands groupes bancaires ont déjà été renfloués par le Trésor américain: 45 milliards pour BofA et le même montant pour Citi, 25 milliards pour Wells Fargo. Au total 10 banques devront conforter leur capital. En quelques jours, 30 milliards de dollars ont été levés par Bank of America, Welles Fargo et Morgan Stanley. En revanche, Goldman Sachs, JPMorgan Chase et American Express s’en sortent bien, sans avoir à renforcer leur capital.

A peine publiés, les critères retenus par les régulateurs et le montant global de la recapitalisation ont été remis en cause. Selon des informations révélées par le Wall Street Journal, la facture aurait été minorée, chacune des banques à recapitaliser ayant négocié avec les autorités pour diminuer les exigences en fonds propres supplémentaires.

Tout n’est donc pas si rose au pays de l’Oncle Sam. Certains observateurs estiment que si la fiabilité des tests de solidité des banques est remise en cause, la confiance envers le système financier sera une fois de plus écornée. D’autres spécialistes soulignent en revanche que malgré ses imperfections, la démarche du gouvernement américain est la bonne, car elle s’inscrit dans une volonté de transparence qui faisait cruellement défaut depuis le début de la crise financière en août 2007. Ils n’ont sans doute pas tord. Il vaut mieux se battre sur des chiffres que de rester dans une ignorance qui alimente la défiance.

L’Europe ne l’entend pas de cette oreille. Les seules évaluations sur les besoins en capitaux rendues publiques à ce jour émanent  du Fonds Monétaires International (FMI) dans son  «Rapport sur la stabilité financière» publié une dizaine de jours avant la réunion des pays membres du G20 à Londres, le 2 avril. L’exercice consistait à évaluer les pertes et les dépréciations des banques dans le monde dans les deux ans qui viennent. Le FMI a revu en hausse le coût global de la crise financière à plus de 4 000 milliards de dollars, et chiffre les besoins en fonds propres des banques européennes entre 325 et 725 milliards de dollars en fonction des scénarios retenus.

Cette estimation a fait bondir les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales européens présents au sommet de Londres. Ils se sont répandus en déclarations qui avaient toutes le même sens: les projections du FMI n’ont aucune crédibilité. Il n'y a donc pas lieu de s'y référer. Mais depuis cette grosse colère, personne n’a fourni de données contradictoires. Et l’Europe avec ses stress test «canada dry», qui en ont l’apparence mais pas la finalité, ne semble pas prête à jouer le jeu de la vérité. Cela pourrait un jour coûter cher.

Dominique Mariette

Photo: Une façade de banque à Times Square à New York Shannon Stapleton / Reuters

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