Culture

«John Carter», le dernier grand saut?

Forrest Wickman, mis à jour le 14.03.2012 à 3 h 41

Au cinéma, jamais personne n'a sauté aussi haut que le personnage du blockbuster d'Andrew Stanton. Et peut-être que jamais personne ne sautera plus haut, ce spectacle commençant à se démoder...

Image de «John Carter» (The Wall Disney Company)

Image de «John Carter» (The Wall Disney Company)

Le blockbuster de science-fiction d’Andrew Stanton John Carter [sorti en France le 7 mars, NDT] aborde tout un tas de sujets: comment fuir la guerre de Sécession pour mieux la retrouver sur Mars, quelle fascination exerce la planète rouge sur l'humanité, et puis il semble qu’il y soit au moins un tout petit peu question de Jésus. Mais surtout, il parle de sauts.

Les plus grands sauts de l'histoire du cinéma ramenés à l'échelle de leur hauteur et de leur longueur.

On peut difficilement exagérer le nombre de sauts qui figurent dans John Carter. Sur Mars, appelée Barsoom dans le film, faire des bonds est le principal sujet de conversation. Les muscles terriens de John Carter se révèlent extraordinairement puissants dans les sables à faible gravité de Mars, et les Martiens ne s’en lassent pas. «Sak!» crient-ils en thark, le patois local «Sak! Sak!» Bientôt, Carter fait des sak dans tous les sens, bondissant dans la poussière du désert, et même au-dessus d’un phénoménal «gorille blanc».

Les bonds ahurissants ont une longue histoire dans la culture populaire. Parmi les pouvoirs les plus formidables des premières incarnations de Superman dans les années 1930 et 1940 figurait sa capacité à franchir d’immenses distances d’un bond (il ne volait pas encore à l’époque). Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman, semblent avoir été influencés par Carter dans leur logique expliquant l’incroyable détente de Superman —un petit bond sur Krypton est un saut de géant sur Terre.

D’autres héros et méchants ne tardèrent pas à bondir sur ses traces, les premiers à sautiller dans les pages des comics américains des années 1960 étant le Hulk de Marvel et le Crapaud chez les X-Men.
 Mais ce n’est que quand le cinéma d’action de Hong Kong exporta le wire fu [kung-fu où les combattants sont accrochés à des câbles qui les soulèvent à chaque saut] à Hollywood que les sauts dans les films d’action commencèrent vraiment à décoller.

Des cinéastes comme le réalisateur Tsui Hark et le chorégraphe de combats Yuen Woo-ping ont produit des œuvres d’art martial câblé étonnantes dans les années 1980 et surtout dans les années 1990 (les câbles utilisés pour suspendre les acteurs étaient effacés pendant la post-production). Matrix (1999) transforma le kung-fu câblé aux allures de ballet en incontournable des films d’action hollywoodiens avec ses coups de pied suspendus dans les airs —et l'évolution cruciale d'un personnage impliquant des bonds d’un toit à l’autre.

Si dans Star Wars Épisode 1 (1999), les Jedi effectuaient des sauts de force sur des hauteurs de plusieurs étages, Tigre et dragon d’Ang Lee (2000) montre de longues scènes de sauts à travers des cours et dans les arbres. Bientôt, Woo-ping allait travailler avec Quentin Tarantino sur les Kill Bill (2003 et 2004).

Il ne fallut pas longtemps pourtant pour que les acrobaties câblées atteignent leur apogée et retombent sur la terre ferme. Dans les suites de Matrix, les virtuosités qui distendaient quelque peu les lois de la physique ne tardèrent pas à s’en affranchir totalement. Les lois de l’univers des suites de Matrix permettent à Néo de faire tout ce qui lui passe par la tête, et l’imagerie générée par ordinateur permet la même chose aux chorégraphes des scènes d’action. Néo s’est littéralement envolé dans la stratosphère.

Pendant ce temps, des héros comme Hulk (2003, également dirigé par Ang Lee) sautaient de cime en cime dans le désert de l’Utah. Mais l’action ne semblait plus assez cohérente pour la plupart des spectateurs, et les grands sauts commencèrent à se démoder.


Si les entrées ne remboursent pas les 250 millions de dollars de budget qu’il a coûté—les critiques sont mitigées, John Carter pourrait être l’ultime saut d’agonie spectaculaire des films d’action. Les bonds de John Carter sont les plus réalistes qu’on ait vu depuis des années, élevant cet art à des hauteurs de crédibilité inabordables jusqu’ici, mais le très bankable Jason Statham s’est ces derniers temps remis à s’appuyer sur l'athlétisme vieille école et les effets spéciaux du passé. Quand, dans l’une des dernières scènes décisives du film, John Carter se propulse d’un bond sur le toit d’un haut bâtiment —et on croit vraiment à ce qu’on voit— on assiste peut-être à l’ultime culbute du monde des films d’action.

Forrest Wickman

Traduit par Bérengère Viennot

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