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Sarkozy n'est pas seul à remettre en cause Schengen

Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, le 26 avril 2011 à Rome. REUTERS/Alessandro Bianchi.

Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, le 26 avril 2011 à Rome. REUTERS/Alessandro Bianchi.

Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Italie (avec, déjà, la France)... Depuis le printemps arabe, les entorses ou tentatives d'entorses à la convention se sont multipliées.

Le président-candidat Nicolas Sarkozy n'est pas le premier à vouloir dresser des barrières au sein de l'espace Schengen. Pour rappel, 22 États membres de l'Union européenne, ainsi que l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, font partie de cet espace qui permet la libre circulation des personnes et a fait disparaître les contrôles aux frontières intérieures. Depuis le printemps arabe, certains pays membres mettent en place des procédés qui vont, de fait, à l'encontre de leurs engagements.

Aux Pays-Bas, Schengen sous vidéosurveillance

Les dernières mesures en la matière viennent des Pays-Bas. Le gouvernement de centre-droit de Mark Rutte a commencé l'installation d'un véritable système complet de vidéosurveillance des routes transfrontalières avec l'Allemagne et la Belgique. La police des frontières néerlandaise bénéficiera au total (pour une expérimentation commencée en janvier) de 6 caméras mobiles et de 15 fixes aux abords des routes.

Le système, nommé @MIGO-BORAS, «peut identifier différents types de trafic routier et, sur la base de données générales et de groupes ciblés, peut identifier les véhicules qui semblent suspects et qui nécessitent une inspection», expliquait le ministre de l'Intérieur néerlandais, Gerd Leers, en décembre dernier dans une lettre au Parlement hollandais. Et pour se défendre de toute atteinte à Schengen, il y précisait que les caméras seraient disposées à 20 km des frontières et qu'elles ne fonctionneraient «que 6 heures par jour et pas plus de 90 heures par mois».

Sur le plan politique européen, en dehors de Sylvie Guillaume, députée européenne socialiste française, l'installation du système n'a pas engendré beaucoup de réactions. La Commission européenne, elle, a précisé qu'elle observait l'application de la vidéosurveillance aux frontières avec attention.

Ce dispositif censé lutter contre l'immigration illégale se trouve dans la droite lignée d'un programme de criminalisation des résidents illégaux. En septembre 2011, Gerd Leers avait en effet annoncé les nouvelles peines qu'allaient encourir ces derniers: «jusqu'à 4 ans d’emprisonnement ou une amende pouvant s'élever à 3.800 euros.»

Le retour avorté du douanier danois

Au Danemark, ce sont directement les contrôles aux frontières qui ont été remis au goût du jour. Une mesure annoncée en mai 2011 par Claus Hjort Frederiksen, alors ministre des Finances du gouvernement de droite de Lars Lokke Rasmussen.

«Au cours des dernières années, nous avons vu une augmentation de la criminalité transfrontalière. Nous allons construire de nouvelles installations à la frontière germano-danoise, avec des équipements électroniques et des identificateurs de numéro de plaque d'immatriculation», avait-il déclaré. Cette initiative provenait directement du Parti du peuple danois, le mouvement d'extrême droite local dirigé par Pia Kjaersgaard.

La Commission européenne, comme à son habitude, avait alors «été informée du déploiement de douaniers» et déclarait «suivre très strictement la mise en oeuvre […] pour être certaine que la législation européenne soit respectée». Les réactions les plus hostiles avaient été celles du Parlement européen. Jerzy Buzek, à l'époque président de l'institution européenne, avait déclaré:

«Nous ne devons pas détruire l'espace Schengen […], la liberté de circulation est probablement l'aspect de l'UE le plus apprécié des Européens.»

Depuis l'arrivée au pouvoir de la Première ministre Helle Thorning-Schmidt en octobre 2011, le Danemark a finalement renoncé à ces contrôles.

Schengen expulsé pendant la Coupe du monde allemande

L'Allemagne défend aujourd'hui l'espace Schengen face à la polémique lancée par Sarkozy. Pour la chancellerie allemande, la libre circulation dans l'espace Schengen est «un bien précieux. La libre circulation des personnes compte parmi les réalisations les plus concrètes».

Pourtant, il y a six ans, lors de l'organisation de la Coupe du monde de football, le gouvernement allemand avait suspendu l'application des accords. Son but: pouvoir contrôler les personnes potentiellement perturbatrices en amont. Certains y avaient vu l'occasion de contrôler seulement les visiteurs des pays connus comme hébergeant des supporters violents. Bref, l'Allemagne avait eu peur des hooligans et avait suspendu Schengen pour les contrôler.

Le duo Sarkozy-Berlusconi de 2011

C'est l'évènement qui a remis le feu à la convention de Schengen: l'année dernière, le printemps arabe a sonné l'exil de milliers de personnes vers les pays du Sud de l'Europe, et notamment l'Italie. Entre janvier et avril 2011, 25.000 migrants auraient pénétré sur le sol italien et une partie d'entre eux se sont vu délivrer un visa italien, avec pour effet immédiat de leur donner le droit de circuler librement au sein de l'espace Schengen; première destination, la France. Ce que le président français n'avait pas du tout apprécié.

Pour protester, les autorités ont bloqué, le 17 avril, un train italien à Vintimille, dernière ville avant la France, car il transportait des Tunisiens qui risquaient de causer un trouble à l'ordre public. La ligne ferroviaire entre la France et l'Italie avait alors été fermée pendant plusieurs heures.

Puis, le 26 avril, lors d'un sommet franco-italien, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi se sont mis d'accord pour demander, dans une lettre commune envoyée à la Commission européenne, la révision des règles en vigueur au sein de l'espace Schengen. En question, les conditions qui permettent de suspendre l'application des accords et le renforcement de l'agence Frontex, chargée d'aider les États-membres dans la gestion des frontières extérieures de l'Union européenne.

L'épisode avait donné lieu à un coup de gueule virulent de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen:

«En acceptant ce débat sur Schengen, en acceptant les pressions populistes, en acceptant le racisme, vous savez ce que va être un contrôle de frontières, si on le fait? Ca va être un contrôle facial. Non M. Schulz [Martin Schulz, président du groupe socialiste au Parlement européen, aujourd'hui président du Parlement européen, NDLR], personne ne va vous arrêter. Non M. Verhofstadt [Guy Verhofstadt, président du groupe libéral-démocrate au Parlement européen, auxquels sont rattachés le MoDem et Cap21, NDLR], personne ne va vous arrêter. Moi non plus. Mais tous ceux qui seront bronzés, qui seront différents, eux ils vont se faire contrôler. Et on va faire une Europe à la carte: les blancs ça rentre, les bronzés ça rentre pas.»


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Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy ne fait que ressortir cette rengaine du printemps 2011 dans ses propos de campagnes. Et c'est d'ailleurs parce qu'ils sont de simples propos de campagne que la Commission européenne se refuse à tout commentaire.

Maxence Peniguet

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