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Un Club Med fatigué dans la ligne de mire de Bernard Tapie

Gilles Bridier, mis à jour le 13.05.2009 à 7 h 07

Ira, Ira pas? Le retour annoncé de Bernard Tapie dans le monde des affaires braque les projecteurs sur le Club Méditerranée. Dans un scénario que l'ex-ministre de la Ville connaît sur le bout des ongles pour en avoir écrit de longs chapitres chez Wonder, Look ou Adidas, le groupe de loisirs dirigé par Henri Giscard d'Estaing (le fils de Valéry) y jouerait la proie. Et Bernard Tapie troquerait son nouveau costume d'Oscar au théâtre pour celui du redresseur d'entreprises — ou du prédateur, selon le sentiment qu'en ont conservé les personnels des sociétés sur lesquelles il a jeté son dévolu.

Dérapage boursier

Pour l'instant, l'ancien homme d'affaires se défend d'avoir programmé son «come back» par une entrée au capital du Club. Mais il y a suffisamment pensé pour avoir pris contact avec des actionnaires du Club et des fonds susceptibles de l'accompagner, et s'être fixé une échéance pour une prise de décision - échéance qu'il a avancée à fin mai ou début juin en voyant la polémique gonfler sur le dossier. Et prendre le Club dans sa ligne de mire ne doit rien au hasard: en trois ans, l'action Club Med a perdu 75% de sa valeur. Et alors qu'elle cotait encore 36 euros il y a tout juste un an, elle a dégringolé aujourd'hui en dessous de 12 euros, son cours au 12 mai malgré les rebonds consécutifs à la perspective d'une bataille boursière et à l'augmentation de capital. Compte tenu de ses actifs représentés par 80 villages répartis dans 30 pays et un voilier de croisière, le Club devient une proie d'autant plus attractive pour un prédateur qu'elle perdu son actionnaire de référence: le groupe hôtelier Accor, qui était monté à 29% de son capital, en a cédé 80%.

Colmatage dans l'urgence


La direction du Club avait perçu le danger: l'augmentation de capital de 102 millions d'euros annoncée le 6 mai dernier participe d'une stratégie de défense établie avant même que Bernard Tapie surgisse dans le dossier. La souscription d'actions nouvelles pour 51 millions d'euros a commencé le 11 mai, le reste de l'opération passant par l'émission d'obligations remboursables. De même, les dispositions prises pour redresser la barre ont été confirmées ou renforcées à l'occasion du lancement de cette opération, comme le plan de productivité porté de 31 à 56 millions d'euros, la réduction des investissements à 50 millions d'euros cette année et 35 millions l'an prochain, et des cessions d'actifs pour 45 millions en 2009 et 50 millions en 2010.

Car il y a urgence: sur cinq mois, le chiffre d'affaires continue de baisser de plus de 5% et le nombre de clients a reculé de 7,5%. Ce différentiel qui s'explique par le recentrage sur le haut de gamme est mis en avant par la direction qui y voit la justification de ses options stratégiques. Mais face à l'attentisme de la clientèle, les perspectives pour l'été restent médiocres avec des réservations en recul, à fin avril, de 17% pour l'ensemble des villages (et de plus de 20% pour la seule zone Amérique, toujours déficitaire).

L'innovation en panne

Certes, il y a la crise économique. Mais elle ne saurait expliquer l'ensemble des défis qu'Henri de Giscard d'Estaing doit relever. Car, en Bourse, le dérapage est bien antérieur. Il a même commencé en pleine période d'euphorie pour les loisirs: en 2007, le Club a perdu plus de 10 millions d'euros. Et après un petit bénéfice d'un million d'euros l'an dernier, il va renouer cette année avec le déficit (il atteignait déjà 16 millions d'euros avant impôt à fin mars pour un exercice clos fin octobre). Le groupe est trop petit pour défier les géants du tourisme en se lançant dans des opérations de croissance. Il propose des produits très diversifiés (5 thématiques trop diffuses) qui compliquent le modèle économique. Et son positionnement haut de gamme a été souvent remis en question par le passé, de sorte qu'il peine aujourd'hui à convaincre une clientèle difficile et très sollicitée.

Ainsi, le Club Méditerranée, entreprise cinquantenaire qui connut la gloire grâce à sa capacité d'innovation, doit-il revoir sa formule en profondeur, et pas seulement en adaptant son périmètre à la crise.

Actionnaires et prédateurs

Il peut compter sur des partenaires qui souscriront à l'augmentation de capital, parmi ses actionnaires actuels (la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc en tête, mais aussi le groupe Rolaco et Air France Finance) et d'autres potentiels parmi lesquels Crédit Agricole SA et la Caisse des dépôts et consignations (dont le président du conseil de surveillance a qualifié de «stratégique» un investissement dans le Club alors que la Caisse a actuellement bien d'autres chats à fouetter).

Mais d'autres sont dans l'expectative, comme la société de gestion Richelieu Finance qui, agissant pour le compte de divers fonds privés ( 7% du capital au total), se déclare ouverte à toute proposition servant l'intérêt des actionnaires. D'autres enfin veulent pousser le PDG du Club à l'action, et soutiennent l'opération de communication  engagée par Bernard Tapie. Ceux-ci, aux dires de l'ex-homme d'affaires, représenteraient 15% du capital. Lui-même serait prêt à investir une partie des indemnités provenant de son bras de fer avec le Crédit Lyonnais, représentant 4 à 5% du Club.

On se rapproche alors du tiers du capital nécessaire pour acquérir une minorité de blocage et envisager une prise de contrôle. Bernard Tapie affirme toutefois ne pas vouloir engager une épreuve de force. Attend-il qu'on l'appelle comme un sauveur? L'angélisme sied mal au nouveau comédien, passé maître dans l'art du bonimenteur bien avant de connaître le succès sur les planches.

Gilles Bridier

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Journaliste
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