Culture

Citoyen

Temps de lecture : 2 min

Le mot de la semaine.

Vous souvenez-vous de la Gauche plurielle? Qu'il nous semble en subsister peu dans les mémoires depuis que la Droite détricote les 35 heures! Notons vite, afin de garder la clarté de notre teint et l'haleine fraîche, qu'il est plus joli de détricoter que d'abroger ou de rayer d'un trait de plume. Ne reste de ce temps-là, tout bien pesé - et ce n'est pas si mal -, qu'un seul mot, peut-être, citoyen, inséparable d'un complément, le mouvement associatif, appelé à perdurer, lui, au moins un quinquennat ou deux.

Tout était citoyen, alors, avec la signification approchée de «symbolique, distinct de l'État, parfois opposé à l'ordre public, et issu de l'expression spontanée de toutes les valeurs de la République». Forçons le trait au nom des prérogatives du caricaturiste: des nostalgiques, qui ne se recrutent pas tous rue de Solferino, ne manqueront pas de préciser «de gauche» (à prononcer de gôche, il va de soi).

Rappelez-vous la vogue dont jouissait l'entreprise citoyenne, dans le but de réconcilier le PS et les patrons. La Crise avec un grand C l'a mise à mal pour longtemps. Citoyenne, une compagnie dont les directeurs peuvent se targuer de salaires en millions d'euros? Citoyenne, une société qui met la conjoncture à contribution pour lancer un plan social sans autre motif, sous prétexte d'une création de valeur, que la quête d'un supplément de profit? Il y a, au vrai, des licenciements d'opportunité - d'aubaine, nous expliquera-t-on - comme il est des mariages de convenance!

Quelle richesse de sens, on le voit, dans ce vocable unique! Improvisons un quatrain à la manière de Charles Péguy pour une «Présentation» à peine parodique de Paris et Rouen à Notre Dame:

Étoile de la mer, nous voici, galériens

Ramant dessus le pont des deux nefs mitoyennes.

Nous posons à vos pieds nos Ave et les liens

Que tissent chaque jour nos actions citoyennes.

La référence à Péguy s'impose. Au risque d'anachronisme, on peut écrire qu'il était citoyen de prendre parti pour Dreyfus. N'a-t-on pas d'ailleurs découvert, à suivre, ces derniers jours, de bons esprits qu'il avait été citoyen de manifester contre Jean-Marie Le Pen le 1er mai 2002? On n'en savait rien en parcourant le pavé, dans la bonne humeur, avec des centaines de milliers d'autres démocrates. On croyait seulement qu'on accomplissait un acte indispensable, qu'on envoyait à nos compatriotes «message fort» — selon la formulation de Sœur Ségolène du Grand Pardon (qui, à l'évidence, estime désormais qu'elle ne doit intervenir qu'à tue-tête pour être entendue - sans craindre d'assourdir une opinion qui n'en peut mais).

Par parenthèse, on rêve du portrait que Philippe de Champaigne eût brossé de la sœur susdite. Dans l'habit des moniales de Port-Royal, elle aurait illustré, plus que jamais, la gaieté sévère de son visage (on ne se refuse rien, pas même un oxymoron) et son côté docte!

Bref, on peut agir de façon citoyenne à son insu, comme monsieur Jourdain faisait de la prose et Richard Virenque se dopait. Quelle poésie! De l'Aragon, pour un peu!

On n'a guère à redouter, c'est certain, une pénurie d'occasions d'adopter la citoyenne attitude, tant Nicolas Sarkozy et certains de ses ministres paraissent donner du grain à moudre à la citoyenneté active. On ne fait pas allusion aux mandarins de l'hôpital, décidés à protéger leur pouvoir, ni aux enseignants-chercheurs, obstinés à défendre leur droit à ne rien trouver et à enseigner peu. Non, ironie à part, on veut honorer, au passage, ceux et celles qui combattent, sans s'en vanter, avec courage et tranquillité, les hortefolies et autres bessonades, quand elles s'appliquent, en particulier, aux enfants ou aux plus vulnérables. Salut, donc, à la Cimade, par exemple.

Sans tintamarre, répétons-le. Affirmons, dans une chronique vouée au mot, qu'on peut, sans se payer de mots ni se réclamer d'une citoyennitude à la mode, montrer un vrai civisme.

Marc Menonville



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Marc Ménonville

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