France

Anonymous: obligé de tomber le masque pour manifester

Florian Dèbes, mis à jour le 10.03.2012 à 10 h 13

En vue d’une manifestation à Paris, un collectif se revendiquant proche d’Anonymous a levé son anonymat aux yeux de la Préfecture de Police.

Une manifestation d'Anonymous à Bruxelles le 28 janvier 2012, REUTERS/Yves Herman

Une manifestation d'Anonymous à Bruxelles le 28 janvier 2012, REUTERS/Yves Herman

Anonymous, par nature, ne donne pas de nom. Sauf que les sympathisants de ce mouvement informel né sur Internet manifestent aussi dans la rue. Plus de 1.000 personnes sont attendues samedi 10 mars à Paris, devant le Centre Pompidou (Beaubourg) à l’appel d’un collectif qui se fait appeler Anonymact et qui se revendique proche du mouvement Anonymous.

 «L’ampleur du rassemblement et les retours que nous avons eu nous poussent à nous porter responsables devant les autorités» assument les organisateurs dans une interview menée par mail. Comme à leur habitude, ils défileront masqués mais, paradoxe pour des activistes dont l’une des principales valeurs est de cacher leur identité, l’un d’eux s’est déclaré à la préfecture de police.

L’article R-645-14 du code pénal prévoit une amende 1.500 euros pour toute personne manifestant masqué «dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public». L’article 431-9 du code pénal propose de sanctionner de 6 mois de prison et de 7.500 euros d’amende les organisateurs d’une manifestation non-déclarée. Si les Anonymous qui défilent dans Paris peuvent faire valoir le caractère non-violent de leur démarche pour garder leurs masques - le port de ce masque était toléré pendant les rassemblements d’Indignés et les précédentes marches auxquelles ils participèrent – leur manifestation ne peut se passer d’une déclaration officielle.

Une décision difficile

Révéler le nom d’un Anonymous n’allait pourtant pas de soi pour les organisateurs de cette manifestation parisienne. Renoncer à l’anonymat, c’est se priver de l’essence même d’Anonymous: le pouvoir d’une masse d’anonymes égaux les uns les autres et qui s’expriment librement car se sachant difficilement identifiables.

 «Nous sommes Anonymous, Nous sommes Légion, Attendez-vous à nous»: la vidéo d’annonce de l’évènement se conclut par la devise du groupe d’internautes qui s’est notamment fait connaitre par son soutien à Wikileaks et ses protestations contre la fermeture soudaine du site de partage en ligne Mégaupload.

Un groupe sans leader et sans porte-parole qui avance selon les initiatives de ceux qui s’en réclament. Cette fois-ci, le collectif Anonymact prend la main et mènera un cortège contre le traité Acta et la loi Hadopi, entre autres, des réglementations jugées dangereuse pour la liberté sur Internet.

«S’il y a bien quelque chose que j’ai retenu depuis toutes ces années au sein d’Anonymous, c’est que nous faisons Anonymous plus que nous sommes Anonymous» remarque Anon Gin, encore caché sous son pseudo. Membre fondateur d’Anonymact, c’est lui qui a signé la déclaration de la manifestation en son nom civil. Il refuse encore de donner son vrai nom aux médias et la préfecture de police de Paris indique ne pas être autorisée à le communiquer. Bousculer les pratiques du mouvement ne l’effraie pas, il s’était déjà fait remarqué en répondant à une interview sur le plateau du Petit Journal de Canal +.

Légal ou illégal ? Telle est la question que s’est posée Anonymact, engagé dans un mouvement facilement assimilé à une forme de criminalité informatique. Et la réponse du collectif est claire:

«Nous ne conduisons et n’encourageons pas d’activités illégales, que ce soit virtuellement ou in real life (dans la vie réelle)».

En application d’un décret-loi du 23 octobre 1935 réglementant l’organisation des manifestations sur la voie publique, un rassemblement doit être déclaré à la préfecture par au moins un des organisateurs: il doit pour cela donner son nom et une adresse.

Qui déclarer à la préfecture?

Plusieurs options alternatives avaient été envisagées. Comme demander à quelqu’un de neutre de prêter son nom  à l’évènement. Un chercheur, qui plus est rôdé à la science de la communication, par exemple…

Dans un premier temps accepté par Frédéric Bardeau, co-auteur d’Anonymous, pirates informatiques ou altermondialistes numériques (FYP éditions), «pour ne pas risquer de casser un mouvement qui pourrait devenir plus important» selon l’intéressé, cette solution a finalement été déclinée. «Celui qui déclare une manifestation est aussi celui qui est exposé au niveau des médias et des autorités, les organisateurs et moi avons jugé plus cohérent que ce soit quelqu’un d’Anonymact qui tienne ce rôle» explique l’auteur.

Autre idée, demander à des organisations non-Anonymous mais également opposées à Acta de prendre la responsabilité du rassemblement. Sans suite. Elles n’ont même pas été contactées. «Si une association tierce déclarait la manifestation, Anonymact risquait de perdre la main», note Frédéric Bardeau.

En contrepartie, l’Anonymous qui n’en est plus vraiment un devra assumer tout ce qui se déroulera samedi après-midi. Anon Gin n’ignore pas le risque personnel qu’il prend en se déclarant organisateur d’une telle manifestation. Il est tenu, en association avec les services de police, d’assurer la sécurité des participants.

Anon Gin craint également des représailles venues du service de sécurité de l’Eglise de Scientologie, un mouvement considéré en France comme une secte et qu’il a harcelé pendant des années avec les premiers Anonymous. «Il est évident que j’ai beaucoup à perdre d’un point de vue matériel mais j’ai pris cette responsabilité parce que je crois en ce que nous faisons», explique-t-il. Cela dépasse ma personne, Anonymous est bien plus important».

Florian Debès

Florian Dèbes
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