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Entre l'Inde et la Chine, la guerre du coton n'a pas eu lieu

Françoise Chipaux, mis à jour le 13.03.2012 à 18 h 49

Pour protéger leur marché intérieur, les Indiens ont stoppé les importations. Mais ils avaient beaucoup à perdre dans cette manœuvre.

Dans une usine de traitement du coton en Inde, en mars 2009. Amit Dave / Reuters

Dans une usine de traitement du coton en Inde, en mars 2009. Amit Dave / Reuters

La guerre du coton n’aura pas lieu. Dans un revirement dont il a secret, le gouvernement indien a annulé, dimanche 11 mars, l’interdiction d’exporter le coton, décidée de façon abrupte il y a quelques jours. Les producteurs chinois de textiles peuvent respirer.

L’Association chinoise du coton avait qualifié d’«irresponsable» cette interdiction et rappelé d’une façon prémonitoire le précédent de 2010. Une interdiction similaire avait alors, soulignait-elle, provoqué des «pertes énormes» pour les producteurs mais aussi pour leurs concurrents indiens.

Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, le Premier ministre indien, poussé par les responsables politiques des états producteurs de coton a fait annuler l’interdiction d’exportation.

La Chine qui inonde le monde de ses textiles est le plus grand producteur mondial de coton mais aussi le plus grand consommateur. Alors que le pays consomme environ 46% de la production mondiale, il n’en produit que 30% et doit donc importer massivement pour faire tourner ses usines. La Chine importe en premier des Etats-Unis mais aussi en très forte quantité de l’Inde.

Malgré des rendements très inférieurs aux normes, l’Inde est le deuxième producteur mondial de coton et a normalement un surplus de plusieurs millions de balles qu’elle exporte.

Les concurrents ou les électeurs?

Du fait d’une très forte demande chinoise cette année, les exportations indiennes ont atteint depuis octobre –début de l’année pour le coton— 9,5 millions de balles de coton plus que le surplus fixé pour l’exportation à 8,4 millions. Une balle de coton pèse, suivant les pays, de 170 kg à environ 217 kg et permet de réaliser en moyenne 1.217 T-shirts ou 439 chemises.

Les industries textiles indiennes, craignant le manque de coton sur le marché intérieur et donc un renchérissement des prix, avaient demandé cette interdiction pour protéger leurs marges.

Mais, dans cette affaire, l’Inde est prise entre deux feux: l’intérêt de son industrie textile face aux concurrents que sont la Chine, le Pakistan ou le Bangladesh et celui de ses fermiers du coton —environ sept millions de personnes sans compter les familles— qui sont des électeurs. Ceux-ci avaient aussi manifesté leur mécontentement craignant que l’arrêt des exportations aboutisse à un effondrement des prix sur le marché intérieur.

Le Premier ministre indien avait alors demandé une révision de cette interdiction, mais pour l’instant aucune décision n’a été prise et les responsables politiques des Etats indiens producteurs de coton sont à l’unisson de la Chine en demandant la levée de l’interdiction d’exportation.

La colère chinoise ne pouvait toutefois être prise à la légère. Car à défaut de résoudre les problèmes politiques qui les opposent —conflit frontalier et présence du dalaï lama en Inde, l’Inde et la Chine ont ces dernières années multiplié exponentiellement le volume de leur commerce. Celui-ci atteint aujourd’hui 60 milliards de dollars, avec un objectif de 100 milliards en 2015.

La Chine est depuis 2008 le premier partenaire commercial de l’Inde et la dernière visite du Premier ministre chinois en Inde en décembre 2010 s’est soldé par la signature de plus de 50 contrats pour une valeur de 16 milliards de dollars. Avec une délégation de plus de 400 hommes d’affaires, Wen Jiabao avait largement battu la délégation américaine du président Obama venu quelques semaines auparavant.

La raison plus que le cœur pousse les deux géants d’Asie à coopérer économiquement ce qui n’empêche pas quelques crocs en jambes. L’Inde qui se veut le «back-office» du monde laisserait volontiers à la Chine le rôle de plus grand atelier de la planète, cols blancs contre cols bleus. Mais la bataille est pour l’instant déséquilibrée tant la Chine a de l’avance sur une Inde qui depuis un an fait du surplace.

Françoise Chipaux

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