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L'art made in France

Vincent Brocvielle, mis à jour le 02.04.2012 à 14 h 28

Les candidats à la présidentielle ont une proposition commune, ils veulent favoriser la production française, le made in France. Que se passe-t-il lorsque l’on cherche à adapter ce principe à l’art?

Lars Ramberg, Liberté, biennale de Venise, 2007.

Lars Ramberg, Liberté, biennale de Venise, 2007.

La campagne bat son plein. Comme les Etats-Unis s’activent pour réhabiliter le made in America, nos candidats souhaitent promouvoir le «produit en France». Transposons cela à la création artistique en développant trois pistes possibles.

1. La piste tricolore

La France est un drapeau. On se souvient de la proposition de Ségolène Royal et l’on sourit. La candidate de 2007 souhaitait que chaque famille fasse l’acquisition d’un drapeau, elle avait sans doute en tête le magnifique tableau de Claude Monet, La rue Montorgueil. Un festival bleu blanc rouge, comme la liesse, les rues pavoisées, le défilé populaire, en l’occurrence l’Exposition universelle de 1878.

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Claude Monet, La rue Montorgueil, 1878.

A une époque où le pays tentait d’oublier la défaite contre les Prussiens, le siège de Paris et la Commune, les réjouissances républicaines étaient les bienvenues et le bleu blanc rouge emblématique. Le drapeau tricolore, tout au long des XIXe et XXe siècles, sert à cela: fédérer et exalter l’identité nationale, c’est un symbole fort. Les artistes institutionnels l’ont bien compris et s’approprient volontiers l’objet.

César en fait des compressions en forme de pavés, Arman des marbres pour le palais de l’Elysée, Bertrand Lavier un son et lumière en Champagne, Jean Pierre Raynaud – malheureusement ça se gâte – Jean Pierre Raynaud invente la Campagne communication-drapeau (2002) dans laquelle il singe la forme du meeting politique pour promouvoir ses drapeaux tendus sur châssis. Le résultat est consternant. Précisons que Raynaud partage avec Royal une absence totale du sens de l’autodérision.

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Jean Pierre Raynaud, Campagne communication-drapeau, 2002.

2. La force de vente

La France est aussi un marché. L’art constitue une valeur refuge face à la crise financière et aux menaces de perturbations qui pèsent sur les bourses et les banques. Une valeur refuge, comme l’or, cela devrait être une aubaine pour tous les artistes, pour les galeristes, pour écouler notre production nationale.

Les résultats de 2011 sont tombés, en effet, croissance à deux chiffres, records d’enchères, tout va bien et mieux encore. Manque de chance, c’est la Chine qui emporte la mise du côté des acheteurs, et aussi du côté de la production avec cinq artistes vivants dont les prix dépassent le million d’euros.

En France, les résultats sont nettement plus modestes, ils confirment une tendance lourde : pour vendre, un artiste français doit être né avant 1945 ou alors détruire ses œuvres conceptuelles au profit du fun, du figuratif, du décoratif. Il faut être le moins subtil possible et privilégier les grands formats pour trouver acquéreur. Richard Orlinski et Philippe Pasqua s’en sortent haut la main.

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Richard Orlinski, Wild Denim et Stiletto, 2011.  

3. La force de l’art

La France est enfin une culture. Dominique de Villepin lance en 2006 une manifestation ayant pour but de promouvoir la création contemporaine française: «La Force de l’art». Le Grand-Palais sert d’écrin, des partenariats avec les radios et les journaux garantissent un battage médiatique sans précédent, mais passé l’effet de curiosité inaugurale, le public ne suit pas.

Pourquoi? Il faut croire que «l’art français» représente une notion piège. La vitrine que cette triennale représente peut vite basculer en démonstration de repli sur soi, de notre recul «à l’international», d’un manque de parité, de diversité, de représentativité… C’est dommage, et peut-être en train d’évoluer.

Pour sa prochaine édition (d’avril à août), la Force de l’art change de nom et d’endroit. L’équipe curatoriale de «La Triennale» dépote, elle devient mixte et internationale. Elle a pour but de reconstituer un lieu d’échanges et de «générosité intellectuelle», ainsi que le préconise Okwui Enwezor, le commissaire général, citoyen américain d’origine nigériane. On a envie de voter pour eux.

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L’équipe curatoriale de La Triennale : Okwui Enwezor (au centre), Abdellah Karroum, Émilie Renard, Mélanie Bouteloup, Claire Staebler 
(de gauche à droite). Photo Alix Laveau, 2011.

Vincent Brocvielle

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