Monde

Iran-Israël: Barack Obama entre deux feux

Daniel Vernet, mis à jour le 10.03.2012 à 8 h 13

Face à l'impatience israélienne, Barack Obama cherche à gagner du temps pour éviter une intervention militaire de Tsahal en Iran. Dans cette guerre des nerfs, Téhéran joue également la montre...

Barack Obama lors d'une conférence devant l'American Israel Public Affairs Committee à Washington en mars 2012. REUTERS/Jonathan Ernst

Barack Obama lors d'une conférence devant l'American Israel Public Affairs Committee à Washington en mars 2012. REUTERS/Jonathan Ernst

Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et éviter qu’Israël ne frappe les installations nucléaires iraniennes. Tels sont les deux écueils entre lesquels Barack Obama doit naviguer au cours des prochains mois. Et cette navigation s’avère de plus en plus délicate au fur et à mesure que s’approche l’échéance de l’élection présidentielle américaine, en novembre prochain.

De toute évidence, Barack Obama n’a obtenu aucune assurance de Benjamin Netanyahou lors de leur entretien à la Maison blanche, lundi 5 mars. Le Premier ministre israélien ne veut pas se lier les mains et veut rester libre de sa décision. Les hauts responsables américains qui se sont succédé ces dernières semaines à Jérusalem ont le sentiment que la décision de frapper l’Iran n’a pas encore été prise. Le sera-t-elle? Les observateurs estiment qu’Israël agira quand ses dirigeants auront le sentiment que l’Iran a franchi un seuil technique qui lui donne la possibilité d’acquérir l’arme nucléaire. Au-delà de ce seuil, ce serait trop tard.

Du côté américain, on estime que ce moment n’est pas encore venu et qu’il reste du temps pour la diplomatie, comme l’a dit Barack Obama. En dépit de quelques nuances, les services de renseignement pensent que l’Iran a encore besoin de plusieurs années avant d’être en mesure de produire une arme nucléaire.

Les négociations vont d’ailleurs reprendre entre Téhéran et le groupe dit 3+3 (Allemagne, France, Grande-Bretagne et Chine, Etats-Unis, Russie). Elles s’étaient interrompues depuis près d’un an, sans résultat. Les Occidentaux ont laissé discrètement tomber toutes les conditions qu’ils avaient mises à une reprise du dialogue avec l’Iran, en particulier le gel de l’enrichissement de l’uranium.

Ces négociations ont-elles plus de chances d’aboutir que les précédentes? C’est peu probable. Depuis huit ans que la «troïka» -France, Allemagne, Grande-Bretagne- a lancé le processus de négociations, l’Iran a déployé une grande habileté afin de maintenir la porte ouverte à des négociations tout en continuant, voire en accélérant, son programme nucléaire. A l’époque déjà, il s’agissait pour les trois Européens d’éviter une intervention musclée de la part d’Israël, voire des Etats-Unis alors présidés par George W. Bush. On était au lendemain de l’intervention américaine en Irak.

Du côté de Téhéran comme de Washington, il s’agit aujourd’hui de gagner du temps. Les Iraniens peuvent penser que même un semblant de négociation les met, à court terme, à l’abri de frappes israéliennes. Quant à Barack Obama, il lui faut tenter de rassurer les Israéliens au moins pendant quelques mois. Après le scrutin de novembre, s’il était réélu, il pourrait se montrer plus ferme avec Benjamin Netanyahou. Les Israéliens font exactement le même raisonnement, mais en tire les conclusions inverses. S’ils frappent les installations nucléaires iraniennes avant l’automne, Barack Obama n’aura d’autre choix que de les soutenir, voire de les féliciter. Au-delà, les pressions politiques de la communauté juive américaine et des républicains n’auront plus d’effet.

C’est peu dire que les Israéliens n’ont aucune confiance dans l’actuel président américain. Benjamin Netanyahou a réussi à lui infliger un camouflet en torpillant ses initiatives en faveur d’une reprise du processus de paix au Proche-Orient et il ne serait sans doute pas mécontent de le mettre une fois encore en difficulté. Il pouvait entretenir l’espoir que Barack Obama ne serait pas réélu. La reprise de l’économie et les divisions des républicains rendent cette hypothèse moins probable. La fenêtre d’opportunité pour une intervention militaire israélienne en Iran pourrait donc se refermer à l’automne.

Personne, dans ce qu’il est convenu d’appeler «la communauté internationale» ne veut d’un Iran doté de l’arme nucléaire. Même les Chinois qui ont de grands intérêts, et pas seulement énergétiques, dans le pays des mollahs, viennent de le répéter. Mais tout le monde n’a pas une conception identique de ce refus. Plus ou moins ouvertement, la grande majorité des états concernés seraient prêts à accepter la «solution japonaise». C’est-à-dire la possibilité pour l’Iran d’avoir la capacité de se doter de l’arme nucléaire, sans pour autant la produire. Barack Obama ne le dit pas, mais le laisse entendre quand il affirme refuser un Iran «détenteur de la bombe». Pour les Israéliens qui se sentent en première ligne, la capacité de produire la bombe est déjà un casus belli. Production de l’arme nucléaire ou capacité de la produire. Plus qu’une nuance sémantique, une divergence politique fondamentale.

Daniel Vernet

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Journaliste
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