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Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle toujours faim?

Brian Palmer, mis à jour le 12.03.2012 à 4 h 10

Les conditions climatiques et géographiques n'expliquent pas tout. Les dirigeants nord-coréens ont persévéré dans l'erreur en restant fidèles au modèle stalinien

Un travailleur d'une ferme collective en Corée du Nord. Damir Sagolj / Reuters

Un travailleur d'une ferme collective en Corée du Nord. Damir Sagolj / Reuters

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Pyongyang a accepté de suspendre son programme nucléaire en échange d’aide alimentaire. Le pays souffre régulièrement de pénuries de nourriture et de famines, alors que les voisins chinois et coréens du Sud n’ont pas connu ces problèmes depuis de nombreuses années. Pourquoi les Nord-Coréens ont-ils toujours faim?

Des handicaps naturels aggravés par une mauvaise gestion

En cause : des conditions de culture défavorables, le manque d’engrais et une mauvaise gestion générale. Force est d’abord de constater que le terrain et le climat ne sont pas idéaux pour l’agriculture. C’est un pays montagneux et les saisons de pousse sont courtes. (La Corée du Nord est à peu près à la même latitude que la Nouvelle Angleterre, au Nord-Est des Etats-Unis, mais les vents dominants sont encore plus froids.)

Malgré ces handicaps naturels, les dirigeants isolationnistes de Pyongyang ont décidé, dans les années 1950, que les agriculteurs nationaux devaient subvenir à tous les besoins alimentaires du pays. Ils ont adopté des pratiques intensives pour optimiser le rendement du peu de terres arables dont ils disposaient –une agriculture donc lourdement dépendante de l’irrigation et de grandes quantités d’insecticides, d’herbicides et d’engrais. Des décennies durant, ils s’en sont sortis avec quelques famines occasionnelles mais le système s’est complètement effondré dans les années 1980 quand l’Union soviétique a cessé ses livraisons de pétrole à prix préférentiels –les produits chimiques que la République populaire démocratique de Corée utilise dans ses champs sont pour beaucoup issus du pétrole.

Quand les rendements agricoles ont diminué, le gouvernement a tenté de compenser en augmentant la superficie cultivée. Il a fait raser la végétation naturelle des coteaux et l’a remplacée par des cultures en terrasses. Avec succès au début. Mais les fortes pluies saisonnières ont fini par éroder les sols et remplir de vase les rivières, réservoirs et canaux d’irrigation du pays. Résultat : la terre n’était plus capable d’absorber l’eau des moussons annuelles et les inondations sont devenues un problème récurrent.

Kim Jong-il voulait aplatir le pays

Les programmes d’expansion des terres arables ont beau avoir lamentablement échoué, les dirigeants nord-coréens ont persévéré dans l’erreur. On dit que Kim Jong-il a eu l’intention de raser le pays entier pour transformer les montagnes en plaines fertiles. Il pensait que ce projet permettrait à la fois d’augmenter la production agricole et de faire un pas vers l’idéal national d’uniformité parfaite entre les citoyens. Ainsi, plus question en effet pour les paysans de dire que leur famille cultivait cette vallée depuis des générations, ils auraient perdu tout attachement sentimental à la terre. Heureusement, Kim Jong-il n’a jamais eu les moyens de mettre en œuvre ce grand aplatissement du pays.

Les observateurs disent que Kim Jong-un, le nouveau dirigeant, a désormais plusieurs options pour lutter contre les pénuries alimentaires. La Corée du Nord a des réserves considérables de main d’œuvre éduquée prête à travailler pour rien ou presque. A long terme, la meilleure solution serait de réorienter l’économie du pays vers l’industrie légère, il pourrait ainsi vendre des biens et acheter de la nourriture. C’est ce que fait la Corée du Sud et elle n’a pas connu d’importante crise alimentaire ces quatre dernières décennies. Mais il est peu probable que le Royaume-Ermite adopte le modèle économique de son voisin dans un avenir proche.

Un système agricole stalinien

L’Etat pourrait aussi desserrer son contrôle sur les paysans. La Corée du Nord qualifie son système agricole de coopératif, mais le terme stalinien serait plus approprié. Le gouvernement dit aux cultivateurs ce qu’ils doivent planter, combien ils doivent planter et quand ils doivent planter. A dates fixes, un tracteur appartenant à l’Etat sillonne les champs pour épandre de l’engrais. A la fin de la saison, un autre tracteur du gouvernement vient chercher les récoltes.

L’Etat autorise les fermiers à cultiver une petite parcelle de terre privée en plus. Ils peuvent y faire pousser ce qu’ils veulent et vendre leurs haricots, choux, poivrons et autres légumes au marché. Les observateurs rapportent que ces parcelles privées sont toujours plus productives que celles gérées par le gouvernement. Autoriser les agriculteurs à prendre leurs propres décisions pourrait donc certainement s’avérer utile. Pas sûr toutefois qu’une agriculture de marché sans importations suffise pour répondre aux besoins du pays.

 Brian Palmer

 Traduit par Aurélie Blondel

L’Explication remercie Stephan M. Haggard de l’UCSD, l’Université de Californie à San Diego, et Marcus Noland de l’Institut Peterson pour l’économie internationale. Ils sont les co-auteurs du livre Witness to Transformation: Refugee Insights into North Korea.

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